Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

18
oct 2010
**** Tchoungui Elisabeth, Bamako Climax.
Posté dans Tchoungui Elisabeth, _ CAMEROUN _ par Hervé à 5:20 | 9 réponses »

tchounguielizabethbamakoclimax.jpgJournaliste franco-camerounaise et animatrice à la télévision française, Elizabeth Tchoungui a obtenu un succès littéraire remarqué avec son premier roman Je vous souhaite la pluie. Soyons certain que son deuxième opus, Bamako Climax, lui assure de nouvelles récompenses. Le personnage principal de cette œuvre, Céleste, enlumine de sa beauté spirituelle chaque page de l’écrit. Métisse de grande beauté, brillante et extrêmement sensible, elle irradie ceux qui ont le bonheur de goûter sa compagnie. Que de qualités pour cette jeune femme qui parcourt le monde pour y recueillir les confidences de ceux qui habitent des pays dits déshérités. Revenue de l’Inde, dans l’esprit de publier un livre, Céleste bien que n’étant pas mondaine ne boude pas pour autant les dîners parisiens d’élites ou de pseudo-élites artistiques. Amoureuse des contrastes et croyante dans l’humanité, elle refuse tout préjugé. Cueillir l’être pour ce qu’il est dans son essence, un être doué de vertus, pourrait être sa devise. Mais voilà, comme toute lumière, elle attire des personnes qui ne sont pas toujours dignes de sa devise. Elle va le constater à ses dépends chez deux hommes qu’elle aime, Elio son époux et Elliot son amant. Le premier est un Italien dont la judaïté imprègne le sang, spécificité identitaire vécue dans l’angoisse. Elio appartient à cette bourgeoise italienne de carton pâte pornographique qui a pour appendice politique et culturel la vulgate berlusconnienne, monceau de vulgarités télégéniques aux neurones affreusement atrophiés. A peine marié à celle qui aurait pu le libérer de son apathie intellectuelle d’enfant gâté et le faire entrer de plein pied dans la vie d’un monde de vérités, il lui préfère la fuite dans la poitrine généreuse de sa maîtresse, créature sortie tout droit d’un soap brésilien. Elliot quant à lui semble être une personne plus conséquente que son concurrent et bellâtre italien. D’origine malienne, ayant goûté la misère tant de son pays de naissance que celui d’adoption, la France, il gravit avec une ténacité aveugle les échelles du pouvoir. Enfin conseiller aux affaires culturelles de la municipalité de Paris, il peut rayonner de sa toute puissance. La revanche sociale, voilà le moteur d’Elliot. Montrer à son père défunt qu’il doit être fier de son fils. Avancer, toujours avancer, quitte à écraser son prochain. Pour lui, l’amour est comme toutes sensibleries, un aveu de faiblesse. Qu’on se le dise, les puissants exècrent de tels sentiments. Elliot n’est rien d’autre qu’une noix de coco, un bounty. D’africain ne lui reste que sa couleur de peau. Nous sommes bien loin de la devise de Céleste. Et pourtant celle-ci va succomber aux charmes de cet ambitieux. Probablement croit-elle que derrière cette armure de froideur se cache une fragilité. Les amis de Céleste sont unanimes, ces deux hommes ne méritent pas leur amie. Chacun leur tour, en confession, ils prennent la parole et dénoncent les turpitudes que lui font subir ces deux ingrats. Ces deux-là ne comprennent pas que cette princesse nubienne est leur chance ; Céleste est la réponse à tous leurs maux qui s’enracinent dans leurs troubles identitaires. Vivre leur métissage, voilà la vérité. Ne plus cacher une partie d’eux-mêmes mais bien au contraire s’en enrichir. Désabusée, offensée, Céleste disparaît dans les terres africaines. Comprenant leur erreur, chacun de son côté, les deux égoïstes se lancent à sa poursuite dans une Afrique qui va leur révéler la vérité d’un monde d’une grande violence quand celui-ci se fait malheureusement exclusif de sa culture. Abusés, violentés, charmés, exténués, l’Afrique et à travers elle Céleste se fait la contemptrice des apparences des deux hommes, élus malgré eux d’une initiation qui les mènera à leurs limites, passage obligé d’une rédemption incertaine. Bamako Climax, à la fois recueil de confessions et roman d’aventure, est une ode au métissage : sans métissage, pas de compréhension ; sans métissage, pas de paix. Refuser son métissage c’est se mentir.

« L’enfant du ciel est métis, et n’en déplaise aux astres, aux racistes, aux peureux, aux oracles myopes, aux sorciers mal lunés, aux épurateurs ethniques, aux génocidaires, au philistins, aux croisés du troisième millénaire, aux bornés de toujours, sur les cendres des civilisations qui auront eu la faiblesse de se combattre, son règne adviendra », p. 402.

Voici donc un bon roman servi par une écriture concise, vive et rythmée, qui sait se faire soucieuse du détail. Dans un langage parfois cru, elle dessine chacun de ses personnages de façon si familière que l’on a l’impression qu’elle les a croisés, fréquentés et étudiés de près. Un autre atout de ce livre, c’est les nombreux rebondissements qui retiennent l’attention du lecteur, en particulier quand les deux mufles parcourant l’Afrique sahélienne sont confrontés  aux attentas d’un mouvement terroriste anti-occidental. Bamako Climax a la grande qualité d’unir l’intime et le public, le tout afin de mieux apprécier la fortune qu’est le métissage, grande cause de l’auteur. 

elizabethtchoungui.jpgTchoungui Elizabeth, Bamako Climax, Plon, 2010, 404 p.


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9 réponses:

  1. Bonsoir Lorraine.
    Comme tu vois, je prends pas mal de retard à répondre.
    Fainéantise ? Certainement pas !
    J’ai lu ta chronique à propos du roman de cette même auteure Je vous souhaite la pluie, un livre qui me semble plus intimiste. Certains lecteurs ont été déroutés par des personnages jugés dessinés à trop grands traits ; déconcertés aussi par un décor « trop paillettes ». Des jugements que je ne partage pas : c’est un roman qui se lit agréablement en dépit il est vrai de quelques fragilités.

  2. Lorraine écrit:

    Alors, je n’ai pas (encore) lu Bamako Climax, mais je dois dire que « Je vous souhaite la pluie » d’Elisabeth Tchoungui m’a agréablement surprise, j’ai beaucoup apprécié ce livre, léger mais néanmoins assez grave et réaliste. Alors peut-être ne faut-il pas trop vite renoncer à cette auteure.
    http://chezlorraine.blogspot.com/2011/04/je-vous-souhaite-la-pluie.html

  3. Bonjour.

    Désolé de vous répondre si tardivement : revenu du Cameroun, un tas de choses m’attendait.

    Vous n’êtes pas la seule à avoir été déçue par ce roman. La critique récurrente : les lieux communs et poncifs.

    Une nouvelle fois, c’est à chacun de nous de se faire une idée.

    Dans tous les cas merci à vous pour votre témoignage.

    Hervé

  4. Hélène écrit:

    C’est un roman qui m’a profondément énervé car j’ai trouvé qu’il amassait des poncifs, des clichés sans aucun intérêt. Comme Keisha, je l’ai trouvé très artificiel…

  5. ferrand hervé écrit:

    Salut Liss. Avec toi, je suis à bonne école !

  6. Belle critique, commentaires quelque peu réservés, le tout aguiche !

  7. keisha écrit:

    Merci d’avoir répondu longuement. Je pense bien sur que l’auteur a volontairement accentué certains côtés pour sa démonstration, par exemple Elio/Eliott ne sont pas des prénoms choisis au hasard. Mais l’accumulation de certains détails alourdit le roman, c’est dommage. Y compris cette histoire de femme « pas portée sur la chose » dixit le roman, qui craque et d’un coup d’un seul, est enceinte d’une fille illégitim et métis. On est trop dans la démonstration.
    Il faut croire cependant que j’ai aimé quand même un peu, puisque j’ai terminé de le lire (d’ordinaire j’abandonne). Stéphie a aimé beaucoup plus. Pour ma part, j’ai choisi de ne pas en parler sur mon blog, je préfère défendre les romans que j’aime, en général!

  8. ferrand hervé écrit:

    Bonsoir Keisha.
    Oui, c’est vrai que j’ai apprécié ce roman même s’il n’a pas une intensité incommensurable, reconnaissons-le. Peut-être en effet manquait-il à parfois d’épaisseur. Les nombreux chapitres dédiés aux personnes gravitant autour de Céleste, Elio et Elliot en particulier, sont très intéressants sinon dans leur exagération du moins dans les longues descriptions allant toujours plus loin dans la démonstration des artifices dans lesquels vivent la plupart de ces personnes. Sur ce point, le tableau qui est fait d’Elio est parlant ; souligner par le bling bling, la stupidité, la vanité de tels univers. Que cela en devienne agaçant, je peux le concevoir.
    Concernant Céleste, la manière dont l’écrivaine aborde ce personnage est intéressante, la prenant comme un être à part sortant totalement du matérialisme dont elle aime se dépouiller ; dépouillement qui rapproche de la vérité qu’elle incarne. Le fait qu’elle ne prend la parole qu’à de rares fois et ne soit « vue » que par la prise de parole de ceux qui l’entourent accentue cette identité presque mythique. Elle est le référent.
    Je me rapproche de ton jugement sur le fait que ce roman ne laissera probablement pas une trace indélébile dans la littérature. Mais le plaisir est tout de même au RDV.

    Bien à toi.

  9. keisha écrit:

    Un roman que j’ai lu en entier (je précise) et sans trop tarder, d’autres que toi ont aimé, mais pour moi la mayonnaise n’a pas pris…
    Ces vies dans des cadres dorés et surtout ces pages où défilent les marques, bref, ce côté bling bling m’a rapidement agacée. j’attendais la partie en Afrique, qui a tardé quand même, oui, c’est bien rendu et les détails sont corrects (et heureusement ^_^) mais là encore que de marques et de cubes glacés des hôtels de luxe!
    Le concours de miss et les interventions de constanza tout au long du roman sont un régal.
    On connait peu Céleste malheureusement, elle reste assez floue, sans chair (si j’ose dire). Je ne me suis attachée ni à elle ni aux autres. Certains liens entre personnages ou événements du roman sont assez incroyables, mais bon, j’accepte un coté fable, mais cela reste artificiel.

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