Ballades et escales en littérature africaine

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Archive pour la catégorie 'Cheik Aliou Ndao'


*** Cheik Aliou Ndao, Buur Tilleen Roi de Médina.

9 mars, 2010
Cheik Aliou Ndao, _ SENEGAL _ | 1 réponse »

cheikalioundaobuurtilleenroidemdina.jpgCheik Aliou Nado de son vrai nom Sidi Ahmed Alioune est né en 1933 en Casamance. En marge de sa profession, l’enseignement de l’Anglais, il se passionne pour le théâtre dont il devient un des auteurs les plus reconnus au Sénégal. Partisan de la transcription des œuvres africaines en langues vernaculaires, il ne manifeste aucun enthousiasme à l’égard de la francophonie qu’il apprécie seulement comme instrument de diffusion : « Nous Africains n’écrivons pas en Français par amour ou à cause d’un choix délibéré. Nous employons la langue de Molière par accident historique. La Francophonie n’est pas notre héritage, car notre Moi profond s’exprime dans nos langues maternelles » (Mots Pluriels, n°12, 1999). Buur Tillen Roi de la Médina, roman édité pour la première fois en 1974, fut ainsi rédigé en wolof puis traduit en français par l’écrivain. Dans ce court récit à l’écriture concise, Cheik Aliou Nado reprend à son compte une des thématiques matrices de l’Africanité, l’avenir de l’Africain du point de vue ontologique. Celui-ci doit-il faire de ses us et coutumes ancestraux ses références principales ? De quelle manière doit-il se comporter face aux nouvelles valeurs véhiculées par la civilisation occidentale ? Vaste sujet. Apportant sa pierre à l’édifice, l’écrivain met en scène un homme à la lignée princière, Gorgui, qui a été dans l’obligation de quitter son village après avoir tancé un fonctionnaire français qui aux yeux de tous l’avait déshonoré. Réfugié avec sa femme Moram et sa fille Raki dans le bidonville de la capitale, il affiche, stoïque, sa noblesse en dépit des sarcasmes de ses voisins, compagnons d’infortune. Peu lui importe la déchéance dans la misère ; les valeurs ancestrales qui font la dignité de l’homme et de la famille se doivent d’être respectées. Gorgui n’est toutefois pas opposé à toute évolution de la tradition dans la mesure où la nature même de celle-ci reste entière : ainsi a-t-il refusé en dépit des cris d’orfraie des villageois une seconde épouse quand bien même Moram n’ait enfanté qu’une seule fois, qui plus est une fille. Mais delà à corrompre les devoirs ancestraux dans leurs fondements, jamais ! A son grand malheur, l’humiliation s’abat sur son foyer lorsque sa fille Raki tombe en ceinte en dehors des liens du mariage. Faisant fi des supplications de sa femme, il chasse la pécheresse. Celle-ci trouve refuge auprès de sa tante propriétaire d’un maquis où à l’écart des beuveries, des clients avertis ( l’Historien, le Philosophe et le compagnon de Raki) conversent sur le sens de la condamnation prononcée par Gorgui à l’encontre de sa fille. N’est-t-il pas venu un temps nouveau où tradition et modernité seraient à même d’être conciliées ? Un monde où les castes seraient écartées au profit de l’égalité ? Un monde qui sans renier le passé se tournerait vers un avenir où l’individu ne serait plus dépossédé de son destin ? La jeunesse citadine éclairée des savoirs nouveaux entend bien construire un futur de solidarité tant de droit que de fait dans une nation nouvelle. Comme il a était dit plus haut, le style de ce roman ne fait pas floraison de détails. Les descriptifs des personnages, des décors et des scènes sont réduits au stricte minimum. La sobriété est de mise. C’est ainsi qu’à un moment du roman, deux personnages interviennent sans que le lecteur ne sachent autre chose que leur désignation : le « Philosophe » et « l’Historien ». En avançant dans le récit, la forme romanesque laisse place à une organisation stylistique plus proche de celle du  théâtre ; une évolution qui n’est pas surprenante à la lumière des faveurs de l’auteur pour cet art. Buur Tillen Roi de la Médina, classique de la littérature sénégalaise, pourrait décevoir les lecteurs friands des belles circonvolutions glaneuses de mots. 

Cheik Aliou Ndao, Buur Tilleen Roi de Médina, Editions Présence Africaine, 1974, 110 p.

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