Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

Archive pour la catégorie 'Tierno Monenembo'


**** Tierno Monénembo, « Les écailles du ciel ».

3 octobre, 2009
Tierno Monenembo, _ GUINEE _ | 10 réponses »

tiernomonnembolescaillesduciel.jpg 

Tierno Monénembo est un des grands écrivains dont le talent n’a que faire des frontières. Dans son écriture souvent tragique mais toujours magnifique auréolée de poésie et de métaphores, se rencontrent les langues qui s’entremêlent pour célébrer les richesses tumultueuses des femmes et des hommes de sa terre natale. L’éclat de ses textes rend compte de leur caractère polymorphe ; ses écrits s’adossent à la multiplicité. Tierno Monénembo a une écriture singulière ; celle qu’il fait sienne pour rendre compte des paysages humains ancrés dans sa terre guinéenne. Avec le jaillissement de mots travaillés, forgés, ciselés avec patience, l’écrivain se fait échos de l’absurdité de la condition humaine aux prises avec le pouvoir et les tentations meurtrières. Au moment où l’auteur pose la trame de son roman Les écailles du ciel, en 1986, celui-ci est habité par le doute et la détresse morale. Cette douleur est certainement la raison pour laquelle la mort est le personnage lancinant du roman ; une mort qui fait pourrir de l’intérieur chaque entité jusqu’à l’anéantissement total. L’homme est à la fois architecte et destructeur. Toutefois dans le pays d’avant l’arrivée des blancs où la nature capricieuse pouvait se montrer heureuse aux familles peules égarées, la mort se présentait encore dans ses nobles atours. Elle exigeait seulement son respect dans le suivi strict des coutumes. Mourir au combat avec courage, mourir après de longues années d’efforts faits pour sa famille assuraient une bonne mort. Mourir avec noblesse c’était avoir vécu noblement quelque soit sa condition. Il en était ainsi dans ce pays. Avec l’arrivée des blancs, la décadence, le défaitisme ronge la noblesse de ses hommes et de ses femmes. Alors que leur destin était le fait des ancêtres, il devient celui des nouveaux vainqueurs. La dernière mort noble est celle du roi qui va au devant de son sacrifice suprême plutôt que de se plier à la servitude. Avec les temps nouveaux, les comportements changent. Ils se font plus pernicieux tout comme la mort qui se fait le reflet de cette décrépitude. Elle-même devient purulente. Avec les blancs et les nouveaux régimes qui succèdent au colonialisme, la mort perd toute noblesse. Samba, un jeune homme né durant cette transition dramatique _ ou devrions-nous dire apocalyptique_ est le témoin de la décadence des siens. Enfant étrange et associable, il est boudé des villageois en raison de son anormalité, de son étrangeté. Guidé par son oncle attaché à l’ancien monde et par l’esprit de Wango, le griot du dernier roi mort noblement au combat, il quitte le village pour la ville tentaculaire où seuls les bidonvilles l’accueillent en la personne d’une prostituée chaleureuse. De petits boulots en petits boulots où il est confronté à la réalité avilissante du colonialisme, il est témoin de la montée en puissance du mouvement indépendantiste qui se jette dans la bataille de la liberté avec héroïsme. Samba devient très vite le compagnon, l’ombre d’un des leaders, Bandiougou, le brave et noble instituteur. Justement, Samba ne serait-il pas une ombre ? L’ombre du griot Wango qui assiste désœuvré et fataliste à la naissance d’une indépendance où en dépit de ses espoirs la mort se fait toujours pourriture. Ou peut-être est-ce l’ombre de la mort… Très vite le régime né de la fin du colonialisme se mue en bête sanguinaire sous les traits infâmes du tyran Ndourou-Wanbîdo, le traître de la cause. Où est la civilisation nouvelle et fière qui devait naître avec ses citoyens droits et orgueilleux du renouveau africain ? Le silence de Samba en dit long sur le dépit des ancêtres. Après des années de prison, Samba retrouve son ami devenu alcoolique désespéré, le noble Bandiagou, au sein de son nouveau foyer, Chez Ngando, un tripot minable des bas fonds mais dont les piliers anéantis par l’alcool conservent encore une noblesse aussi infime soit-elle. Les promesses des indépendances qui se devaient-être heureuses sont violées et semble-t-il pour de nombreuses décennies ; encore faut-il qu’un tel espoir dans les temps futurs ne soit pas déplacé. Tierno Monénembo donne une dimension poétique à son texte par l’abondance des métaphores, ce qui met en exergue avec force l’aliénation du réel. Les écailles du ciel est un roman puissant qui en aucun cas ne doit être oublié. La voix profonde de l’auteur ou plutôt celle du griot Wongo se fait toujours entendre avec force dans notre actualité, dans notre quotidien ; la voix de l’universalité malheureusement.

**** Tierno Monénembo, « Peul ».

25 octobre, 2008
Tierno Monenembo, _ GUINEE _ | 10 réponses »

tiernomonnembopeuls.jpg 

Tierno Monénembo, Guinéen, est l’un des écrivains les plus remarqués sur la scène littéraire francophone. Cette réussite qui dépasse le continent africain repose tant sur la qualité de sa prose que sur la profondeur et pertinence des sujets abordés. Avec son roman intitulé tout simplement « Peuls », Tierno Monénembo livre une nouvelle fois un précieux ouvrage où il s’impose la gageure de narrer l’épopée des Peuls en moins de quatre cents pages. Les Peuls sont un peuple pastoral qui au fil des siècles vont se tailler dans le sang des empires parmi les plus grands et les plus complexes dans le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. En outre, les Peuls vont être parmi les missionnaires les plus zélés de la religion musulmane dans cette partie du continent à partir du XVIIe siècle environ. Narrant les origines mythiques de ce peuple dans la vallée du Nil, c’est à partir du XIVe siècle que Tierno Monénembo lance sa fresque historique et la termine à la fin du XIXe avec le joug des puissances coloniales européennes qui entérine la chute du régime théocratique peul. L’auteur s’attelle à une odyssée fantastique et dramatique qui prend cœur dans une saga familiale ou plus précisément dans une rivalité de lignage où deux clans nobles se battent pour la reconnaissance de leur primauté respective. Trahisons, crimes, fraternités retrouvées dans le sang face à des ennemis communs, ses adorateurs de Guéno, divinité à l’origine de toute vie, réussissent au XVIe siècle à hisser les bases d’un immense empire où de simples pâtres il deviennent souverains sur de nombreux peuples auxquels jusque-là ils étaient asservis. Mais ces adorateurs de vaches, animaux qui tiennent une place centrale dans leur vie quotidienne, dans leur culture et dans leur cosmogonie, sont décidément animés par un esprit belliqueux. L’entente cordiale succombe aux rivalités. L’empire se fragilise sur ses frontières sous les coups de boutoir de peuples animés par la vengeance. Qui plus est, une nouvelle croyance apparaît parmi les leurs, la religion du prophète Mahomet ; la honte et le déshonneur de tout Peul qui se respecte : « Ce sont des faux frères. Ils souillent le lait, trahissent Ilo Sâdio, l’ancêtre des bergers et accordent à d’autres divinités les prodiges de Guéno». Ces mahométans chassés, massacrés, se font de plus en plus nombreux. De conversions en conversions, ils passent du statut de pestiférés à celui de conquérants impitoyables qui après de nombreuses guerres sanglantes établissent des royautés théocratiques comme celle du Foute-Djalon, (Guinée actuelle), au XVIIIe siècle. De chaque mot choisi par Tierno Monénembo le lecteur ressent l’intensité, la passion que l’auteur porte pour l’Histoire des Peuls. C’est une langue riche, fleurie. Quel panache ! Et cette impertinence désopilante qui malmène les Peuls, ces familiarités parfois osées. Dans ces quolibets, il ne faut y voir aucunement du dédain. Tierno Monénembo agit tel un Sérère, peuple qui entretient une parenté à plaisanterie avec les Peuls ; une grande amitié séculaire qui permet à l’écrivain de les malmener : « nous pouvons chahuter à loisir et vomir des injures qui nous plaisent. Entre nous toutes les grossièretés sont permises ». « Peuls » est un roman fascinant, mais le lecteur peut à certains moments se sentir égaré : que de personnages, que de toponymes ! Dans les annexes, deux cartes présentent les principaux lieux mais nous les aurions voulues plus complètes. Un arbre généalogique permettrait de faciliter la lecture. A certains passages du roman, il est compliqué pour le néophyte de cerner les subtilités des contingences de l’histoire de ces régions d’Afrique. En dépit de ces difficultés, Tierno Monénembo nous offre une œuvre d’une grande intensité qui mérite que nous nous y arrêtions après avoir auparavant glané quelques informations sur les Peuls et l’histoire de ces régions du continent. Sur ce point, les écrits d’Amadou Hampâté Bâ sont d’une aide précieuse.

 

**** Tierno Monénembo, « Le roi de Kahel ».

5 octobre, 2008
Tierno Monenembo, _ GUINEE _ | 10 réponses »

tiernomonnemboleroidekahel.jpg 

Attendre la sortie du dernier roman de Tierno Monénembo, c’est être fébrile, impatient. C’est savoir que le temps va s’éclipser ; c’est vouloir s’immerger corps et âme dans un œuvre romanesque flamboyante comme l’est « Peul », son précédent livre. « Le roi de Kahel » est un nouveau miracle, un délice qui nous emporte dans un univers où la démesure est reine. En nous déployant le destin incroyable du comte de Sanderval, roi de Kahel, Tierno Monénembo fait une nouvelle fois mouche : les voiles sont battues par un vent violent soufflé par un personnage hors du commun de la fin d’un siècle où vaincre les frontières est le but ultime des grands explorateurs européens. Dans ce roman, l’écrivain guinéen retrace le parcours incroyable d’un aventurier, Aimé Victor Olivier, comte de Sanderval, un grand bourgeois lyonnais. Illuminé ou génie, il décide à la fin du XIXè siècle de se tailler un royaume sur les terres des Peuls, le Fouta-Djalon, au centre de la Guinée actuelle. Héritier d’une lignée d’importants industriels, entrepreneur et négociant de son état, inventeur à ses heures perdues, ce boulimique de travail est habité par les récits de voyage des grands aventuriers qu’il a dévoré dans son enfance. René Caillé a eu Tombouctou, Aimé Victor Olivier aura son royaume en Afrique ! Ainsi en a-t-il décidé. Peu lui emporte les moqueries, les acrimonies et les obstacles de l’administration coloniale. La férocité légendaire du royaume théocratique peul à l’encontre des étrangers, qui plus est païens ? Aucune inquiétude, notre gaillard ne craint pas la décollation. Accompagné d’une cohorte de porteurs, il part dans une longue et dangereuse expédition sur des terres inconnues à la rencontre de l’Almamï, le guide spirituel et souverain des Peuls, un peuple mystérieux, farouches guerriers, fiers de leur empire taillés par les armes et dans le sang. Missionnaire d’une science victorieuse, Sanderval veut convaincre l’Almamï à construire une ligne de chemin de fer et lui permettre de gouverner un territoire selon les vertus de la raison occidentale. Projet délirant ? Tout à fait. Et pourtant il obtient son royaume, certes petit mais un royaume tout de même. Malheureusement sa conquête sera éphémère, car l’empire français qui dévore l’Afrique n’a que faire des folies de Sanderval. Ce personnage fascinant qui fait le régal des gazettes de l’époque est à la fois un pionnier, un exalté et un mythomane. « C’était Moïse sur le mont Sinaï, Alexandre le Grand débouchant sur l’Indus, César savourant sa victoire dans les plaines fumantes d’Alésia. » Tierno Monénembo donne une nouvelle existence à cette personne haute en couleur oubliée de l’histoire. Au-delà des péripéties de l’homme, la rencontre de Sanderval avec la civilisation peule aurait pu préfigurer une autre colonisation certes toujours destructrice, mais différente de cette longue et tragique marche faite d’humiliations, de dominations et de génocides. Sanderval est un fervent partisan du colonialisme et de l’intégration du Fouta-Djalon à l’Empire français. Mais pour lui, c’est avant tout aux initiatives privées, aux entrepreneurs, aux élites d’aller sur les terres d’Afrique, pas à la machine vulgaire et brutale de l’administration et de l’armée française. Son dialogue avec les dignitaires peuls en témoigne. Tout en portant une grande considération pour une société hautement hiérarchisée, il reste un homme de son époque avec ses préjugés ; « les Peuls sont jaloux, cupides, des imposteurs…». Et pourtant sur la fin de sa vie, il se considère être un Peul à part entière et est reconnu comme tel par l’Almamï. Tierno Monénembo nous révèle dans une écriture foisonnante un personnage indiscutablement fascinant. « Le roi de Kahel » s’impose comme un roman important qui donne un regard particulier sur cette époque. La finesse du style se conjugue avec un humour qui donne de la couleur aux mots. Se procurer ce livre, c’est s’offrir un grand moment de plaisir.

**** Tierno Monénembo, “L’aîné des orphelins”.

7 août, 2008
Tierno Monenembo, _ GUINEE _ | 7 réponses »

tiernomonnembolandesorphelins.jpg 

Tierno Monénembo, Guinéen, nous offre une nouvelle fois une perle romanesque comme ce fut le cas avec son ouvrage « Peuls ». Mais cette fois–ci l’écrivain quitte l’épopée historique. Sa plume, grave, prend un sentier oh combien plus terrible, le génocide rwandais de 1994. Sa démarche est particulière. Tierno Monénembo ne fait pas une approche frontale des massacres. Il saisit le destin d’un jeune désœuvré de quinze ans, Faustin, dont il décrit son parcours avant puis après le génocide. Cet orphelin, adulte avant l’âge comme des milliers d’enfants laissés à l’abandon, survit de larcins et d’autres bricoles du même genre dans une bande de resquilleurs. Mais Faustin se démarque des autres par son cynisme cruel et sans remords qu’il porte sur ses congénères. Prêt à tout pour gagner quelques dollars, sa différence entre le bien et le mal est totalement absente de sa moralité pervertie. En dépit de mains secourables qui tentent de l’éloigner de ses vices et des menaces qui attendent tous les gamins de la rue dans une société délabrée, Faustin les refuse ancré qu’il est dans une pensée destructive et fataliste. Attendant son exécution dans le couloir de la mort pour un crime crapuleux, il se remémore sa vie au village faite d’insouciance avant que le génocide ne survienne. Tierno Monénembo nous offre avec ces pages les perditions d’une société qui se doit d’être reconstruite en dépit de ses traumatismes cauchemardesques.

Lire, Voir, Ecouter... |
mespetitsmotspourtoi |
جولة... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hédonisme et Existentialisme
| Les mots de passage
| Ma vie litteraire