Ballades et escales en littérature africaine

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**** Tsitsi Dangaremba, A fleur de peau

24 mars, 2010
Tsitsi Dangaremba, _ ZIMBABWE _ | 1 réponse »

dangarembgatsitsiafleurdepeau.jpgTsisti Dangarembga est née en 1959 en Rhodésie du Sud devenue en 1980 le Zimbabwe. Dès son plus jeune âge elle émigre en Angleterre puis fait des aller et retour entre les deux pays où elle poursuit des études universitaires brillantes. Diplômée à la faculté de médecine de Cambridge, elle s’installe au Zimbabwe où parallèlement à ses cours en psychologie _ science humaine qui a une grande influence sur son œuvre_, elle s’investit dans l’art théâtral. Auteur de plusieurs pièces à succès écrites aussi bien en Anglais que dans sa langue maternelle le shona, elle publie en 1988 son premier roman, A fleur de peau, dont le titre original, Nervous condition, est bien plus évocateur. Ce roman s’impose dès sa sortie comme une œuvre majeure. L’écrivain remporte d’ailleurs le Commonwealth Writters Prize. Dans ce merveilleux récit est dénoncée avec maestria la condition de la femme africaine faite de soumission et de violence. Le gouvernement de toutes communautés en particulier la famille échoit au seul homme. Le rôle de la femme se limite aux préoccupations d’intendance, aux obligations d’enfanter et de satisfaire son époux. Une jeune fille, Tambudzaï, prend conscience de la cette condition dramatique et de son destin déjà écrit grâce à un don de dieu, la mort de son frère aîné qu’elle n’aimait pas. Que d’injustices, que de méchancetés causées par ce frère. Ce décès lui permet d’assouvir son rêve, celui de faire des études et ainsi d’avoir une conscience du monde et de soi plus affûtée. Des remords sur les conséquences heureuses de la disparition de son frère ? Aucun. La famille n’ayant plus de garçon, tout concurrence disparaît. Tambudzaï peut enfin quitter ce père lâche et cette mère aigrie et avachie dans son destin de malheur. Moins que de nier sa condition de paysanne, il s’agit pour elle de quitter la misère et son destin tout tracé, reflet de celui de sa mère. Grâce à l’école, objet si longtemps convoité, toutes les portes de ses désirs lui sont ouvertes… Du moins le croit-elle. Son oncle Babamukuru, grand ordonnateur du clan familial et directeur de l’école d’une mission chrétienne gérée par des ecclésiastiques blancs l’accueille dans son foyer qui l’enchante par son luxe avec l’électricté, l’eau courante et le nombre important de pièces bien meublées. Sous l’autorité de fer de son oncle et réconfortée par la gentillesse maternelle de la mère du foyer, Maïguru, la jeune élue devient vite une élève brillante aux comportements modèles. Une chose l’interpelle toutefois, l’état de révolte constant de Nyasha sa cousine à l’encontre de son père et cela quand bien même les sévères punitions et les coups infligés par ce dernier. Comment ne pas être heureux alors que Nyasha dispose de ce que tout un chacun envie ? Mais petit à petit Tambudzaï qui saisit sa chance à bras le corps comprend que même dans cet état de confort et de culture qu’elle n’imaginait pas il y encore peu de temps, son statut de femme soumise lui est toujours promis. Peu importe la misère ou la fortune ni même le niveau d’éducation, la condition de la femme sera toujours celle de la soumission face à l’homme ; voici un postulat universel. C’est le cas pour Maïguru vis-à-vis de Babamukuru : quand bien même est-elle titulaire de prestigieux diplômes, son existence se limite à être une bonne épouse à l’instar de la mère de Tambudzaï dans sa ferme pouilleuse. Babamukuru devient un « Dieu le père » insupportable contre lequel les deux jeunes filles tentent de résister ; une entreprise bien aléatoire. Pour Tambudzaï, l’échapatoire à cet univers patriarcal insupportable est l’accession à un prestigieux établissement d’études tenu par des religieuses où jeunes filles blanches et noires sont acceptées. Mais l’impétrante a conscience qu’un jour ou l’autre il lui sera nécessaire de s’imposer en tant que femme dans ce monde fait pour l’homme. Quant à Nyasha, sa fuite impossible dans une confrontation perpétuelle avec son père la conduit à un état mental des plus fragiles. Rapidement elle chute dans les profondeurs abyssales et infiniment douloureuses de l’anorexie ; son corps meurtri incarnant son ultime combat pour sa liberté. Avec ce magnifique roman, Tsisti Dangarembga nous livre un plaidoyer d’une grande justesse en faveur de l’émancipation des femmes et cela sans paroles mielleuses ou discours sirupeux. Il ne s’agit pas pour elle de faire larmoyer son lectorat mais par ses saines écritures à témoigner, à partager son combat en faveur de la condition féminine. Incontestablement A fleur de peau est un des grands romans de la littérature africaine. 

Tsisti Dangarembga, A fleur de peau, 1ère. éd. 1988, Albin Michel, 1992, 294 p.

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