Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

25
nov 2008
****Libar M. Fofana, « Le cri des feuilles qui meurent ».
Posté dans Libar M. Fofana, _ GUINEE _ par Hervé à 6:20 | 3 réponses »

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Loin d’un nombrilisme qui affecte de trop nombreuses œuvres littéraires françaises d’aujourd’hui, du moins celles qui font souvent l’actualité, la littérature africaine a un attrait singulier, en l’occurrence le besoin du plus grand nombre des écrivains du continent noir à témoigner du quotidien de leurs congénères, de leur patrie, de leur terre commune. Les motifs sont bien sûr pluriels. Parmi ceux-ci, il y a assurément la nécessité irrépressible à faire part au monde d’un historique douloureux : celui du temps des indépendances trahies et sanglantes et maintenant celui des promesses démocratiques dont le respect n’est pas toujours la priorité de certains gouvernants qui derrière un vernis de réformes dissimulent mal leur volonté à rester des potentats. Libar M. Fofana appartient à ces voix qui crient la souffrance d’un peuple meurtri par les blessures d’un passé qui semble être sans fin. Alors que son père est embastillé et torturé sous le régime de Sekou Touré, Libar M. Fofana doit quitter sa Guinée au début des années soixante-dix pour échapper à la haine portée au Peuls vus comme des ennemis de la révolution marxiste : « Nous les anéantirons immédiatement non par une guerre raciale mais par une guerre révolutionnaire. » dixit Sekou Touré. Cette plaie ouverte hante son œuvre comme c’est le cas avec « Le cri des feuilles qui meurent ». Ce roman n’est pas une chronique de l’épouvantable dictature. Le régime assassin est le tableau de fond, la créature méphitique menaçante qui à tout instant peut s’abattre sur tous, gangrener chaque âme à l’exception peut-être de ceux qui sont en marge, de tous ces estropiés qui après une journée à mendier dans les rues se réfugient dans un endroit oublié de tous, le « Jardin d’Eden », la cour des miracles de Conakry. Parmi eux, Sali la lépreuse est la force morale, la dignité, l’espoir, la vie qui ne cède rien. Sali aux membres rongés par la maladie, qui se traine dans la poussière des rues avec son enfant attaché dans son dos, est de ces baobabs livrés quotidiennement au vent de la violence auquel elle oppose un idéal d’amour et de tolérance. Peu importe les railleries des bien-portants qui voient en elle la laideur mais aussi la peur de leur propre déchéance : Dieu a bien voulu dans son infinie bonté lui donner une enfant merveilleusement belle qui est l’éclat lumineux des habitants du « Jardin d’Eden » ; « Aucun visage n’était aussi beau que celui du bébé de Sali. Ils en ressentaient de l’orgueil. Cet enfant plus admirable que celui des nantis leur rendait un peu de justice en révélant au monde la beauté que cachait leur misère. Ils savaient tous que la roture a ses nobles comme la noblesse a ses manants. Et pour eux, Sali était une princesse. ». Que ses camarades d’infortune cèdent à la jalousie, à la cupidité, à la haine, elle est là pour leur redonner le goût de l’abnégation. Il en va ainsi quand elle recueille Fotidi, un métis attardé mental qui se vante d’avoir tuer Dieu et que les comparses de Gati rejettent. Elle lui fait don quotidiennement de sa maigre pitance. Mais elle ne sais pas qu’en protégeant cet être qui pense que les pieds sont loin de la tête car ils sentent mauvais, elle s’attire l’avidité des aigrefins comme Gassimou qui voit dans Fotidi un bon moyen à ce faire de l’argent. Fotidi est en effet le sosie parfait d’un des principaux dirigeants de la révolution marxiste, l’infâme tyran Émile. Qu’elle chance pour Gassimou de se faire photographier aux côtés de l’attardé, de se présenter comme un intime d’Émile et berner ainsi des personnes dans la détresse comme Ramatoulaye, l’homosexuelle qui veut mettre fin à son union maritale. Mais Gati veille. L’épreuve sera autrement plus éprouvante quand sa fille lui sera volée pour l’accomplissement d’une sinistre machination. Il faudra à Gati un courage surhumain et l’aide de tous ses compagnons pour surmonter l’horreur de ce rapt. « Le cri des feuilles qui meurent » est une ode à tous ces mutilés de l’existence, oubliés et reniés par une société dont la sauvagerie est exacerbée par une dictature qui dévore dans les pires douleurs ceux qui lui sont étrangers. Ce cri est aussi le gémissement infernal de Gati privé de son enfant. C’est avec une grande sensibilité et une simplicité des mots que Libar M. Fofana fait évoluer les personnages de son roman. L’écrivain ne se laisse jamais aller à la facilité du misérabilisme. Le ton de la vérité est le trait de sa plume. Les effets de style, le flamboyant ne sont pas de mises et seraient du reste inconvenants. « Le cri des feuilles qui meurent » est une tragédie bouleversante où l’auteur parvient à faire communier les lecteurs avec la détresse de ses personnages. Ce roman est une grande réussite qu’il serait dommage de bouder.


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3 réponses:

  1. Bah Sidy Mohamed écrit:

    la litterature africaine innove, les auteurs deviennent nombreux du jour au lendemain, les oeuvres sont biens travillé

  2. Je rougis !!!

  3. Salut Hervé,

    La littérature africaine a trouvé avec toi un héraut hors pair. Bel article !

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