Ballades et escales en littérature africaine

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**** Rui Manuel, Le Porc Epique.

28 mai, 2010
Rui Manuel, _ ANGOLA _ | 2 réponses »

ruimanuelleporcpic.jpgProfesseur de littérature, chroniqueur et juriste, Manuel Rui, né en 1941, est l’un des plus célèbres écrivains angolais. Intellectuel engagé, il puise ses matériaux littéraires dans la vie quotidienne de la société angolaise. Ce poète, romancier et essayiste est une figure littéraire importante dont l’aura va bien au-delà des frontières nationales. Dans Le Porc épique, écrit en 1982, Manuel Rui se lance dans une attaque en règle au ton ubuesque à l’encontre du régime politique instauré en Angola au lendemain de son indépendance obtenue dans le sang en 1975 contre l’impérialisme portugais. Dans un immeuble de Luanda, un locataire décide d’engraisser dans son appartement un cochon de lait et d’en faire l’objet d’un festin rabelaisien une fois que le mammifère malheureux sera devenu bien dodu. Il faut dire que le poisson frit accompagné de manioc que sa femme obtient comme toutes ses congénères dans les magasins du peuple après des heures d’attente dans des queues sans fin, est devenu une rengaine gustative insupportable. Un peu de nouveauté s’impose avec une bonne viande de cochon ! Mais voilà, dans cet immeuble organisé à l’image du pays, toute initiative privée est mal vue. Au risque d’être perçu comme un comportement bourgeois et ainsi dénoncé comme pro-impérialiste, l’élevage du cochon se doit d’être fait dans le secret absolu. Le comité des locataires, les miliciens et autres contrôleurs de l’immeuble doivent être tenus à l’écart. A ce jeu du chat et de la souris, les enfants font des miracles en détournant à leur profit trois des armes préférées du régime : la calomnie, la dénonciation et la peur bien sûr ; que le chef des locataires qui a  flairé une odeur porcine malodorante sur le pallier de l’appartement manifeste quelques velléités d’en référer à qui de droit, les brigands en herbe placardent dans le hall des affiches dénonçant le trafic des pots de confiture bulgare auquel s’adonnerait sa femme _ les pots étaient recherchés en raison de la rareté des verres _ pour que toute menace disparaisse. Mais rapidement une scission idéologique s’opère entre le père et les gamins : ces derniers se sont pris d’affection pour le cochon, baptisé Carnaval de la Victoire, et entendent bien que la bête en dépit de ses comportements bourgeois de gros mangeurs ne termine pas ses jours égorgé dans la baignoire. Dès lors se met en place toute une série de stratagèmes  pour sauver la bête. Nous l’aurons compris, Le Porc épique sous ses allures de court roman bon enfant est une énorme farce corrosive à l’encontre des autorités angolaises dont dans les années quatre-vingt, les modèles paranoïaques n’étaient autres que Cuba et les régimes soviétiques. Parodie du régime gouvernemental, Manuel Rui nous offre un bijou de dérision où il ne craint pas de s’attirer les foudres caudines des autorités, quand bien même il joue avec un des jours les plus importants du calendrier angolais, le carnaval de la victoire ! Mais la manifestation carnavalesque n’autorise-t-elle pas les parodies tant sociales que politiques ? Il est probable dans douter, les autorités marxistes angolaises n’étant pas connues pour leur humour débordant.                     

Rui Manuel, Le Porc épique, édition originale,1982, Dapper Littérature, 1999, 107 p. 

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