Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

Archive pour la catégorie 'Dongala Emmanuel'


****Dongala Emmanuel, Photo de groupe au bord du fleuve.

9 mai, 2010
Dongala Emmanuel, _ CONGO _ | 15 réponses »

dongalaephotodegroupeauborddufleuve.jpgDepuis Johnny Chien méchant, sorti en 2002, Emmanuel Dongala ne nous avait plus donné de ses nouvelles. Certes, nous savions que pendant ces années de silence il enseignait la chimie dans un institut aux Etats-Unis. Mais amoureux de sa plume ses lecteurs se demandaient si celui-ci ne l’avait pas égarée. Quel grand malheur pour la littérature francophone ! Que l’on se rassure, monsieur Dongala ne nous a pas oublié. Il fait partie de ces écrivains qui après un long travail de recherche et d’épuisement des sources et autres matériaux met plusieurs années à écrire un roman qui en l’occurrence disons-le de suite est formidable. Cinq années de labeur merveilleusement fécond pour une œuvre en l’honneur de toutes les femmes africaines qui fières et dignes besognent durement jour après jour pour assurer à leur foyer de quoi subsister. En l’occurrence, elles sont une quinzaine, l’échine courbée, à concasser des blocs de pierres toute la journée avec des outils rudimentaires sur les rives d’un fleuve que l’on imagine être le Congo à quelques encablures de Brazzaville. Travaillant sous le fléau du soleil tropical, elles ont échu sur ce chantier de malheur après avoir été rejetées par une société foncièrement hostile aux femmes ; l’une d’elles a fui son village natal en raison du risque d’être brûlée vive par les habitants, car accusée d’avoir tué ses enfants au moyen de la sorcellerie ; une autre a été dépouillée de tout son riche patrimoine accumulé grâce à son négoce en gros de pagnes, cela au décès de son époux du fait de la rapinerie de la famille du défunt qui a fait prévaloir des droits iniques ; ou encore cette belle femme au visage mutilé par l’épouse légitime de son amant qui l’a abandonnée à la misère ; et que dire de Méréana qui a dû fuir son domicile avec ses enfants car son époux à maîtresses refusait de mettre un préservatif dans un pays où le sida est dévastateur. C’est par cette dernière que tout commence. A l’écoute de sa radio comme tous les matins avant de partir au travail, Méréana apprend que la construction du nouvel aéroport international a favorisé une croissance exponentielle des prix des matériaux de construction et notamment du sac de graviers. Après la stupeur, le raisonnement : il lui faut persuader ses comparses d’infortune de vendre le sac de pierres concassées plus cher. Réunion faite avec ses congénères de peine, le prix du sac n’est plus désormais de 10000 mais de 20000 francs CFA. Elles se heurtent immédiatement aux refus des entrepreneurs qui entendent bien mâter ces représentantes du sexe faible afin d’être les seuls à profiter de l’afflux des bénéfices. Mais en dépit des humiliations, des tabassages des policiers corrompus et des emprisonnements, celles-ci poursuivent leur lutte. Solidaires plus que jamais, ce n’est plus seulement leurs revendications concernant le prix du sac de graviers qui les animent mais plus encore leur combat à ce que soit respecter leur statut de femmes et de travailleuses quand bien même vivant dans la misère. De plus en plus médiatisée leur lutte fait chorus dans la population, notamment bien sûr auprès des femmes de mêmes conditions. Cette affaire arrive à un moment des plus inopportuns pour les autorités gouvernementales : toutes les premières dames d’Afrique se rassemblent dans la capitale ces jours prochains afin d’y discuter d’un sujet brûlant, l’amélioration de la condition féminine ! La raison d’état est en jeu. En dépit de la médiation intéressée de la ministre de la condition des femmes puis des tentatives de corruption faites par l’épouse du président de la nation auprès de la représentante du mouvement social, Méréana, les travailleuses poursuivent leur combat. C’est une question d’honneur. Au reste, les moqueries et les condescendances faites par de nombreux phallocrates sur ces femmes car la plupart d’entre elles ne savent ni lire ni écrire ne fait qu’accroître la colère de Méréana : « Ca fait quoi si ces femmes sont analphabètes ? … Des tas de femmes à l’éducation modeste ont changé l’histoire de leur société. Tu penses à ses femmes de Guinée qui, les premières, avaient osé défier le dictateur Sékou Touré en organisant une marche sur son palais ; et aussi à ces femmes maliennes qui avaient bravé un autre dictateur, Moussa Traoré. Tu penses aux mères des disparus chiliens sous les fenêtres de Pinochet, aux femmes d’Argentine qui avaient manifesté pour leurs enfants enlevés » (p.119). Une fois le livre lu, une évidence s’impose : Photo de groupe au bord du fleuve est assurément un des grands romans qui s’attachent à honorer ces femmes de labeur à travers le monde. Certains lecteurs et lectrices s’interrogeront sur l’opportunité heureuse ou non qu’un homme en soit l’auteur. Qu’ils se rassurent, E. Dongala fait preuve de grandes précautions : ainsi le recours à la seconde personne du singulier permet à l’écrivain non pas d’être le narrateur se dissimulant derrière le personnage principal Méréana mais seulement le témoin et le rapporteur de cette dernière. En outre comment se passer d’un roman si magnifique ? L’écriture sobre non dénuée d’humour dans le cheminement tant social qu’intime chez ses femmes enivre le lecteur. Une fois la dernière page lue, ce dernier se sent orphelin aussi bien des personnages de fiction si réalistes que de l’écrivain qui nous le savons trop bien se fera à nouveau silencieux pendant de longues années.

  

Dongala E., Photo de groupe au bord du fleuve, Actes Sud, 2010, 334p.

**** Emmanuel Dongala, « Le feu des origines ».

7 août, 2008
Dongala Emmanuel, _ CONGO _ | Pas de réponses »

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Avec « Le feu des origines », Emmanuel Dongala signe un de ses meilleurs romans. La trame est construite autour du destin incroyable du Congolais Mandala Mankunku. Au travers du vécu de ce personnage, c’est la vie du village, la colonisation puis le soleil trompeur des indépendances qui nous sont narrés. Au village où les Blancs sont encore inconnus, Mandala est un homme puissant et dangereux en raison de son savoir occulte. Mais cette puissance n’est pas suffisante pour empêcher l’arrivée des colonisateurs qui assujettissent les villageois au paiement de l’impôt et au travail obligatoire. Révolté, Mandala Mankunku décide de migrer dans la capitale, pensant qu’il y serait plus libre. Arrivé et impressionné par cette Babylone, II décroche un travail exceptionnel, celui de conducteur de locomotive. Une machine créée par la sorcellerie des Blancs. Il devient l’incarnation de la réussite des Africains. Mais avec le temps, Mandala Mankunku tombe dans l’anonymat. Les récits des tirailleurs sénégalais à propos de la guerre en France sont bien plus saisissants. Leur morgue contient les prémices d’une l’indépendance mais aussi l’aube des régimes autoritaires. Mandala en fera l’amère expérience. « Le feu des origines » est une belle œuvre écrite judicieusement et où le lecteur ne ressent aucune impression d’ennui.

****Emmanuel Dongala, « Un fusil dans la main, un poème dans la poche ».

7 août, 2008
Dongala Emmanuel, _ CONGO _ | Pas de réponses »

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« Un fusil dans la main, un poème dans la poche » est le premier roman d’Emmanuel Dongala. Un récit avec lequel il remporta un succès littéraire. Son écho a été particulièrement entendu chez les résistants aux dernières colonies, la Rhodésie et les possessions portugaises. Aujourd’hui, son sujet, sa trame sont toujours d’actualité comme le démontre sa réédition. Le titre du roman pose une contradiction à laquelle le personnage principal, Mayéla, est confronté. Doit-il se suffire du combat intellectuel en participant à des discussions dans les cénacles d’une studieuse université ou bien mettre son poème dans sa poche et s’engager dans le combat le fusil à la main ? Enjouées par la chute des colonisateurs, les nouvelles indépendances sont confisquées par la bourgeoisie administrative ou/et par les militaires. Mayéla gravit les échelons des hiérarchies ce qui le conduit au sommet de l’Etat où il agit comme un despote. Sa tyrannie établie, il reçoit la bénédiction des anciens colonisateurs qui ont conservé des intérêts politiques, militaires et économiques dans le pays. Pouvait-il en être autrement ? Sur ce point E. Dongala, sans être partisan, apporte une réponse très nuancée. « Un fusil dans la main, un poème dans la poche » est un bel ouvrage de jeunesse, passionné, militant mais aussi fataliste.

***Emmanuel Dongala, »Johnny Chien Méchant ».

7 août, 2008
Dongala Emmanuel, _ CONGO _ | 1 réponse »

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Les conflits, notamment en Afrique mais aussi en Amérique latine, assujettissent des dizaines de milliers de jeunes garçons, le plus souvent Kidnappés, affectés à combattre en premières lignes et des jeunes filles, non moins nombreuses, soumises à la prostitution de masse. Ce tableau des horreurs a été malheureusement une réalité au Congo, la terre natale d’Emmanuel Dongala. Mis au fait de la destruction systématique de son pays, des crimes commis contre ses compatriotes, Emmanuel Dongala sort sa plume tel un acte de résistance pour témoigner de cet épouvantable spectacle, retransmis sur les écrans aseptisés des pays occidentaux lobotomisés. Pour arriver à ses fins, l’auteur recourt aux destins de deux enfants. Johnny Chien Méchant est un jeune milicien qui en dépit de son jeune âge, seize ans, possède à son actif de nombreux meurtres, des viols et des pillages. Dans son treillis bardé d’amulettes, drogué la plupart du temps, il abat tout ce qui croise sa route. Face à cette violence démente, les habitants fuient en masse en ne prenant que le nécessaire. C’est le cas de la jeune Lokolé, seize ans, poussant sa mère invalide dans une brouette pour fuir au plus vite les combats. Mais fuir où ? Où se réfugier ? Les ambassades ferment leurs portes, les ONG quittent le pays tandis que le Haut-Commissariat des réfugiés impuissant quitte la scène. C’est la débandade internationale où l’autisme est l’infirmité la plus répandue. Confrontée à toutes ses épreuves, Lokolé résiste à la barbarie en mettant un point d’honneur à sauver la vie des siens et la sienne. Tel un miracle, elle ne perd pas l’espoir d’un autre monde, celui de la concorde, de la paix, de l’union des citoyens. Comme nous le devinons, Lokolé va croiser le chemin de Johnny Chien Méchant. Qui de l’espoir, de la bonté des ames ou de l’horreur innommable s’affirmeront à cette croisée des chemins ?

« Johnny Chien Méchant » est un état des lieux poignant. Toutefois, il pourrait un tantinet décevoir les amateurs de ce grand écrivain, Emmanuel Dongala, car le style, le rythme sont parfois ‘‘poussifs’’. Il n’empêche que cet écrit est un roman incontournable sur l’histoire contemporaine des conflits Africains.

****Emmanuel Dongala, « Jazz et vin de palme ».

7 août, 2008
Dongala Emmanuel, _ CONGO _ | Pas de réponses »

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Dans « Jazz et vin de palme », Emmanuel Dongala dénonce les régimes totalitaires qui sévissent sur son continent, l’Afrique. Ses critiques sévères visent principalement les autocraties communistes. L’auteur est plus sensible à ces dictatures, car étant Congolais, il a vu son pays asservi par Sassou Nguesso, le dictateur rouge devenu entre-temps le champion du libéralisme politique de façade. Un règne de Sassou Nguesso qui s’est soldé par un conflit régional extrêmement meurtrier et de nombreux crimes de guerre. Emmanuel Dongala témoigne par l’écriture acérée de sept nouvelles rassemblées dans un recueil, « Jazz et vin de palme » les horreurs des dictatures. Dans ce dessein, l’écrivain utilise les situations cocasses pour ridiculiser les potentats. C’est ainsi qu’un des membres du parti est exclu et puni pour avoir consulté un sage qui lui a fourni des amulettes ; un acte qui est une injure au régime matérialiste et marxiste du « Père fondateur de la Nation, le Guide éclairé, le Rénovateur, le grand Timonier, le Président à vie, le Maréchal chef suprême des forces armées et Père bien aimé du peuple ». Avec l’instauration de ce régime politique, l’administration se développe, telle une plante maléfique et anthropophage. Confrontés au despotisme, au népotisme, les citoyens n’appartenant pas au parti communiste courbe l’échine. D’autres tentent d’y être acceptés comme ce vieux qui va de gaffe en gaffe lors d’une cérémonie présidentielle ; un personnage qui nous rappelle « le vieux nègre et la médaille » de Ferdinand Oyono.

Emmanuel Dongala nous offre ainsi un écrit coloré de fatalisme, d’aigreur, et peut-être d’un espoir ténu. Quoi qu’il en soit, « Jazz et vin de palme » est un livre à se procurer d’urgence.

À noter que la dernière nouvelle « A love suprem » est en rupture avec les précédentes. L’auteur fou de jazz consacre ses dernières pages au grand Coltrane, une invitation émouvante et passionnée à s’évader des horreurs… Si c’est possible !

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