Ballades et escales en littérature africaine

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Archive pour la catégorie 'Sadji Abdoulaye'


**** Sadji Abdoulaye, « Maïmouna ».

5 janvier, 2009
Sadji Abdoulaye, _ SENEGAL _ | 79 réponses »

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Maïmouna, roman paru en 1958, appartient aux classiques de la littérature sénégalaise. Sadji Abdoulaye est né en 1910 à Rufisque. Après des études coraniques et ses premiers pas dans le cursus républicain, il entre à l’Ecole Normale William Ponty, une institution où sont formées les élites indigènes affectées à des postes à responsabilité dans l’administration coloniale. En 1929, il devient l’un des premiers instituteurs africains et en 1932, le deuxième bachelier sénégalais. Entre les deux guerres le personnage prend une dimension politique et culturelle de référence en se lançant dans le combat pour l’indépendance de son pays et en posant les premiers jalons de la négritude. De lui, son illustre compatriote Léopold Sédar Sangor avec qui il collabora, écrivit, « Abdoulaye Sadji appartient, comme Boris Diop, au groupe des jeunes, qui, dans les années trente, lança le mouvement de la négritude. Il fut l’un des premiers jeunes sénégalais, entre les deux guerres, à combattre la thèse de l’assimilation et la fausse élite des évolués ». Cet impératif à défendre la culture de son pays est une constante dans son œuvre. Il en va ainsi avec son roman Maïmouna. Dans un village reculé, Daro, veuve et pauvre, élève sa jeune fille Maïmouna. Vivant des maigres revenus de son petit commerce sur les marchés, Baro entoure sa fille d’un grand amour, surtout depuis que son aînée Rahinna est partie vivre à Dakar après s’être mariée avec un « évolué » qui occupe des fonctions importantes à Dakar. la jeune Maïmouna adore la vie au village. Peu importe que la case de sa mère soit délabrée et qu’elle soit l’une des jeunes filles dont les parures sont les moins coûteuses et élaborées. Quel délice d’être choyée par une mère courageuse. Et que dire des fêtes qui agrémentent la vie dans la brousse comme celle qui suit la fin du Ramadan. Pour cette occasion, Daro fait preuve d’ ingéniosité et sacrifie un peu de son argent pour que sa fille rivalise en beauté avec ses petites amies. Comme il est merveilleux de contempler aux sons des percussions les trémoussements magiques de cette gamine à la grande beauté. Certes, la vie villageoise est routinière : au levé, un exercice éprouvant pour la lève-tard, donner à manger aux poules, préparer le repas et l’apporter à sa mère, commercer à ses côtés, puis retourner à la case quand les rayons du soleil faiblissent. Ainsi les jours se succèdent. En dépit des lettres de Rahinna qui demande à sa mère de lui confier l’éducation de sa sœur, Baro s’y refuse. Son amour pour sa fille et la peur de la solitude l’y empêchent. Mais avec la puberté Maïmouna se lasse de la vie au village et de la pauvreté. Elle devient aigrie, injuste voire insultante à l’encontre d’une mère qui se démène pour leur survie. L’adolescente rêve de la vie à Dakar qui semble si merveilleuse à la lecture des lettres de sa sœur. Baro doit se rendre à l’évidence, elle doit céder et laisser partir sa fille rejoindre Rahinna qui mène une vie luxueuse grâce aux revenus de son époux, cela au milieu d’une cour où personnages importants, imposteurs et parasites sont entretenus. Grisée par un quotidien fait de flâneries, de richesses, de mondanités et de fêtes, à mille lieues des besognes villageoises, Maïmouna plus belle que jamais ne prend pas conscience qu’elle devient un objet de convoitise. Très vite, les prétendants au mariage se bousculent. Rahinna veille à ce que sa cadette soit l’épouse d’un homme de valeur au patrimoine bien doté. Il en va de sa réputation. Elle ignore les sentiments de sa jeune sœur qui lui doit obéissance. Et pourtant, le cœur de Maïmouna peu averti de l’univers dakarois a des sentiments qui s’accommodent difficilement aux enjeux prosaïques d’un mariage de raison. Les effets dévastateurs de la tourmente approchent. Dans son roman, Abdoulaye Sadji, très attaché à sa culture, fait une distinction très nette entre la vie villageoise et celle trépidante de Dakar. La première, incarnée par Baro qui prend les habits de la raison, est faite de volonté, d’un dur labeur au quotidien, de la valeur de la vie et de l’humilité que tout homme doit avoir face à son destin. A Dakar où « les agglomérations indigènes s’étalent [et] forment comme une ceinture d’ordures », la vie est semée de pièges, de tromperies, d’illusions. Sans se laisser aller à une opposition irréconciliable d’un monde naturel et par-là-même vertueux que serait le village, et celui de la cité pervertie où les hommes noyés dans la multitude auraient perdu le sens de leurs origines, il est incontestable que l’écrivain dénonce une dérive, une crainte, que l’Africain perde son identité. Une dénonciation qui devient acerbe quand il décrit l’univers inconsistant de ses africains appelés « évolués » par le maître colonisateur, qui ne rêvent que d’assimilation et s’isolent de ce qui leur apparaît être l’inculte plèbe, leurs compatriotes des faubourgs et de la brousse. Assurément, Maïmouna pure puis égarée, à l’innocence violée, est l’allégorie d’une Afrique en transition qui à la veille des indépendances doit faire le choix de son destin : elle ne doit pas renier l’authenticité de ses origines tout en étant ouverte à une modernité qui lui permettra de répondre aux défis à venir. Un enjeu qui semble être encore d’une grande actualité.

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