Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

2
mai 2010
****Nimrod, L’or des rivières.
Posté dans Nimrod, _ TCHAD _ par Hervé à 2:14 | Pas de réponses »

nimrodlordesrivires.jpgNimrod Ben Djangrang est né en 1959 au Tchad. Il est issu d’un peuple ultra minoritaire, les Kimois qui sont de confession protestante ; une singularité des plus grandes dans un pays où la religion musulmane habite à quelques rares exceptions éparses toutes les âmes de cette nation. Il est probable que cet isolement religieux et l’apparente austérité de l’Eglise luthérienne aient eu  et continuent à avoir leur part d’influence sur l’écriture de l’auteur autant dans ses poèmes que ses romans. Senghor profondément ému par la qualité et la profondeur de sa poésie, est l’un des premiers à l’encourager dans son cheminement parmi les lettres. Nimrod qui voue au poète sénégalais une grande admiration lui rend hommage en 2003 dans son essai, Tombeau de Léopold Senghor. Docteur en Philosophie à l’Université d’Amiens, il vit aujourd’hui en France. En 1989, il obtient le Prix de Poésie de la Vocation pour Pierre, poussière et en 1999, le Prix Louise Labé avec Passage à l’infini. L’or des rivières est un récit autobiographique fait d’introspection, de recueillement, de spiritualité. Marié à une française et vivant en France, l’écrivain est bien éloigné de sa mère faite à l’image de son pays natal : économie des mots, rigueur dans le maintien, raideur des traits du visage et un sens de l’honneur qui ne serait être bafoué. En l’occurrence, il s’agit bien d’honneur et de devoir dans sa dernière missive : elle le demande au pays afin qu’il érige une dalle de ciment sur la demeure funéraire de son père. De retour au Tchad, vu comme un étranger par les habitants de son quartier d’origine et se considérant comme tel, il laisse vagabonder son esprit, seul, dans la concession de son enfance avant d’aller au chevet de sa mère. Se ressourcer avant l’épreuve, voilà ce qui lui importe ; se souvenir de ces instants de communions solitaires avec les nuits étoilées. Cette maison, la matrice heureuse qui l’a protégé durant son enfance, qui a partagé ses rêves, ses méditations, ses premiers émois d’amour pour les lettres. Une maison dont les murs lui servaient de toile à ses peintures imaginaires et qui maintenant l’isole des bruits de la révolution assassine. Arrivé devant cette mère, femme maigre aux habits de veuve, avec laquelle le dialogue a toujours été économe car difficile, il prend conscience que c’est par elle uniquement que le pays revit en lui. De son père, pêcheur et pasteur protestant, il ne s’en souvient qu’insuffisamment ; seules les parties de pêche silencieuses avec lui, moments de bonheur propices à la communion avec la nature et à la spiritualité, sont inoubliables. Mais concernant la place de celui-ci dans la vie du foyer, ne lui revient à l’esprit qu’un homme digne évitant le conflit avec une épouse qui ne s’est jamais remise d’avoir accouché d’un enfant mort-né. Celle-ci, ignorante des effusions des sentiments à l’image de la sobriété du pays, lui rappelle l’obligation qui lui est faite de se rendre au plus vite dans ce coin perdu du Sahel où son père a honoré son dernier magistère et y est mort. Sur les pistes de sables, laissant loin derrière lui les bruits citadins et l’agitation révolutionnaire, il se fait pèlerin ; les étendues sahéliennes lui rappelant cette rivière dans laquelle il pêchait aux côtés de son père : tout comme l’écoulement des eaux, les vagues de sables le transportent dans des méditations sur ce père absent, sur cette famille aux dialogues rares, sur cette mère écorchée vive. L’or des rivières est un récit fait de sobriété et d’élégance. Les mots se font humbles face aux étendues sahéliennes sous ce soleil exténuant et devant cette mère à la fierté qui ne saurait flancher. Voilà une oeuvre magnifique où l’écrivain met une part de lui-même à nu ; confession faite avec une grande dignité.

  

Nimrod, L’or des rivières, Actes Sud, 2010, 126 p.  


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