Ballades et escales en littérature africaine

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Archive pour la catégorie 'Lomani Tchubamda'


** Lomani Tchubamda, “Ngando et autres récits”.

7 août, 2008
Lomani Tchubamda, _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | Pas de réponses »

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Dans son ouvrage paru en 1948, « Ngando et autres récits », Lomani Tchubamba, Zaïrois, décrit la confrontation de l’imaginaire de son peuple, les Bantous, à la puissance coloniale porteuse d’acculturation. Les trois œuvres d’une soixantaine de pages chacune qui se présentent sous la forme de contes se veulent-être le témoignage de ce mariage imposé dans la douleur et le sang. Le premier récit, « Ngando », narre le destin du jeune Musolinga qui par son vol de fruits dans le jardin de la sorcière maman Ngulube, est transporté dans les profondeurs du fleuve Congo par un crocodile, commissionnaire de la diablesse, pour y être châtié par la mort. Ainsi les esprits démoniaques en ont-ils décidé. Son père part alors dans une odyssée pour sauver son fils du sort maléfique qui lui est réservé. Le combat des forces obscures contre la nature humaine permet à Lomani Tchubamba de mettre en avant les spécificités d’un univers Bantou inaccessible à la rationalité occidentale. Dans le second opus, « Faire médicament », les habitants d’un petit village sont dans la détresse quand ils apprennent que le représentant du pouvoir colonial vient collecter le coton alors que les quotas de production n’ont pas été satisfaits. Apeurés, les villageois prennent la fuite et s’installent dans la forêt alors que leurs représentants sont embastillés. Les exactions des autorités engendrent une succession de révoltes spontanées qui à la surprise de tous mettent en branle les fondations de l’ordre colonial. Avec cette nouvelle, et cela en dépit de la censure, Lomani Tchubamba réussit à mettre à la connaissance de tous les travaux forcés imposés à une population corvéable à merci. Nous retrouvons l’imaginaire avec le dernier récit, « Légende de Londema ». Kintélé, un noble dignitaire d’un empire détruit par une tribu barbare, s’installe avec ses deux enfants près d’une rivière et devient pêcheur. La terre où il bâtit son nouveau foyer fait partie d’un royaume où l’intrusion de tout étranger est bannie. Après délibération, le roi et sa cour décident d’occire les nouveaux venus. Alors que les sicaires s’apprêtent à commettre leur besogne, surgit un esprit des eaux qui les assassine et entraîne les rescapés dans une ville légendaire invisible à tout être humain. Ce dernier conte est le plus abouti. Car là est le problème, les digressions souvent inutiles ou mal venues rendent difficile la lecture. Que de longues analyses besogneuses où le lecteur à l’impression à certains moments de quitter l’œuvre romanesque pour un essai sur la colonisation du Zaïre. Qui plus est, le style est trop académique, voire ampoulé. Toutefois, ces trois courts récits qui composent ce recueil sont d’un intérêt certain, car ils représentent les toutes premières œuvres de fiction en prose zaïroises. Il est donc nécessaire d’apprécier ces écrits dans ce contexte singulier. Pionnier, Lomani Tchubamba est considéré par le colonialisme de Léopold II puis par la puissance coloniale belge comme un « civilisé », le degré le plus élevé de la hiérarchie raciale accordé à de rares indigènes. Dans cette situation inconfortable, l’écrivain déchiré entre sa culture traditionnelle et celle importée dite « rationnelle », qualification et opinion dont il fait part à de nombreuses reprises, tente à la fois de concilier ces deux entités et à d’autres reprises de les opposer. Par conséquent, c’est moins dans son aspect littéraire mais plutôt de par sa force historique que l’ouvrage de Lomani Tchubamba mérite d’être lu. Sur le thème de la naissance d’une littérature zaïroise, il est indispensable de lire l’essai d’Antoine Tshitungu Kongolo, « Aux pays du fleuve et des grands lacs ». Pour ceux qui désirent voyager en Afrique par la littérature, le recueil de Lomani Tchubamba est une halte dont le lecteur peut se passer

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