Ballades et escales en littérature africaine

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Archive pour la catégorie '_ GABON _'


Effah Charline, N’être, La Cheminante, 2014, 144 p.

7 décembre, 2014
Effah Charline, _ GABON _ | 1 réponse »

Charline Effah, "N'être".

Le roman de le belle Charline, « N’être », est un récit intense sur les rapports entre une mère et sa fille, non désirée, prenant racine en Afrique – on imagine le Gabon, pays dont est originaire l’écrivain – puis en région parisienne.

Fille adultérine, laissée à l’abandon par sa mère chez une tante et de retour après de longues années dans une famille où elle est l’intruse, recluse dans sa chambre, débarras au fond de la cours. Drôle d’énergumène à la peau trop foncée dans cette famille de renom où l’épouse n’est qu’un objet d’apparat.

« Du temps de mon enfance, dans la grande maison rouge, l’amour avait toujours été un sujet tabou, l’injure absolue. Chez les miens, l’amour est silence. Il est dans le reproche et l’attente. L’amour ne se déclame pas. Il se devine, se soupçonne et se jauge au nombre de fois où les maris, ces pauvres victimes de leur sex-appeal, reviennent à la maison après de longues échappées. Je n’avais jamais vu mes parents rire ensemble, mais à en juger les grossesses qui se succédaient, j’ai compris que c’est pas le lit conjugal que la femme avait pris le pouvoir, mais que c’est aussi par lui qu’elle l’avait perdu. », p.29

Partie en France, ses relations avec les hommes ne pourront qu’être marquées par les silences mortifères d’entant avec sa mère. Le retour s’impose : essayer de découvrir qui est sa mère ; que pensent t’elles l’une de l’autre ? Où en sont t’elles?

Une écriture à la fois sobre et intimiste qui nous fait ressentir des rapports humains assombris par les silences.

 

Effah Charline, Percées et Chimères.

21 avril, 2012
Effah Charline, _ GABON _, _____________________ECRIVAINS | 5 réponses »

Effah Charline, Percées et Chimères. dans Effah Charline Effa-Charline-Perc%C3%A9es-et-Chim%C3%A8res1-300x300« Garde-toi de ramener à l’existence les ombres de la fatalité », p.185.

« Le temps et les circonstances érodent nos convictions. Ils ont cette force de faire pâlir notre orgueil et de finalement nous ramener à la réalité », p.168.

Charline Effah, gabonaise installée à Paris – où elle obtint un doctorat en Lettres Modernes -, convie son lecteur dans son univers romanesque avec un premier ouvrage, Percées et Chimères : un titre aux saveurs des mythes helléniques où le destin – sa réalité, sa nature – est la thématique centrale de l’œuvre. Un destin, ici, accordé au féminin avec la jeune étudiante, Mélina, le personnage principal du roman, qui aspire à l’émancipation ; un dessein qui semble bien difficile à satisfaire au regard de ce que lui réserve une Afrique urbaine soi-disant progressiste, mais faisant toujours la part belle à l’homme, le sempiternel sujet dominant et vainqueur sans surprise de ce rapport de force sexué ; un assujettissement auquel s’ajoute comme autre obstacle à toute jeune femme ambitieuse, la pauvreté endémique et une corruption sociétale structurelle : bien difficile dans ces conditions d’échapper au destin traditionnel affecté aux femmes, être une bonne mère et une épouse dévouée à son homme.

« Dans ton pays, pas besoin d’être bardé de diplômes si l’on veut réussir. Regarde tous ces gens haut placés qui ne se gênent pas pour piller notre part du pétrole. Eh bien, je te dis qu’ils savent à peine lire et écrire. (…) C’est le destin. Il faut l’accepter. Si encore tu avais trouvé grâce aux yeux d’un grand président-directeur général détourneur de fonds publics et parapublics qui aurait fait de toi son deuxième ou troisième bureau, à la mesure des mouvements nocturnes dont la belle paire de hanches l’aurait gratifié, ça aurait peut-être était négociable. Mais tu n’es pas la maîtresse d’un président-directeur général détourneur de fonds publics et parapublics. », pp 12 et 13.

Confession censée d’une jeune femme en butte permanente avec une mère qui, abandonnée par son époux et vivant dans la pauvreté, voyait dans son unique enfant et ses bons résultats à l’école une porte de sortie à la misère. Désabusée, elle n’a plus qu’un seul désir, voir sa fille se doter d’un destin honorable grâce au mariage et l’enfantement. Qui plus est, l’honneur familial sera sauvegardé. Des vœux que rejette obstinément Mélina sans cependant proposer d’autres alternatives à la tradition… du moins jusqu’à ce que son amie, Diane, l’invite à l’accompagner et consulter un célèbre marabout, Aladji Bakary, afin que leur soit révélé le sens caché des arcanes de leur destin. Et, ô surprise ! le voyant prédit à Mélina une destinée heureuse bien éloignée de son quotidien, puisque à l’étranger, avec une carrière brillante et auprès d’un riche blanc. Augures heureux bien loin du destin funeste réservé à Diane : malheur, fatalité sinistre, l’accompagneront irrémédiablement jusqu’à la fin de ses jours. Un lot de consolation toutefois, elle vivra très vieille alors que Mélina décédera jeune femme (pondération est justice !).

Elucubrations d’un fou ? mensonges d’un arnaqueur professionnel ? peu importe à Mélina ces sinistres réflexions : il est urgent pour elle de courir au cybercafé et de passer une annonce sur un site de rencontres pour ferrer le riche Blanc afin de donner matière à son destin. Et tant pis si comme en Afrique il faut faire plus état de ses qualités plastiques que de celles intellectuelles :

Une copine à Mélina au sujet de la rédaction de sa petite annonce jugée trop portée sur ses qualités… intellectuelles : « Tu sais bien que ce que les hommes blancs aiment chez nous, les Africaines, ce n’est pas notre intelligence. Il n’en ont pas besoin. Les femmes intelligentes sont des casse-pieds. Elles revendiquent tout un tas de droits qui se contredisent les uns les autres. Ce que les hommes blancs apprécient, se sont nos derrières bien rebondis. Il paraît que ça réchauffe durant les froides nuits d’hiver, j’ai lu ça dans un magazine. Et si tu mettais plutôt : « Jeune femme couleur ébène, cambrée et coquine, recherche son prince charmant pour vivre une relation durable et plus si affinités ? » ( sic ! ), p. 51.

Le stratagème est payant ! Elle obtient le billet d’avion pour Paris – première étape de son brillant destin, du moins celui des prédictions – où l’attend un riche jeune homme de bonne famille… qui s’avérera être marié et un pervers sexuel notoire. Sans argent et devant payer une chambre minable à l’hôtel des sinistrés de la vie, « Le bercail » (sic !), son existence n’est plus que sacrifices. Paris, comme sa Libreville natale, est décidément bien dangereux pour ces femmes fragilisées et livrées aux bons plaisirs des hommes qui des deux côtés de l’océan sont à quelques rares et fugaces exceptions au mieux des pauvres hères, le plus souvent d’effroyables ordures : la satisfaction de leurs putrides pulsions sexuelles justifiant chez eux tous les abus. L’Occident n’est pas le deus ex machina tant attendu. Cependant, Mélina continue toujours à croire à son beau destin français : le marabout ne lui a-t-il pas promis un avenir de rêve !

Ce premier roman, Percées et Chimères, de Charline Effah est une belle surprise ; qualité qui aurait pu sembler de prime abord difficile à obtenir tant certaines des thématiques travaillées ici, comme l’exil et l’immigration, peuvent être de prime abord redondantes aux lecteurs. Qu’ils se rassurent, la croisée avec d’autres sujets (violence masculine, interrogations sur le destin) et la sobriété de l’écrit (pas de misérabilisme ostentatoire aux effets lacrymaux de pacotilles) évitent les mauvais écueils. Si on y ajoute des scènes de la vie quotidienne de Libreville dessinées avec cocasse et d’autres d’un humour redoutable ( l’épisode du professeur devant annoncer les résultats de l’examen face à une petite foule estudiantine alors même qu’il est embarrassé par un gros et inopportun mollard est croustillant ), ce roman est un très bon moment de lecture. Une petite critique toutefois : bien que le style soit agréable et délié il apparaît trop retenu. Nous aurions aimé avoir une écriture plus singulière, plus originale ; une plume qui fait que l’écrivain est assuré de sortir du lot… ce qui assurément sera le cas chez Charline Effah avec son prochain opus au vu des qualités indéniables de Percées et Chimères qui la hisse déjà hors des sentiers battus.

Charline-Effa1-100x150 dans _ GABON _Effah Charline, Percées et Chimères, éd. Jets d’Encre, 2011, 204 p.

** Divassa Nyama Jean, La vocation de Dignité.

23 février, 2010
Divassa Nyama Jean, _ GABON _ | 15 réponses »

divassanyamajeanlavocationdedignit1.jpgAvec La vocation de Dignité le lecteur est en droit d’espérer à lire un roman de qualité. La quatrième de couverture n’annonce-t-elle pas un sujet intéressant : le quotidien champêtre des habitants d’un village Punu au sud du Togo à la fin des années soixante, bouleversé par l’une de ses jeunes filles, Dignité, partie étudier à la ville et désireuse de prononcer ses vœux afin de devenir religieuse. Voilà annoncées des thématiques prometteuses : la confrontation entre les traditions séculaires animismes et le christianisme ; les conflits générationnels ; le choc des cultures agraire et urbaine. Que de régal à émoustiller les papilles : Davassa Nyama va se faire conteur, historien, ethnologue et bien sûr écrivain. Au reste, La vocation de Dignité est un roman qui a été récompensé par le Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire en 2008. Aucun doute, il est urgent de se plonger dans le récit. Hélas, que de désillusions et cela dès les premières pages. L’attention est très vite mise à rude épreuve en raison de la pauvreté de l’écriture ou devrions-nous dire pour être au plus près de la vérité de l’absence de style. Les 192 pages du roman ne sont qu’une série de petites phrases au présent de l’indicatif ponctuées de temps en temps de nouvelles courtes phrases mais cette fois-ci déclinées au participe passé. Que dire du roman dans son fond ? Tout simplement qu’il exige du lecteur beaucoup de patience : la trame romanesque citée ci-dessus ne commence vraiment qu’à partir de la 90ème page sur un roman qui rappelons-le en comprend 192. Et encore, faut-il être conciliant en parlant de continuité de la trame romanesque : La vocation de Dignité n’est qu’une succession de scènes et d’historiettes que M. Divassa Nyama ne parvient pas à sédimenter dans un ensemble homogène. En fait, cet ouvrage ne possède aucunement l’architecture du roman. Au vue de l’ensemble, il aurait été plus à propos de recourir à un recueil de nouvelles mettant en scène la vie quotidienne des habitants d’un village punu tels le veuvage des femmes, les pratiques religieuses animistes ou encore les activités agricoles qui parsèment le récit. Du reste, n’aurait-il pas été judicieux pour l’auteur au regard de l’armature de son récit, du style employé et des sujets abordésde s’adresser à un public spécifique, la jeunesse ? C’eusse été une bonne manière de la sensibiliser aux singularités des sociétés africaines. Le recours comme personnage récurent à la jeune fille, Dignité, aurait été un vecteur d’attention pour le jeune lectorat. Qu’on se le dise, La vocation de Dignité est un roman bien imparfait dont l’intérêt de la lecture se résume aux scènes villageoises. Appartenant à une trilogie romanesque, il sera bien difficile de se motiver pour lire les deux autres tomes.                        

Divassa Nyama Jean, La vocation de Dignité, édit. Ndzé, 2008, 192 p.

*** Otsiemi Janis, « La vie est un sale boulot ».

18 octobre, 2009
Otsiemi Janis, _ GABON _ | 2 réponses »

otsiemijanislavieestunsaleboulot.jpg 

Pour être franc, je suis sceptique un polar en mains : combien de fois ai-je été déçu par une qualité d’écriture médiocre. Ce genre littéraire exige un travail des mots redoutable proche de celui du ciseleur. Ne s’invente pas Simenon le premier plumitif venu. Il doit faire corps avec le terrain, le labourer pour sentir ses odeurs et quand il y a lieu ses miasmes ; sinon l’ennui d’une mauvaise peinture d’un musée de second rang se fait un malin plaisir à pointer son nez. Le bouquin devient alors _ quelle horreur ! _ jetable, «  marchandisé » qu’il est par sa médiocrité. Quoi qu’en disent les âmes dites autorisées des cénacles, le polar est un genre littéraire à part entière avec ses qualités, ses exigences qui n’ont parfois rien à envier à la prose des romans de saison «oscarisés». C’est donc avec des sentiments quelque peu préconçus, je le confesse, que j’ai pris en main La vie est un sale boulot de l’écrivain Janis Otsiemi. Ce jeune auteur n’est pas un débutant : né en 1976 à Franceville dans la province du Haut-Ogoué au Gabon, il a publié des essais et fictions dont le succès a dépassé les frontières de sa nation pour faire un tour du côté de l’hexagone. Le titre m’a mis en appétit : La vie est un sale boulot donne l’avant goût d’un polar bien noir où les bons sentiments sont aussi rares qu’une montre Rolex dans une file d’attente pour décrocher sa soupe à l’Armée du Salut. Il faut dire que le jeune Chicano, principal protagoniste, n’a pas le profil d’un saint à sa sortie de prison après quatre ans à compter ses chiques et ses poux. Accusé d’avoir été complice du meurtre d’un libanais au cours d’un holdup, il valait peut-être mieux pour lui de trouver un refuge sûr pour éviter la vindicte d’une diaspora rancunière. Quoi de mieux qu’une cellule de quelques mètres carrés au confort tout relatif partagé avec une dizaine de compères. Dans certaines situations, mieux vaut ne pas se plaindre de la qualité toute relative des services de l’hôtelier. Après quatre ans d’un régime peu enviable, promis, juré, Chicano se gardera bien de reprendre le chemin du diable. Il travaillera dans le garage de son grand frère à remettre sur pied de vieilles carlingues. Certes, la pitance ne sera que de quelques milliers de Francs CFA, mais il sera rangé. Malheur pour lui, sur son chemin, il croise ses anciens complices des coups foireux. Embarras… Ces gars sont tellement reconnaissants de ne pas les avoir dénoncés qu’ils lui proposent un plan de carrière sur le court terme : dévaliser des sacs de fric destinés à la solde des bidasses. Entre l’obole gagnée à la force du poignet au garage et quelques millions de CFA, Chicano ne refuse pas en dépit de ses mauvais présentiments. Mal lui en prend, ses potes sont loin d’être aussi généreux qu’ils le prétendent. Du reste, avoir des policiers aux trousses et qui sont prêts à tout pour mettre la main sur le magot, ce n’est pas une sinécure. Nous avons à faire avec La vie est un sale boulot à un polar de bonne facture. La plongée dans une société gabonaise gangrénée par la luxure, le stupre et toutes les autres formes de corruption est convaincante. La jeunesse sacrifiée, l’individualisme à tout rompre au mépris de tout humanisme, voilà les thèmes abordés dans le récit. Au reste, quel plaisir de profiter d’un argot croustillant : serrer l’os, ne chie pas dans ton coupé, cesse de lui couper la bouche, etc. Pour résumer, si nous n’avons pas à faire au livre de l’année, La vie est un sale boulot est un polar qui nous accorde une récréation bien salutaire. Dans ces conditions, pourquoi bouder son plaisir.

**Bessora, « 53 cm ».

7 août, 2008
Bessora, _ GABON _ | 1 réponse »

bessora53cm.jpg 

Avec son premier roman, « 53 cm », Bessora d’origine gabonaise nous décrit l’itinéraire de Zara, une Africaine nouvellement arrivée en France, qui est à la recherche du sésame miraculeux et sacré, la carte de séjour. Allant d’un organisme administratif à un autre, Zara nous fait voyager gaiement dans le dédale infernal de l’administration française qui n’est autre que le miroir d’une société aliénée. Mais Bessora va plus loin avec son personnage. Tel le Candide de Voltaire, Zara prend les habits d’une ethnologue en herbe et entame un voyage où elle dépeint un tableau délirant et totalement décalé de nos us et coutumes. C’est ainsi que les routiers formeraient une tribu indigène complexe et singulière avec ses propres lois dans notre société barbare qui se doit d’être débarrassée de ses ténèbres. Un regard ubuesque savoureux qui malheureusement s’étiole au fil des pages. La tonalité burlesque est de moins en moins maîtrisée. Il en va de même quant au déroulement du roman qui devient fastidieux. C’est bien dommage, car la maîtrise des premiers chapitres nous laissait à penser d’avoir entre les mains une pépite. Cela sera pour une autre fois. N’est pas Alfred Jarry qui veut.

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