Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

9
sept 2009
**** Diop Boubacar Boris , « Le temps de Tamango ».
Posté dans Diop Boris Boubacar, _ SENEGAL _ par Hervé à 3:10 | 5 réponses »

diopboubacarborisletempsdetamango.jpg

Quelle satisfaction, quel aboutissement pour Boubacar Boris Diop, romancier, essayiste et journaliste dakarois né en 1946, d’être adoubé par l’un de ses pairs les plus prestigieux, les plus rebelles, Mongo Beti. Dans la préface de Le temps de Tamango, Mongo Beti fait les louanges de ce roman non par flatterie académicienne mais en raison de cette dénonciation des fausses indépendances qui ont succédé à celles formelles des années soixante : la France-Afrique _ mérite-t-elle ces deux majuscules sinistre qu’elle est ? _ gangrène les jeunes nations africaines. Leurs dirigeants ne sont souvent que les joncs qui épousent les humeurs égoïstes et fallacieuses de la métropole, sinistre sémaphore ; joncs dont il est légitime de se demander si leurs racines labourent de leurs méandres la terre d’Afrique qui a trop longtemps baigné dans la douleur, le sang de la domination coloniale. Boubacar Boris Diop dans un style remarquable où l’ornement est réduit à sa portion congrue, le lapidaire ponctué de silence prenant le pas sur les digressions, jette un regard sans concession sur cette époque du Sénégal dirigé par le poète qui finira ses jours dans sa Normandie chérie. Enfermé dans sa tour d’ivoire bâtie de vers, daignant écouter le peuple qui dans une grève générale crie sa colère, Senghor envoie la troupe mater les mutins qui osent défier sa sagesse immaculée. Devant la défaite de leurs troupes, les dirigeants syndicaux décident de s’allier avec le M.A.R.S., mouvement politique clandestin constitué d’étudiants en rupture avec le régime et bien décidés à en découdre y compris par la violence. L’élément passionnant de ce roman tant dans la forme que dans le fond est dans le recours à la politique-fiction. Situé à la fin du XXe siècle, le narrateur du roman, citoyen de la république sénégalaise devenue communiste, dresse la biographie de N’Dongo, un acteur important du M.A.R.S. qui assassinera l’incarnation de l’oppression totalitaire de la France-Afrique, Navarro, général français de pacotille, violent et absurde, délégué par la puissance française au gouvernement sénégalais « senghoriste » afin de mettre un terme aux troubles populaires. Toutefois et en dépit de cette action héroïque, la fiabilité du personnage est contestée par les historiens de la république populaire. Ce Jeune intellectuel torturé semait le doute sur la valeur de son engagement parmi les membres dirigeants du groupuscule en raison de ses prises de position et silences. Du reste, il semblait bien trop perplexe devant les vertus du régime communiste sénégalais à son retour de la République Démocratique d’Allemagne de l’Est où il a étudié. N’Dongo est-il ou peut-il être un héros, lui qui sera lapidé par la population dakaroise en raison de sa folie apparente ? Et que dire de ce mythe bien étrange auquel N’dongo s’associe à la fin de sa vie : celle du potentat Tamango qui tortionnaire de sa tribu devint héros après avoir extirpé les siens de la traite négrière. Ne s’agit-il pas ici d’une critique sur la légitimité du régime communiste. Dans ce roman, le lecteur retrouve chez N’dongo certaines des interrogations de Samba, personnage central de L’aventure Ambiguë de Cheikh Hamidou kane, qui le mènent sur le voix d’une introspection dangereuse. De même, dans la description de la conspiration, des acteurs du M.A.R.S., nous retrouvons l’univers de Mongo Beti avec Remember Ruben. Le temps de Tamango est une œuvre indissociable de l’état d’esprit d’intellectuels africains consternés par la déroute des fausses indépendances. Il serait vraiment dommage de bouder ce roman passionnant d’autant que l’écriture de Boris Boubacar Diop conjugue avec habilité et exigence réflexion politique et originalité littéraire.


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5 réponses:

  1. tchambo cédric gaylord écrit:

    très bon roman qui met la lumière sur le passé de nos parents. c’est une vrai réalité qui remet en cause la question des droits de l’homme dans le monde

  2. Bonjour,

    Bravo pour ce blog.

    Excellent roman de B.B. Diop. Ce roman esr à relire, court, mais beau, très beau!

    Obambé GAKOSSO, obambegakosso.unblog.fr

    Dernière publication sur Lengunga la pemba, iwuba la kièrè. Le blog d'Obambé Mboundze GAKOSSO : Les gamins, ces êtres épatants!

  3. Fabien M. écrit:

    A ce propos, une autre manière symbolique de couper les ponts avec l’ancienne puissance coloniale : en 2003, il avait abandonné le français comme langue d’écriture pour écrire « Doomi Golo » en wolof… avant de le traduire en français, ce qui donne « Les Petits de la guenon », publié cette année aux éditions Philippe Rey. Il est dans ma bibliothèque depuis quelques jours et n’attend plus que d’être lu !

  4. J’ai adoré ce roman. Diop Boubacar Boris après être allé au Rwanda sur les lieux du Génocide n’a plus voulu avoir de relation avec la France. Cela se comprend au regard du rôle qu’à joué l’État français dans cette horreur. Mais qu’il sache que les citoyens français ne savaient pas que leur État avait collaboré au génocide…. Et cette ignorance continue malheureusement.
    Hervé Ferrand

  5. Fabien M. écrit:

    Un bien bel article qui rafraîchit ma mémoire de lecteur… Je l’ai lu il y a longtemps, mais je me souviens d’un roman assez ardu sur le fond comme sur la forme, avec une signification, un message, distillés plutôt qu’assénés, et parfois difficiles à saisir. Merci de clarifier les choses !

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