Ballades et escales en littérature africaine

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Archive pour la catégorie 'Pliya Jean'


*** Pliya Jean, « Les tresseurs de corde ».

21 avril, 2009
Pliya Jean, _ BENIN _ | 20 réponses »

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Jean Pliya, romancier et dramaturge béninois, est né en 1931 à Djougou dans le nord du Bénin, une région excentrée par rapport à ce « Quartier latin de l’Afrique » qu’est l’ancien Dahomey dont la plupart des auteurs sont originaires. Après des études de géographie économique et tropicale qui le mènent dès l’indépendance à occuper le poste de recteur de l’université du Dahomey _ le pays ne prend le nom de Bénin qu’en 1975 _, il participe activement à la vie politique du pays. Mais celle-ci devenant trop conflictuelle _ quatre régimes successifs en une douzaine d’années et un coup d’État _, il intègre l’UNESCO en qualité de membre de plusieurs commissions internationales spécialisées dans les problèmes d’éducation. Attentif à faire connaître la société africaine, il la décrit avec une simplicité qui témoigne de son souci d’atteindre le plus grand nombre. Auteur de la meilleure nouvelle africaine en 1963 avec L’Arbre fétiche, il écrit aussi des pièces de théâtre comme Kondo le requin, Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1967, ou La Secrétaire particulière en 1978. Depuis une dizaine d’années, Jean Pliya a donné à sa vie une dimension spirituelle nouvelle. Dès lors, une tonalité singulière apparaît dans ses œuvres comme c’est le cas dans les tresseurs de cordes. Le roman prend place dans un pays fictif, le Bokéli, gouverné par une tyrannie se réclamant d’un régime socialiste scientifique en lutte permanente contre le péril étranger, l’impérialisme capitaliste. Tout opposant réel ou imaginaire est de facto embastillé, torturé et condamné à mort. Dans cette autocratie régnant par la terreur, Trabi, un jeune cadre prometteur du régime, zélateur impénitent des mérites révolutionnaires en dépit des exécutions massives qu’il légitime, se trouve à son tour victime d’une purge dont tout régime stalinien paranoïaque a le doux secret. Encouragé par un ami à fuir immédiatement, Trabi dont la crédulité est à la mesure de son fanatisme en faveur de la tyrannie socialiste ne comprend d’aucune façon la raison de cette « lettre de cachet » à valeur de mise à mort. Mis devant les faits, Trabi convient qu’il doit quitter la capitale au plus vite, fuir dans le Nord où il pourra se réfugier dans un pays frontalier. Dans son périple nocturne, sa moto enfourchée, il bascule dans un ravin alors qu’il est proche de sa destination salvatrice. Sa monture détruite, ne pouvant plus marcher à cause d’une blessure à la jambe, le fuyard demande secours aux habitants d’un petit village isolé dans la brousse. Bien que l’étranger se montre très secret sur les raisons de sa venue, le conseil révolutionnaire du village composé de jeunes hommes d’une vingtaine d’années dont Boni est le dirigeant en chef, accepte de l’accueillir le temps de sa guérison. L’accord obtenu, sur les conseils de villageois avisés, Trabi rend hommage aux autorités traditionnelles composées des vieux du village, les garants des coutumes. Accusées par le régime socialiste d’être réactionnaires, les autorités séculaires ont été écartées de toute gestion, cela en faveur de jeunes cadres, le sang nouveau de la nation. Il n’empêche, mises au pilori, les traditions sont toujours prégnantes. Il est donc bon de s’attirer les bonnes grâces des sages. Trabi, sur ses gardes, mais heureux d’être éloigné pour un temps des menaces assassines de la capitale, est pris en main par la famille de Boni dont la sœur, Myriam, et la mère s’acquittent des soins nécessaires à son bon rétablissement. Immergé dans le quotidien des villageois, le pétulant cadre révolutionnaire prend conscience que les principes du nouveau régime pris par un comité central embastillé dans des bureaux de la capitale et à l’écart de la réalité des Bokéliens, tout particulièrement des paysans, sont difficilement applicables sur le terrain. Que les anciens critiquent à demi-mots les injonctions révolutionnaires, quoi de plus normal pour des esprits tourmentés par l’obscurantisme. Mais que dire des doutes émis par Boni, ce jeune homme intelligent et discipliné, sur la décision des fonctionnaires de la ville à délaisser les cultures vivrières au profit du coton. Qui plus est, les quotas imposés sont tout bonnement irréalisables. Mais gare, car si ces ordres déraisonnables ne sont pas atteints, les villageois seront traités de réactionnaires pour entrave faite au « bon en avant » de la révolution bokalienne. Être Interloqué ne signifie pas se remettre en cause. Trabi ne doute pas des bonnes intentions de son hôte, mais en fervent scientiste il pointe du doigt le recours à des moyens de production obsolètes régis par des valeurs ancestrales qu’il est grand temps d’abolir. Il se chargera se promet-il d’inculquer à ses paysans des méthodes rationnelles de production dès qu’il sera en meilleur santé. A ses prophéties les cultivateurs ricanent. Mais peu importe, la science pénétrera les esprits les plus abscons et mettra au pilori les vieilles coutumes et autres traditions permissives. En dépit des différences culturelles, les villageois se familiarisent avec cet étranger et l’acceptent peu à peu dans leur communauté. Il faut dire que Trabi fait des prodiges dont il est le premier étonné. C’est ainsi qu’avec des remèdes naturels qu’un de ses amis lui avait vaguement enseignés et auxquels il n’avait pas fait grand cas, il réussit à mettre fin à la gangrène qui rongeait depuis plusieurs mois la jambe du chef du village. Pour cela, pas de chimie élaborée dans un laboratoire mais simplement de l’argile et des plantes. L’étonnement de Trabi grandit quand il guérit de jeunes enfants victimes d’une infection des yeux grâce à des pratiques une nouvelle fois naturelles. Les tradipraticiens en principe incultes selon lui car n’ayant pas été éclairés par de longues études scientifiques, n’auraient-ils pas malgré tout de précieuses connaissances ? Bien que fervent révolutionnaire, petit à petit Trabi se montre plus humble. D’ailleurs il lui serait difficile de faire autrement, témoin qu’il est du quotidien harassant de ces hommes et de ces femmes qui ne déméritent pas dans les champs. La place du jeune cadre révolutionnaire chez ces paysans prend une dimension nouvelle lors du tournoi de lutte qui oppose chaque année les villageois à ceux du village voisin. Cela fait des années que ses hôtes sont défaits et de là obligés d’effectuer des corvées avilissantes en faveur des vainqueurs qui n’ont de cesse de les moquer. Trabi, connaisseur des secrets des arts martiaux, défait tous les lutteurs adverses et permet aux villageois de retrouver leur fierté. Héros d’un jour, il est adopté par les paysans. Mais le péril menace. Par ses exploits, il s’attire la jalousie et la rancœur. En ayant donné des soins sans avoir consulté au préalable Chakato le guérisseur, Trabi, ce jeune freluquet, l’a déhonoré. Qui plus est le fils de l’outragé est accablé par une jalousie dévorante. La femme qu’il désire, Myriam, la sœur de Boni, manifeste des sentiments amoureux pour Trabi, un amour réciproque. Avec les pugilistes défaits du village voisin, Chakato et son fils complotent afin de connaître les secrets de cet étranger devenu encombrant. Très vite les conspirateurs démasquent Trabi et sont tout heureux de le dénoncer aux autorités gouvernementales qui dépêchent de suite leurs sbires afin de cueillir ce renégat à la solde de l’impérialisme. Mais soutenu par la généreuse solidarité des villageois et grâce à d’heureux concours de circonstances, Trabi réussit à se tirer d’affaire. De ces semaines passées aux côtés de ses nouveaux amis, le jeune cadre révolutionnaire qui ne renie pas ses convictions mais les humanise, décide de rester au village. Anciennement fonctionnaire orgueilleux de son savoir de laborantin et convaincu que les oukases gouvernementales ne souffrent aucune critique, Trabi décide d’appliquer sur le terrain avec ses nouveaux compagnons ses précieuses connaissances en agronomie, sa formation originelle. Du reste, il lui serait bien difficile de quitter le village, la belle Myriam ayant conquis son cœur. Au delà des péripéties et des rebondissements qui font de ce livre un bon roman malgré un dénouement trop heureux pour être suffisamment convainquant, un thème récurrent parcoure toutes les pages : la concorde indispensable pour le bien commun des acquis élaborés avec patience par les anciens et fixés dans les coutumes avec les nouveaux savoirs et les moyens nécessaires de les mettre en œuvre. Les traditions et les autorités séculaires composent la vieille corde sans laquelle nulle autre réalisation ne serait viable. Par son nihilisme, le nouveau régime provoquera inévitablement la désolation dans le pays. Envisager le futur en dédaignant le passé est une erreur. Le matérialisme doit être éclairé par la sagesse, l’humilité. Des valeurs à vocation universelle qui ont aussi une dimension spirituelle.

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