Ballades et escales en littérature africaine

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9
nov 2009
**** Sefi Atta, « Le meilleur reste à venir »
Posté dans Sefi Atta, _ NIGERIA _ par Hervé à 3:13 | 10 réponses »

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Depuis quelques années la scène littéraire nigériane bouillonne de nouveaux talents, notamment avec des écrivains comme Adichie et Iweala pour ne citer qu’eux. Sefi Atta y entre à son tour et qui plus est par la grande porte avec son roman au souffle épique, Le meilleur reste à venir. Reconnaissons-le de suite, cette chronique sociale et urbaine époustouflante s’inscrit parmi les meilleurs romans de cette année finissante. Dès sa sortie, l’ouvrage est récompensé par le prix Wole-Soyinka et est accueilli par une presse anglo-saxonne enthousiaste. Il était temps que la traduction française soit éditée pour notre plus grand bonheur. Sefi Atta est née à Lagos, en 1964, dans une famille de cinq enfants. Son père a été secrétaire du gouvernement fédéral et chef de la fonction publique jusqu’à sa mort en 1972. En 1985, elle obtient un diplôme à l’université de Birmingham et neuf ans plus tard emménage aux États-Unis. De ce portrait se dessine une jeune intellectuelle métissée de culture occidentale qui ne rompt pas les amarres avec son pays d’origine ; un profil qui n’est guère éloigné de l’héroïne principale du roman, Anitan, une jeune femme nigériane qui après des études de droit à Londres revient dans son pays natal pour travailler dans le cabinet d’avocat de son père. Le retour est difficile : s’affirmer en tant que femme active dans une société traditionnelle foncièrement paternaliste et machiste relève de la gageure. Malgré cela, la jeune femme, déterminée, compte bien relever le défit comme le fait au quotidien son amie d’enfance Sheri. Ces deux femmes se sont rencontrées durant leur adolescence alors qu’elles étaient voisines. Anitan, fille unique d’une famille chrétienne aisée, évoluait dans la solitude et l’austérité alors que Sheri, petite métisse libérée, s’épanouissait chez son père, un homme peu riche de confession musulmane, marié à plusieurs épouses et ayant de nombreux enfants. De cette rencontre improbable est née une relation fraternelle qui ne cessera de s’affermir au fil des ans, en particulier dans leur combat mené chacune à leur manière à affirmer leur droit à être des femmes libres. Aidée d’une forte personnalité, d’une intelligence obstinée et d’une féminité délicieusement attirante et opportuniste, Sheri réussira à se faire une place dans cette société d’hommes ; peu lui importera les acrimonies faites à sa réputation sulfureuse. Anitan quant à elle ne saura pas se satisfaire d’une parité de fait et personnelle : il s’agira pour elle de se battre en faveur du droit de toute femme à être l’égal de l’homme quelque soit la société et la religion. Or, lutter pour cette cause c’est aussi se battre pour le respect des droits de l’homme à vocation universelle, ce qui n’est pas sans danger dans une nation gouvernée par un régime dictatorial. Du reste, il n’est pas aisé de modifier les comportements des hommes vis-à-vis des femmes y compris dans les tâches quotidiennes agencées selon les règles traditionnelles séculaires et soi-disant immuables. Le meilleur reste à venir est un roman dont chaque page est imprégnée d’une puissance de conviction et d’une force de combat remarquable et indélébile. L’éclat de l’œuvre provient aussi du fait que la thématique n’est jamais isolée de son contexte. La ruche urbaine infernale et grassement inégalitaire qu’est Lagos est omniprésente. Lagos n’est en rien ici un décor de carton pâte. La métropole est une protagoniste à part entière qui modèle, gangrène les âmes. Lagos se fait ici entité vivante fondamentalement et existentiellement inégalitaire. Il n’est que justice que cette œuvre, Le meilleur reste à venir, ait été récompensée par de hautes distinctions et que Sefi Atta soit considérée comme un écrivain majeure de la littérature contemporaine.


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10 réponses:

  1. Ballades et escales en littérature africaine écrit:

    Merci beaucoup Marion. « Le meilleur reste à venir », de Sefi Atta, est l’un de mes romans préférés. Bonne lecture.

  2. Marion écrit:

    Bonjour,
    Je lis actuellement « Le meilleur reste à venir » et je suis emportée. Adepte des littératures africaines, je vous remercie pour ce blog que je découvre à l’instant, qui donne des idées et fait l’inventaire de beautés à aller chercher.

  3. Salut Françoise.
    Merci pour ton commentaire.
    Tout comme toi ce roman m’a énormément frappé et captivé. C’est une très belle réussite qui confirme la très grande qualité de la littérature nigériane. J’attends le prochain opus de l’écrivain. Que de plaisirs en perspective.

  4. Françoise écrit:

    Bonjour Hervé,
    me voilà à nouveau ébahie par la force de l’écriture d’une auteure nigériane! une histoire sans concessions qui montre bien une fois de plus la grande place de la femme dans ce pays très difficile, et qui a le mérite de garder une note optimiste .Pas un seul chapitre un peu ennuyeux, aucunes longueurs dans ce pavé, vraiment j’ai beaucoup aimé et je vais continuer ma découverte du Nigéria à travers sa littérature, histoire aussi d’apprécier la chance de vivre dans un pays où la condition de la femme, et de l’homme en général, est beaucoup plus enviable !

  5. Ferrand Hervé écrit:

    Banalité ce que je vais dire mais un rappel nécessaire : « Le meilleur reste à venir » de Sefi Atta est un très beau roman. La littérature nigérianne est décidément d’une grande richesse.

    Ballades et escales en littérature africaine.

    Ferrand Hervé.

  6. Belle forêt de romans africains, dans laquelle je ne me balade pas assez souvent j’ai l’impression.
    Mais ce roman de Sefi Atta, j’ai eu le plaisir de le lire récemment. Très grand plaisir.

  7. Anonyme écrit:

    Salut Gangue.
    La littérature nigériane est d’une richesse incroyable des dernières années ; ce roman est remarquable. Un grand moment de plaisir.
    Je te le conseille vivement.Je suis de prêt ton blog. Tu proposes des romans qui attirent mes neurones, mais je me balade dans une forêt de romans africains ; je ne sais plus où donner de la tête. Je ne me plains pas, c’est un vrai plaisir.
    Bonne route

  8. Gangoueus écrit:

    Voilà un ouvrage sur lequel je tombe régulièrement à la Fnac. Ces nigerians ne cessent de produire des textes de qualité. Bon ma liste de livres à lire est longue, alors, je vais attendre le format de poche…

  9. Ferrand Hervé écrit:

    Oui, c’est un des plus beaux écrits que j’ai lu dernièrement. Une écriture remarquable. Des personnages saisissants.

  10. Je viens de terminer ce livre, et je l’ai beaucoup aimé.

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