Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

19
juin 2010
**** Kwahulé Koffi, Babyface.
Posté dans Koffi Kwahule, _ COTE D'IVOIRE _ par Hervé à 2:25 | 7 réponses »

kwahulkoffibabyface1.jpgNé en Côte d’Ivoire en 1956, mais vivant à Paris, Koffi Kwahulé est connu dans le monde entier pour son œuvre théâtrale riche d’une vingtaine de pièces. Formé à l’Institut National des Arts d’Abidjan, il entre en 1979 à l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre de Paris, et poursuit parallèlement des études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle où il obtient un doctorat. Ses pièces, dont les plus connues ont pour titre Bintou, Cette vieille magie noire, Fama, Big Shoot ou Jazz, ont été traduites en de nombreuses langues et jouées en Europe, en Afrique et aux Etats-Unis. Dans son premier roman, Babyface, paru en 2006 chez Gallimard et lauréat du prix Kourouma, Kwahulé Koffi poursuit à travers les thèmes de la violence et de la quête d’identité, un travail stylistique d’une grande originalité qui en dépit de son caractère polyphonique complexe reste accessible. Dans la capitale d’une nation fictive, Eburnéa, qui est plongée dans les affres d’une recherche identitaire nationale criminelle, « l’éburnéité » - une référence à peine voilée à la Côte d’Ivoire et l’ivoirité -, Mozati, une jeune femme à la grande beauté mène une vie heureuse aux côtés de son compagnon, Jérôme, un Blanc fort âgé, fortuné, cultivé et surtout extrêmement amoureux d’elle. Certes, cet amour n’est pas réciproque mais son affection pour cet homme est vive et sa joie de vie, certaine. Un bonheur qui est bien étranger à ses trois amies d’enfance qui la jalousent. Mo’Akassi, la première, partage sa vie avec un poète fantoche qui se plaît à exhiber une partie de son intimité au tout public et se vautrer dans le sexe avec la sœur âgée de treize ans de sa compagne. Pamela, la seconde, est mariée à un député toujours absent tandis que Karidja, la troisième, ne réussit pas à entretenir une relation de plus d’une semaine avec un homme. Les trois comparses ne comprennent pas que le bonheur puisse honorer une broussarde comme l’est Mozati et les bouder, elles qui pourtant ont fait des études supérieures à l’étranger. Le destin est bien injuste ! C’est dans cet univers lourd de sous-entendus qu’entre en scène Babyface : jeune homme ou devrions-nous dire apparition bien mystérieuse aux traits délicats et se présentant comme étudiant en économie dans une université parisienne. En sa présence, nulle indifférence : tout un chacun est envoûté par cet inconnu de passage. Mozati, prise de passion pour lui, abandonne tout ce qui a fait son bonheur, Jérome et son argent. Il est l’unique objet de ses passions qu’elle n’attendait plus. Cependant les contours de la personnalité de cet étranger sont bien flous : une fois paisible, une fois tempétueux ; une fois généreux et attentionné, une autre fois égoïste et mal aimable. Babyface est tout et son contraire. Il est palimpseste. Ne serait-il pas tout bonnement une illusion qui se modèle, se transforme pour répondre aux désirs de ses nouvelles conquêtes ? Ne serait-il pas que promesses vaines et au final désordres mortifères à l’image de ce concept « d’éburnéité » – ’ivoirité d’Eburnéa - devenu fléau du peuple ? Le roman est constitué de fragments du Journal imaginaire que Jérôme tient au jour le jour : à la fois patchwork stylistique (prose, poème et autres) et bibliothèque de journaux intimes fantasmagoriques, chacun des personnages y prend la parole, se fait témoin tant de sa vie souvent décadente que de ses sentiments sur Babyface. De ce Journal imaginaire qui se fait roman rugissent les folles intonations d’un free jazz pour lequel Kwahulé Koffi voue une grande passion. On y entend des solos de mots fiévreux et scandés aux tonalités mythiques :   

« Sur le trottoir, une femme noire nue et un homme blanc nu (…) De la main gauche la femme noire tient un rasoir. De la main droite elle traîne l’homme blanc par le sexe. Chaque fois que l’homme se cabre, la femme lui donne des coups de rasoir pour l’obliger à avancer. Aussi le corps de l’homme ruisselle-t-il de sang. Arrivés au niveau de la Rover, la femme noire en regardant Mozati dans les yeux lève le rasoir et tranche d’un coup précis le sexe de l’homme blanc qu’elle enfonce dans sa propre bouche. Aussitôt Babyface éclate de rire. Et son rire brille comme la lame que la femme brandit au soleil. Le sang aux lèvres, la femme noire mâchonne le sexe de l’homme blanc en exécutant une danse lascive et vulgaire. » p. 201 et 202.

   Babyface est un roman bien étrange, fascinant, hypnotisant. Le lecteur adorera s’y perdre et y renaître avec le sentiment d’avoir vécu un grand moment de littérature.   

Kwahulè Koffi, Babyface, Gallimard, coll. Continents noirs, 2006, 213 p.


Fil RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse.

7 réponses:

  1. Swiss Gear Backpack écrit:

    That’s a great design though i love it. How did you make it?

  2. Ballades et escales en litterature écrit:

    L’écrivain malgache, L.-L. Raharimanana, considère que Babyface est un chef-d’oeuvre. Je ne suis pas loin de penser comme lui.
    N’oubliez pas de lire aussi le dernier roman de Kwahulé, Mr. ki. C’est une autre merveille.
    Ballades et escales en litterature africaine.

  3. pca high roller écrit:

    je vais suivre vos conseils et m’empresser de le lire

  4. C’est une très bonne décision Sapao. Je suis certain que tu ne la regretteras pas. Bon séjour dans la belle Libreville.

  5. sapao écrit:

    Merci pour la moisson et l’enrichissement. Personnellement, de cet écrivain ivoirien, je ne connais que le nom. Grâce à votre travail, je m’efforcerai de me procurer ce livre quand je serai à Libreville.

  6. ferrand hervé écrit:

    Bonsoir Lorraine.
    Il semble en effet que Bintou soit une oeuvre remarquable. Il faudra que je jette un oeil attentif aux créations théâtrales de cet écrivain majeur de la littérature ivoirienne. Entre temps, je te conseille vivement la lecture de Babyface.

  7. Lorraine écrit:

    Bonjour !
    Je pensais avoir déjà lu un livre de Koffi Kwahulé, sans pouvoir me remémorer le titre…. En fait non ! Je ne l’ai jamais lu, mais j’ai vu la pièce de théâtre « Bintou » tirée de son livre éponyme, qui a été jouée au théâtre international de la langue française, à la Villette à Paris, en….. 1997 ! C’était autour du thème de l’excision, très beau, très fort, ça m’a marquée.

Laisser un commentaire

Lire, Voir, Ecouter... |
mespetitsmotspourtoi |
جولة... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hédonisme et Existentialisme
| Les mots de passage
| Ma vie litteraire