Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

Archive pour la catégorie 'Couao-Zotti'


**** Couao-Zotti, Si la cour du mouton est sale ce n’est pas au porc de le dire.

11 avril, 2010
Couao-Zotti, _ BENIN _ | 20 réponses »

couaozottisilacourdumoutonestsale.jpgComme il se doit, il devrait être de mon devoir de m’effacer. D’ailleurs j’entends vos reproches monsieur l’écrivain : _ Mets toi à l’ombre de l’anonymat pauvre chroniqueur que tu es ! _ Non, Monsieur Couao-Zotti je ne veux ni ne peux me mettre sur la touche. Quelques mots s’il vous plaît. Cotonou, la palpitante capitale économique du Bénin est mon amour. D’ailleurs pourquoi me donneriez-vous des leçons vous l’écrivain de Porto-Novo la silencieuse indolente ? Permettez-moi de rire. Porto-novo n’est pas la sœur jumelle de Cotonou. La seconde est tempétueuse, c’est une créature passionnelle et indomptable à l’image de ses chauves-souris (femmes de nuit de petite vertu) carnassières qui hantent les maquis. Mais je suis de mauvaise foi et malhonnête avec vous. Car ô combien vous aimez cette ville, vous l’écrivain dont l’appétit pour l’agouti est insatiable. Vous la vivez cette cité. Et peu importe qu’elle soit asséchée par ce maudit soleil ou engluée dans la boue durant cette saison barbante des pluies. Je vous comprends. Comme j’aime aussi cette ville cacophonique et bruyante aux vons (rue ou ruelle selon les cas) poussiéreux  où vrombissent ces fourmis à moteur enfourchées par les hommes jaunes : les zems (moto-taxi dont les pilotes ont un gilet jaune pour se distinguer de la masse) qui tête en avant se faufilent entre les voitures immobilisées dans les bouchons où les mendiants tendent la main. On se mettrait presque à aimer les crachats carboniques des petits moteurs chinois des fiévreux deux-roues. Et que dire des cavalcades des 4×4 aux côtés des vieilles 505 rafistolées pour la énième fois par leur énième conducteur. Je ne m’en lasserai jamais. Et c’est avec un vrai bonheur que le lecteur retrouve cette Cotonou retorse dans votre polar qui a tout pour plaire. Vous restituez avec talent le Cotonou interlope. Il fait bon se balader dans les « vons » et autres avenues où vos personnages au commerce pas toujours licite pointent leur mine ; un minois  bien agréable mais ô combien dangereux qu’ont ces déesses, prostituées de luxes, qui ont mis la main sur une valise rembourrée à la cocaïne. Galbe majestueux, poitrine en veux-tu en voilà, il leur tarde de vendre la marchandise contre un gros paquet de Francs CFA quitte à se dévorer entre-elles au partage final. A la panthère la plus audacieuse d’en profiter. Il y a tout de même un obstacle de choix : la valise tant convoitée est la propriété d’un réseau international sur lequel les Libanais ont la main. Hors de question pour leur représentant local, Smaïn, le vieux manchot, à se laisser faire. Amateur de jeunes filles, il en a dévoré des bien plus teigneuses. Qui plus-est, son revolver a la gâchette facile. Voilà du joli monde dans un embrouillamini délicieux. Au plus malin de remporter la mise. Mais c’est sans compter avec le commissaire Santos Guidid et son aide de camp l’inspecteur Kakanakou qui ne font pas partie de ses flics corrompus. Pugnace, le commissaire entend bien mettre au pas cette salsa criminelle et faire camper tout ce petit monde en cellule avant qu’ils ne s’étripent et que la valise ne disparaisse. Mais une tuile en cache une autre pour Santos : un de ses anciens collègues qui a démissionné pour se mettre à son compte comme détective décide à son tour de jouer sa petite partition afin d’avoir sa part du gâteau poudreux. Si la cour du mouton est sale ce n’est pas au porc de le dire est un polar d’excellente facture qui mise sur l’humour à l’image des proverbes à l’en-tête de chaque chapitre : « la brebis broute l’herbe là où on l’attache », « celui qui se baisse pour regarder le postérieur de son voisin ne sait pas qu’il expose le sien à tout le monde », etc. Aucun doute sur  « l’africanité »  de l’écrivain qui laisse cours à son imaginaire rieur pour le plus grand plaisir des lecteurs. Quel délice en outre de profiter d’expressions locales qu’un glossaire en fin de roman éclaire. Autre élément d’importance, F. Couao-Zotti donne un rythme très soutenu à son récit : l’action y est continuelle ; une caractéristique renforcée par le peu de pages (environ six) constituant chacun des 24 chapitres. Voici une nouvelle agréable surprise littéraire que nous offre l’auteur. Le contraire nous aurait surpris de la part d’un Couao-Zotti des plus en forme.

Couao-Zotti, Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire, Le Serpent à Plumes, coll. Roman noir, 2010, 200 p. 

**** Couao-Zotti Florent, « Poulet-bicyclette et Cie ».

27 août, 2009
Couao-Zotti, _ BENIN _ | 4 réponses »

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C’est toujours avec une jubilation bien difficile à contenir et ô combien contagieuse que le lecteur amoureux d’une écriture réjouissante, riante, fouillée dans le quotidien des Béninois _ quand bien même la destinée est dramatique et marquée du sceau de la malédiction _ que nous retrouvons ce grand écrivain qu’est F. Couao-Zotti. Celui-ci fait partie de ces plumes africaines affutées qui ne cèdent pas au misérabilisme, piège facile dans lequel certains de ses contemporains tombent. F. Couao-Zotti serait-il illuminé par la grâce ou je ne sais quel miracle ? Permettez-moi de ne pas répondre à cette interrogation n’étant pas un spécialiste des phénomènes à la Bernadette Soubirou. Tel le scalpel du médecin légiste qui se doit de reconstruire la scène du crime à partir du cadavre du trucidé, cet ancien professeur de Porto-Novo dont la décoration de la voiture est d’un goût douteux, trempe sa plume dans le sang de ces concitoyens assommés qu’ils sont par des chemins de vie où prospérité, bonheur sont bannis au profit si l’on ose dire d’une condamnation ad vitam aeternam au sort maudit. Seule la fange leur est promise, celle de la misère, du désœuvrement matériel, moral, culturel. Toutefois, bien que les situations soient dramatiques, les personnages sont croqués avec humour, signe de la grande affection que l’auteur éprouve pour ces pauvres hères. Mais le ton badin se fait sardonique quand le bougre honni pas les dieux d’un Olympe bien lointain est pris dans les rets des traditions tribales, religieuses d’un autre temps où la soumission de la personne à la communauté se doit d’être entière, totale, aveugle ; la barbarie des ordalies divines important peu. Ce ton sardonique, outre la dénonciation de l’obscurantisme, ne dévoile-t-il pas la lassitude de l’écrivain, son découragement ? Peut-il en être autrement quand cette femme du Nord du Bénin accouche d’un enfant qui n’arrive pas tête la première mais par le bassin, signe de la venue au monde d’un être diabolique qu’il faut tuer à tout prix pour que le village échappe à des augures maléfiques ( Enfant siège, enfant sorcier ). Que penser de cette mère torturée par la douleur que subit son enfant en bas-âge sauvagement frappé par un prêtre de l’Église du Christianisme Céleste au cours d’un exorcisme meurtrier ( Femelle de ta race ) ? La mère, la femme-matrice de la vie, une vie souillée, violée par la loi de ces criminels que sont ces mâles ignares, occupe une place importante dans ce livre. A ces situations terribles, l’unique sortie ne peut venir que d’un miracle et seul le risque mène au miracle. C’est ainsi que tous les protagonistes des nouvelles de ce recueil vont décider à prendre ce risque. Quel autre choix pour ce gamin vendeur d’agoutis grillés que de tenter de traverser la frontière bénino-nigérianne accompagné de ses rongeurs cuisinés farcis de sacs de cocaïne pour s’enrichir. Mais le miracle est exceptionnel. Une balle dans le corps, sa comparse face à deux hommes dévorés par l’instinct de viol, le gamin échoue avant la ligne d’arrivée ( Barbecue blues ). Une seule fois dans ces nouvelles le miracle a lieu sous la forme d’une manifestation météorologique interprétée à raison ou à tort comme le jugement des ancêtres. Pour les autres… F. Couao-Zotti rappelle que le miracle n’est pas à portée de main de qui veut, quand bien même la cause soit criante de justice.

****Couao-Zotti, « Notre pain de chaque nuit ».

7 août, 2008
Couao-Zotti, _ BENIN _ | 1 réponse »

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Le Béninois Florent Couao-Zotti nous offre avec son roman, « Notre pain de chaque nuit », un aller simple vers des “paysages humains“ où la traîtrise, le déshonneur, la médiocrité et bien d’autres tares, se confondent dans un désordre similaire à une architecture qui est sur le point de s’effondrer. À de rares exceptions comme le personnage central Denjer, la cupidité est reine. À ceux qui lui sont rétifs par leur honneur, elle les condamne à sombrer dans les fosses abyssales de la folie. Denger, jeune homme de vingt-cinq ans qui hante les bidonvilles, évolue dans cette cité agonisante avec la naïveté d’un jeune homme qui pense qu’un autre destin l’attend. Champion de boxe, il attire tous les parieurs y compris ceux de mauvais augures prêts à truquer les matchs… Et les sommes en jeu sont de bien belles sirènes, surtout lorsque cet argent pourrait servir à la séduction d’un amour aveugle que le pugiliste voue à sa voisine, une prostituée. Mais pour elle, Danger n’est qu’un idéaliste crétin. Les succès sportifs ne lui sont d’aucune valeur. Femme vénale, maîtresse carriériste d’un député véreux, elle n’attend rien d’un gamin qu’elle manipule comme une araignée joue avec sa proie prise dans son filet. Nous l’aurons compris, le lecteur emprunte un chemin où les bons sentiments, les qualités humaines flanchent, retranchés qu’ils le sont dans un cul-de-sac. Le destin a jeté ses dès depuis bien longtemps.

**** Florent Couao-Zotti, « L’homme dit fou et la mauvaise foi des hommes ».

7 août, 2008
Couao-Zotti, _ BENIN _ | 1 réponse »

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Le Béninois Florent Couao-Zotti nous invite dans son recueil de nouvelles, L’homme dit fou et de mauvaise fois des hommes, dans un univers sans concession sur les tares humaines que celles-ci soient prises isolément ou en société. L’auteur tel un entomologiste minutieux ne pose aucune limite à sa plume acérée. C’est ainsi que les lecteurs seront confrontés à des vices sexuels répulsifs comme les viols, l’inceste, la nécrophilie ou encore des déviances avec des animaux. Parallèlement à ces pratiques repoussantes et violentes, l’homme en société peut très vite se vêtir des attributs d’une justice obscurantiste où les bourreaux de la rue s’appliquent immédiatement à leurs tâches criminelles. C’est ainsi que se produisent les lynchages d’enfants faméliques des rues alors même qu’ils n’ont volé que des bricoles pour se nourrir. Et que dire des chasses aux présumées sorcières accusées des pires maux. Nous l’aurons compris, Florent Couao-Zotti n’a pas endossé les habits d’un écrivain docile et contemplatif de ses congénères. Il creuse sa terre à sang pour en expulser sa boue fétide. Les rares moments de légèreté ne sont que des oasis perdues dans la fange infecte des tribulations d’esprits malades d’une violence insupportable.

***Couao-Zotti : « Charly en guerre  » .

7 août, 2008
Couao-Zotti, _ BENIN _ | Pas de réponses »

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Par deux fois sur notre chemin littéraire nous avons fait étape auprès du Béninois Couao-Zotti avec son roman « Notre pain de chaque nuit » et son recueil de nouvelles « L’homme dit fou et la mauvaise foi des hommes ». Avec son récit « Charly en guerre », Couao-Zotti s’emploie dans un style fluide et épuré à sensibiliser les jeunes lecteurs _ à partir de douze ans _ aux horreurs des guerres en Afrique où des gamins sont recrutés pour en faire des armes, les fameux et dramatiques enfants soldats. Pour se faire, l’auteur raconte l’histoire du jeune Charly. Devant les ravages ethnocides de la guerre dans son pays et après que son père ait été torturé et exécuté, Charly et sa mère fuient les combats et s’installent dans un camp de réfugiés censés être protégés par les casques bleus. Confrontés au refus de ces derniers d’intervenir contre les factions rebelles qui s’entredéchirent, les réfugiés reprennent leur fuite désespérée, une fuite où Charly perd sa mère. Dans sa quête pour la retrouver, Charly croise un adolescent, John, un enfant soldat victime des horreurs des combats et ne croyant que par et dans son fusil. Improbable au départ au regard de leurs différences, John va petit à petit se prendre d’affection pour ce gamin et l’aider à retrouver sa mère. Le roman de Couao-Zotti avec toutes ses péripéties atteint sa cible : « Charly en guerre » est un écrit exhaustif pour un jeune lectorat sur les enfants soldats. Toutefois il serait dommage de donner aux enfants en première lecture sur l’Afrique un ouvrage qui décrit le continent dans une guerre perpétuelle. Il serait plus opportun pour les parents de donner à lire ce roman à la suite d’autres récits qui apporteraient un regard bien plus positif sur l’Afrique.

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