Ballades et escales en littérature africaine

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18
mai 2010
**** Abani Chris, Le corps rebelle d’Abigail.
Posté dans Abani Chris, _ NIGERIA _ par Hervé à 3:34 | Pas de réponses »

abanichrislecorpsrebelledabigailtansi1.jpgVoici un roman qui ne peut laisser les lecteurs indifférents tant il est magnifique et éprouvant : une prose dépouillée qui se fait parfois poésie illumine un texte fait de ténèbres et de douleurs où la plume de Chris Abani y est vertigineuse et dramatiquement abyssale. Des phrases courtes se succèdent dans des chapitres lapidaires qui font écho à la violence des images introspectives qui hantent la jeune adolescente Abigail ; des représentations d’une vie émergeant du chaos meurtrier de sa naissance, sa mère est morte en couches, jusqu’à l’épreuve de sa fin douloureusement libératrice. Assise sur une statue qui surplombe la Tamise à Londres, Abigail, jeune nigériane, se remémore par « flash back » son existence au pays natal et en Angleterre au rythme de cigarettes fumées en série dans une nuit qui prend ses aises face à un soleil couchant. Cette fois les cigarettes ne seront pas ses instruments préférés de ses mutilations que son corps réclame, la douleur lui donnant la certitude d’être vivante. Elles se feront tout simplement mégots jetés au hasard . Il est vrai que l’adolescente et son corps ne se connaissent que dans leur reniement. Il en est ainsi avec les viols successifs subis dès l’âge de dix ans par un cousin de cinq ans son aîné. Et que dire de ce père qui ne la voit pas. En elle il n’aperçoit que sa femme, Abigail, morte à la naissance de sa fille à laquelle il donne le prénom de son épouse. Abigail n’est pour lui qu’une projection imaginaire ; elle n’a pas la place d’exister dans le monde clôt de ce père meurtri. Et pourtant elle ne cesse de se manifester à lui ; de lui montrer qu’elle existe en dehors de sa mère par des sacrifices ritualisés : « Son père ne s’interposa pas lorsqu’elle décapita toutes ses poupées et organisa un enterrement pour chacune d’elle. Il se sentit plus mal à l’aise, mais demeura cependant silencieux, lorsqu’elle abattit en plein ciel six oiseaux… Il resta encore silencieux quand elle les para de dentelles arrachées aux garnitures de la robe de mariée de sa mère. Elle rassembla des brindilles en fagots qu’elle déposa suivant des motifs géométriques, puis déposa les oiseaux enveloppés de dentelles sur des bûchers funéraires… », page 35. Mais rien n’y fait : pour cet homme elle est et sera toujours le miroir de ce fantôme, sa femme. Quand Abigail le quitte pour Londres afin d’y rejoindre son oncle pour un avenir fait de fausses promesses, son père se fait pour la seconde et dernière fois veuf. En Angleterre, une nouvelle vie lui tend les bras au sein du foyer de ce parent qui l’avait violée des années plus tôt. Aucune méfiance sur cet homme trop sympathique qui lui fait faire les magasins afin qu’elle ressemble à une jeune femme plus âgée qu’elle ne l’est. Encore une fois elle se doit de ne pas être Abigail, la gamine de quatorze ans. Seul un homme saura l’apprécier pour ce qu’elle est, son éducateur. Mais les travers de leur relation ambiguë ne porteront chance à aucun des deux. La dernière cigarette fumée, il est temps pour elle de vivre sa fin qu’elle a choisi seule.

 Abani Chris, Le corps rebelle d’Abigail Tansi, Albin Michel, 2010, 140p.


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