Ballades et escales en littérature africaine

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**** Efoui Kossi, Solo d’un revenant.

7 juin, 2010
Efoui Kossi, _ TOGO _ | 2 réponses »

efouikossisolodunrevenant.jpgKossi Efoui est un écrivain togolais qui a d’abord exploré le théâtre comme dramaturge avec sa première pièce, Le Carrefour. Plus tard et pour notre plus grand bonheur il prend le chemin  du romanesque avec la publication en 1998 de son premier roman, La Polka, et cinq ans plus tard, Fabrique de cérémonies. En 2008, les éditions Le Seuil éditent  Solo d’un revenant, un roman d’une formidable force. Dix ans après le génocide, un homme qui avait fui les horreurs revient au pays. Nulle identification précise de la nation en question mais seulement des indices : un état très semblable au Rwanda par les atrocités qui s’y sont produites. Le nom de cet homme ? Aucun n’est mentionné. Il est seulement un revenant parmi tant d’autres. Celui qui après ses dix années d’exil est accueilli en frère par les anciens miliciens, des meurtriers intégrés à la force nationale, lors d’une cérémonie grossière et surréaliste, mascarade des oublis volontaires. Désormais les victimes et leurs bourreaux constituent un seul peuple uni dans une réconciliation forcée, parrainée par l’ONU et appliquée sur le terrain par les Casques Bleus. Mais peut-on oublier toutes les atrocités passées après tout ce temps et pour le bien du peuple ? Du reste, pour quel peuple et pour quelle solidarité ? Ils étaient trois amis avant la guerre, unis dans leur amour pour les mots et les lettres. Une passion pour la littérature qui faisait d’eux des hommes de raison. Mais la barbarie a surgi. L’un a trouvé refuge, le revenant ; le second est mort en raison de ses origines raciales ; le troisième s’est fait prédicateur de la barbarie. Il est temps pour le revenant de retrouver celui qui a préféré aux mots de la littérature ceux de la haine et de se venger par le meurtre. Peut-être une fois sa mission accomplie retrouvera-t-il son identité d’homme parmi cette masse de survivants, corps de confusions où semble être annihilée toute volonté d’être. Mais quitter cet état d’intermédiaire entre les survivants et les vivants et ainsi se faire le bras justicier de la mémoire des victimes est un parcours intérieur des plus difficiles. Avec ce roman éblouissant de sobriété, Kossi Efoui pose le dilemne qui s’impose à tous les rescapés des horreurs des guerres civiles quand la justice des hommes s’est dérobée, soit se venger ou bien pardonner. Ou alors embrasser une attitude ne confortant aucune des deux injonctions possibles quand bien même les corps et la mémoires restent torturés, celle du fatalisme dans le mouvement d’une réconciliation nationale feinte. La pudeur est ici de mise. Aucune scène misérabiliste et épouvantable ne transpire dans ces pages. Seule importe la tragédie du personnage principal et à travers lui ceux qui dans leur survie ont pour seuls compagnons d’infortunes le dénuement et la souffrance. Solo pour un Revenant est un texte magnifique tout en nuance qui par sa portée universelle en fait une œuvre majeure de la littérature. 

Efoui Kossi, Solo d’un revenant, Le Seuil, 2008, 207p.

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