Attendre la sortie du dernier roman de Tierno Monénembo, c’est être fébrile, impatient. C’est savoir que le temps va s’éclipser ; c’est vouloir s’immerger corps et âme dans un œuvre romanesque flamboyante comme l’est « Peul », son précédent livre. « Le roi de Kahel » est un nouveau miracle, un délice qui nous emporte dans un univers où la démesure est reine. En nous déployant le destin incroyable du comte de Sanderval, roi de Kahel, Tierno Monénembo fait une nouvelle fois mouche : les voiles sont battues par un vent violent soufflé par un personnage hors du commun de la fin d’un siècle où vaincre les frontières est le but ultime des grands explorateurs européens. Dans ce roman, l’écrivain guinéen retrace le parcours incroyable d’un aventurier, Aimé Victor Olivier, comte de Sanderval, un grand bourgeois lyonnais. Illuminé ou génie, il décide à la fin du XIXè siècle de se tailler un royaume sur les terres des Peuls, le Fouta-Djalon, au centre de la Guinée actuelle. Héritier d’une lignée d’importants industriels, entrepreneur et négociant de son état, inventeur à ses heures perdues, ce boulimique de travail est habité par les récits de voyage des grands aventuriers qu’il a dévoré dans son enfance. René Caillé a eu Tombouctou, Aimé Victor Olivier aura son royaume en Afrique ! Ainsi en a-t-il décidé. Peu lui emporte les moqueries, les acrimonies et les obstacles de l’administration coloniale. La férocité légendaire du royaume théocratique peul à l’encontre des étrangers, qui plus est païens ? Aucune inquiétude, notre gaillard ne craint pas la décollation. Accompagné d’une cohorte de porteurs, il part dans une longue et dangereuse expédition sur des terres inconnues à la rencontre de l’Almamï, le guide spirituel et souverain des Peuls, un peuple mystérieux, farouches guerriers, fiers de leur empire taillés par les armes et dans le sang. Missionnaire d’une science victorieuse, Sanderval veut convaincre l’Almamï à construire une ligne de chemin de fer et lui permettre de gouverner un territoire selon les vertus de la raison occidentale. Projet délirant ? Tout à fait. Et pourtant il obtient son royaume, certes petit mais un royaume tout de même. Malheureusement sa conquête sera éphémère, car l’empire français qui dévore l’Afrique n’a que faire des folies de Sanderval. Ce personnage fascinant qui fait le régal des gazettes de l’époque est à la fois un pionnier, un exalté et un mythomane. « C’était Moïse sur le mont Sinaï, Alexandre le Grand débouchant sur l’Indus, César savourant sa victoire dans les plaines fumantes d’Alésia. » Tierno Monénembo donne une nouvelle existence à cette personne haute en couleur oubliée de l’histoire. Au-delà des péripéties de l’homme, la rencontre de Sanderval avec la civilisation peule aurait pu préfigurer une autre colonisation certes toujours destructrice, mais différente de cette longue et tragique marche faite d’humiliations, de dominations et de génocides. Sanderval est un fervent partisan du colonialisme et de l’intégration du Fouta-Djalon à l’Empire français. Mais pour lui, c’est avant tout aux initiatives privées, aux entrepreneurs, aux élites d’aller sur les terres d’Afrique, pas à la machine vulgaire et brutale de l’administration et de l’armée française. Son dialogue avec les dignitaires peuls en témoigne. Tout en portant une grande considération pour une société hautement hiérarchisée, il reste un homme de son époque avec ses préjugés ; « les Peuls sont jaloux, cupides, des imposteurs…». Et pourtant sur la fin de sa vie, il se considère être un Peul à part entière et est reconnu comme tel par l’Almamï. Tierno Monénembo nous révèle dans une écriture foisonnante un personnage indiscutablement fascinant. « Le roi de Kahel » s’impose comme un roman important qui donne un regard particulier sur cette époque. La finesse du style se conjugue avec un humour qui donne de la couleur aux mots. Se procurer ce livre, c’est s’offrir un grand moment de plaisir.
Là, Hervé, je m’en remets à ton analyse! Mais je crois que je vais lire le livre.
Prends tes lunettes Chitchi_enfin me concernant j’en porte
_et plonge dans les pages de ce très bon roman. Si tu as lu « Peul », tu seras comblée. Les deux ouvrages de Tierno Monénembo se complètent. « Le roi de Kahel » est retenu pour différents prix littéraires. J’espère qu’il sera récompensé à sa juste valeur. bise.
hahaha, heureusement que je porte déjà des lunettes!!! Bises!
Effectivement Hervé, il est selectionné pour le Renaudot (première selection). Le portrait semble intéressant et ton commentaire enthousiaste. C’est donc une affaire à suivre.
Gangoueus
Enfin Tierno Monénembo est reconnu à sa juste valeur. Il décroche le prix Renaudot 2008. Une récompense bien méritée.
Hervé.
Au moins toi tu n’as pas attendu le Renaudot pour te plonger dans les profondeurs de son oeuvres. Tierno M., je connaissais comme on connait les grands noms de notre littérature, mais il me restait à le lire, je crois que je vais commencer par le Roi de Kahel, que tu as si bien présenté.
cet écrivain vit il de sa plume ou est-il salarié d’une grosse multinationale ?
Etonnante question !
Je pense que Monsieur Tierno Monénembo vit en partie de son écriture comme beaucoup de ses pairs.
c’est un livre que j’ai bien apprécié. Il restitue bien l’ambiance de ce milieu colonial de la fin du XIXème et le coté grandiloquent et débordant des explorateurs à l’époque. Un livre très instructif
Tres content pour mon grand pere cheick oumar tall