Ballades et escales en littérature africaine

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Archive pour la catégorie 'Awumey Edem'


*** Awumey Edem, « Les pieds sales »

2 décembre, 2009
Awumey Edem, _ TOGO _ | 6 réponses »

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Le togolais Awumey Edem, 34 ans, québécois d’adoption, s’est de suite affirmé comme un écrivain de talent avec son premier roman Port-Mélo, récompensé par le grand prix littéraire de l’Afrique noire en 2006. Avec son second opus, Les pieds sales, ses qualités de romancier sont une nouvelle fois reconnues ; paru en 2009, le roman est retenu pour la sélection du prix Goncourt. Dans ce court écrit sont contées les errances de Askia, un immigré africain bientôt cinquantenaire, démuni de carte de séjour qui dans son taxi parcoure les rues parisiennes dans l’attente du client. Anonyme parmi les anonymes _ ce qui est un comble pour un homme dont le nom « Askia » renvoie au titre dynastique des empereurs Songaï _, toujours le même rituel : après avoir hanté les rues parisiennes la nuit, retour chez lui, une chambre minable qu’il partage avec les cafards, compagnons de résignation. Paris ne lui est pas lumière, pas même escale, seulement une étape obligée, cancer au trop plein d’années. Ses seuls repères, des lieux habités par de pauvres hères qui comme lui ont jeté dans la Seine leur bâton non pas de pèlerin mais de blessé de la vie pour mettre un terme à leur errance infernale… Comme si cela pouvait suffire à prendre racine. Son quotidien est subitement bouleversé par une cliente, Olia, photographe, la trentaine passée, qui a fait halte à Paris il y a des années afin d’échapper au destin précaire que lui promettait son pays d’origine, la Bulgarie. Elle lui fait part de sa surprise en raison de la ressemblance plus que troublante d’Askia avec un homme qu’elle avait photographié il y a une dizaine d’années ; un visage aux traits et aux expressions si singuliers qu’elle ne saurait l’oublier. Dans ce visage Askia reconnaît son père qui des décennies auparavant et sans raison les a abandonnés, lui et sa mère, sur la terre d’Afrique. L’espoir lui est enfin permis de le retrouver ; de connaître le pourquoi de son départ ; d’imaginer les étapes d’un périple homérique. Mais les jours passant, les mois s’écoulant, Olia, Athéna de ce Télémaque des temps moderne qu’est Askia, ne réussit pas à retrouver l’icône précieuse de ce père, Ulysse insaisissable. Pis, les empreintes laissées par ce dernier dans la Babylone parisienne, traces d’une épopée extraordinaire et mystérieuse, ne sont qu’ombres évanescentes qui se dérobent à la lumière. L’aboutissement de la quête se fait de plus en plus fragile à l’image de ces clandestins désireux une fois pour toute de cesser d’errer, déposer leur fardeau à terre, s’installer et ne plus être considérés comme des étrangers venus de terres maudites dont la misère aurait sali à jamais leurs pieds. Avec la recherche de ce père, quête aux allures mythiques, Adam Awumey saisit d’une manière toute personnelle et singulièrement dramatique le thème de l’immigré clandestin, errant éternel ; un angle qui ne laisse pas indifférent le lecteur qui profite d’une écriture sobre à l’indéniable qualité. Cependant, si Les pieds sales est un écrit de très bon aloi, il ne dispose pas me semble-t-il des atouts majeurs à s’imposer comme un des romans forts de l’année.

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