Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

6
déc 2008
Jean-Luc Raharimanana
Posté dans _ MADAGASCAR _ par Hervé à 5:56 | Pas de réponses »

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Au mois de novembre, en Indre-et-Loire (département du centre de la France), un collectif d’associations appelé « Afrique37 » a organisé des manifestations culturelles centrées sur le continent africain. Expositions, contes, griots, concerts et conférences étaient à l’ordre du jour. C’est au cours d’une de ces conférences ayant pour thème le journalisme en Afrique qui réunissait des professionnels français et africains que j’ai rencontré l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana présent pour la sortie de son dernier roman intitulé Za. Heureux de lui demander une dédicace, le petit fan que je suis, nous avons parlé une petite heure de son fantastique roman Nour 1947 et de la situation actuelle dans son pays.

A la lecture de Nour 1947, je lui ai fait par de ma difficulté voire de mon impossibilité à certains passages d’embrasser cette œuvre dans ses moindres interstices. J’avais conscience que mon esprit trop rationnel d’occidental ne pouvait pas accéder à un univers que seule l’âme malgache pouvait saisir. J’étais confronté à une altérité totalement infranchissable qui, je ne le cache pas, fut source de frustrations. Cette réflexion ne l’a pas du tout surpris. En effet, selon lui, la plupart de ses lecteurs français animés par leur rationalisme s’arrête à l’aspect historique, notamment aux répressions infligées par la puissance coloniale, la France, aux Malgaches qui ne voulaient pas d’une autonomie mais d’une réelle indépendance ; une répression qui a tué environ 100000 personnes. Certes son roman aborde cette tragédie tout comme d’autres tel l’esclavage, mais, précise-t-il, il se nourrit aussi d’une âme malgache façonnée par ses mythes, ses légendes, ses histoires anciennes. Les allégories, les métaphores, la poésie de son verbe renvoient à un monde originel, à une terre qui serrée dans une main transpire les cultures de ses hommes et femmes qu’elle nourrit ; une poignée de terre qui crie leurs espoirs, leurs peines, leurs douleurs. A ces mots, j’ai ressenti la nécessité de plonger à nouveau dans ce bouillon de vie et de détresse. Ainsi, cet homme reclus sur une île, ces enfants qui se jettent du haut d’une falaise et s’écrasent sur les récifs expriment une douleur irrépressible et originelle. Le lecteur pénètre dans une dimension métaphysique malgache. Nour 1947 en est d’autant plus précieux. C’est une œuvre multidimensionnelle.

A propos de la situation présente à Madagascar, Jean-Luc Raharimanana est débité. Revenons en arrière. L’indépendance acquise, cette île aussi grande que la superficie de la France ajoutée à celle de la Belgique est très vite confisquée par l’amiral Ratsiraka et ses sbires. Au nom d’un socialisme déshumanisant, une dictature impitoyable s’abat sur cette terre. Loin des projecteurs des pays occidentaux, la répression est impitoyable à l’encontre de toute voix discordante. Sur cette censure des esprits, l’auteur écrira, « des années de dictature où la parole fut organisée de façon où toute réplique soit annihilée ». Avec les pressions internationales, avec le fameux ou devrait-on dire fumeux congrès de La Baule et surtout grâce aux combats sans répit menés par les Malgaches, Ratsiraka, l’ami de Chirac, doit consentir à soumettre son pouvoir au suffrage universel. En janvier 2002, il est battu par son adversaire Marc Ravalomanana qui porte les espoirs de la démocratie. Le pays est en fête. Telle la Movida espagnole, les temps nouveaux de la liberté se profilent enfin. Mais très vite, précise l’écrivain, le désenchantement laisse place à la liesse. Ravalomanana gère le pays comme si ce dernier était partie intégrante à son patrimoine. A la gestion de cette méga entreprise privée qu’est devenue Madagascar, l’entrepreneur place sa famille, ses amis et autres proches. Qu’est-il devenu des opposants à l’ancien régime ? Si certains comme l’auteur, on les espère nombreux, continuent à résister, à dénoncer cette expropriation de fait, d’autres malheureusement ont rejoint les rangs pour piller une île déjà épuisée. Un exemple de cette expropriation : Ravalomanana a le projet de céder une part des terres, environ le quart de la superficie de l’île, à la Corée du Sud qui veut y cultiver du maïs transgénique qui alimentera non pas les greniers des paysans malgaches mais les multinationales agroalimentaires. Le projet est en voie d’être conclu. M. Raharimanana insiste sur le désastre social, économique, écologique et culturel qui découlera de cette entreprise monstrueuse. L’auteur n’en reste pas pour autant fataliste. Il n’a de cesse de dénoncer un pouvoir que l’on pourrait qualifier d’autocratie économique. Les pièces de théâtre dont il est l’auteur incarnent ces petits grains de sables qui gênent le bon fonctionnement d’une mécanique. Espérons qu’ils contribueront à établir enfin un État de droit à Madagascar.


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