Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

7
août 2008
***Nuruddin Farah, »Sardines ».
Posté dans Farah Nuruddin, _ SOMALIE _ par Hervé à 6:16 | 5 réponses »

nuruddinfarahsardines.jpg 

Après le premier volet, « Du lait aigre-doux », dont le thème portait sur la chape de plomb qui s’abat sur toute personne agissant volontairement ou non contre le régime du Général, Nuruddin Farah se penche sur le sort accablant des Somaliennes. Tout comme dans le premier volume, la tyrannie du Général n’attaque pas frontalement les victimes, mais les étouffe dans sa toile qu’elle n’a de cesse de tisser sur tout le territoire et sur toutes les franges de la société. Avec « Sardines », Nuruddin Farah dénonce les usages et coutumes qui régentent le quotidien des femmes. Des pratiques parfois moyenâgeuses _l’excision et l’infibulation_, qui les asphyxient davantage et confortent l’opinion de l’auteur : ces pratiques sont consubstantielles à la société somalienne et de là nourrissent le régime dictatorial. C’est ainsi que les usages familiaux, les obligations sociales, certains aspects de l’islam ou encore les obligations claniques font de la femme somalienne un sujet de second rang ne vivant que dans la soumission. Malheureusement, Nuruddin Farah exprime son jugement en prenant pour principal personnage Medina, une mère célibataire dans les faits, intellectuelle, ancienne Journaliste, traductrice et plutôt libérée dans cette Somalie. Un choix malheureux, car la majorité des somaliennes n’appartient pas à ce que je sache à la bourgeoisie et ne bénéficient pas des facilités de Médina. Il y a tout simplement erreur sur le principal personnage. En cela, le roman perd une part de sa crédibilité.


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5 réponses:

  1. Merci encore pour ce remerciement pour mon commentaire!
    Ton avis aussi m’interesse, car je n’ai malheureusement pas réussi à convaincre grand monde dans mon entourage de lire Nuruddin Farah. Ce que tu dis m’interpelle, car je n’y ai pas vu tant d’alterité, mais au contraire un grand universalisme, que je ne retrouve justement pas chez beaucoup d’auteurs africains. Peut être également est ce mon regard de femme, car à chaque lecture de cet auteur, j’ai été surprise de voir avec quelle justesse il penetrait une certaine « sensibilité féminine » (et d’où également mon premier commentaire!).

  2. Salut Géraldine.
    Pour tout te dire, je nage voire me noie sous les bouquins. Il va falloir me laisser beaucoup de temps ! Je suis toujours frustré par tant d’éditions et le peu de temps que j’accorde à mes lectures.
    Quand j’ai lu la trilogie, j’ai été envahi par le sentiment suivant : « j’ai entre mes mains une très grande œuvre. Pourtant je ne peux pas tout saisir ! » Cette compréhension limitée si j’ose dire ne tient pas seulement à mon inexpérience mais aussi au fait que cet écrivain fait naître une altérité qu’il est bien difficile pour un non-africain de dépasser. Selon moi, cette altérité magique est infranchissable. Il ne faut pas s’en lamenter. Bien au contraire, c’est une preuve de la magie de la différente, de la différence ontologique qui anime chacun de nous, qui doit rapprocher chacun de nous.
    Pour ton commentaire précédent, bien sûr qu’il est publié sur mon blog tout comme celui que tu viens de m’adresser.
    Je te remercie infiniment.
    N’oublie pas ma supplique… impérative : j’ai besoin de regards comme le tien. 
    Bonne journée.
    Hervé. 

  3. Bonjour,
    merci pour ta réponse! j’espère que mon commentaire n’était pas trop brutal!!! car j’ai vu ensuite que la plupart des commentaires venaient d’un réseau d’amis! Est ce que tu as lu l’autre trilogie de Nuruddin Farah (territoires, dons et secrets)? Et une dernière est en cours et je crois aussi en cours de traduction, plutôt sur la diaspora: links, nodds et…. je ne sais pas si on connaît le titre du troisième (je suis une fan!).
    En tous cas, cette visite sur ton blog m’a réveillée, puisqu’entre temps je me suis procuré Passage des larmes, le derniers roman d’Abdourahman Waberi (pas encore commenté sur ton blog, je te le recommande!), que j’ai déjà bien avancé. D’habitude, je trouve son écriture un peu trop abstraite et difficilement abordable, mais celui ci se dévore (d’ailleurs c’est amusant, je trouve qu’il y a une vraie correspondance entre son ecriture et celle de Nuruddin Farah, dans des expressions comme « m’inviter à la table de la nostalgie »… cela tient sans doute au somali comme langue maternelle…
    Je viens de voir que ton message est en fait un commentaire sur le blog, tu peux bien sûr publier ma réponse, si tu y vois un interêt!
    A bientôt, et bravo pour ton blog (il m’a permis d’en savoir plus sur Chinua Achebe auquel il est très souvent fait référence dans Sardines, justement!)
    Géraldine

  4. Hervé écrit:

    Bonjour.
    Merci beaucoup pour ce commentaire précieux.
    Nuruddin Farah est un très grand écrivain. Une des plumes majeures de la littérature, bien au-delà des seules frontières du continent.
    Je suis tout à fait d’accord avec tes remarques sur le personnage principal. Il est vrai que j’ai lu ce roman il y a bien longtemps. J’aurais dû commencer avec des ouvrages plus accessibles. Mais il faut convenir aussi que toute critique contient sa subjectivité.
    Surtout continue tes commentaires.
    Merci beaucoup.
    Hervé.

  5. SaxanSaxo écrit:

    Merci pour avoir commenté cet auteur, qui, avant de décrire une africanité ou une négritude, écrit des romans, qui, à mon sens, décrivent la condition humaine d’une manière plus générale et s’adressent à tous et ne donne pas une vision exotisante ou « negre » de ses personnages.

    Mais je souhaite revenir sur ta critique du choix du personnage principal: pour être une victime idéale, une femme, africaine de sucrois, doit ainsi être enchâinée, pauvre, inculte, ou soumise? Je crois au contraire que le roman prend justement toute sa force en plaçant en son centre une femme d’exception qui a cru pouvoir évoluer hors des souffrances de ses contemporaines (bien qu’il ne faut pas oublier qu’elle même est excisée et infibulée). Cette femme justement différente réalise progressivement que MEME ELLE n’est pas considérée différement… Pour le misérabilisme habituel sur l’afrique et ses femmes soumises, l’auteur les laisse à la presse occidentale qui s’en charge très bien sans talent…

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