Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

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Nouvelles Chroniques de Madagascar (Sélectionnées et présentées par Dominique Ranaivoson)

4 octobre, 2012
Mavaloson Hery, Ravaloson Johary, Razafinjato Désiré, Toazara Cyprienne, _ MADAGASCAR _ | 1 réponse »

Nouvelles Chroniques de Madagascar (Sélectionnées et présentées par Dominique Ranaivoson) dans Mavaloson Hery 51tQXds-ZmL__SL500_AA300_2Les Editions Sépia ont une nouvelle fois eu la bonne initiative de publier des nouvelles
– ici quatre – d’écrivains de la grande île, auteurs qui pour la plus part sont
très peu connus du lectorat ; pour certains il s’agit de leur première
publication. Quelle excellente manière de pénétrer la multitude des facettes de
Madagascar – si tant est que cela soit possible -, et de leur donner corps en
accordant voix au chapitre à ses nouvellistes de talent ; car, il s’agit
bien d’auteurs de qualité dont il est question ici avec une préférence avouée
pour Hery Mahavanora et sa nouvelle, Au Nom du Père, et Johary
Ravaloson, Antananarivo, ainsi durant les jours pluvieux. Chroniques de vies
ordinaires
. Sépia permet à ces auteurs francophones de se faire

entendre dans une nation où écrire dans notre langue est l’exception :
aucune institution locale favorisant l’expression française n’y est encouragée
pour des raisons à la fois culturelle et historique. A noter l’excellente
préface de Dominique Ranaivoson, un modèle d’introduction pressant le lecteur à
se perdre dans des réalités insulaires certes parfois dramatiques mais toujours
d’une grande richesse.

Pour la première nouvelle, celle de Hery Mahavanora, l’introspection douloureuse d’un
homme d’âge mur qui par hasard dans les rubriques nécrologiques de son
quotidien apprend enfin l’identité de son géniteur ; lui dont la bâtardise
et l’ignorance de son père l’a tant fait souffrir dans une société
puritaine ; une plaie douloureuse qui l’a amené sans cesse à se surpasser
-  exigence de la réussite dans les
études – et fuir cette île, aller loin, très loin, en France, et y trouver
l’anonymat, la paix.

« Mais la véritable libération est venue avec ma rencontre de Krouri, plusieurs années plus tard, quand toutes ces humiliations et ces états d’âme n’étaient plus que de mauvais souvenirs, et que ma rage de réussir m’avait permis d’accéder à une position sociale enviable. Sacré Krouri ! Bâtard comme moi, mais fier de
l’être et transcendant son état comme un don du ciel. Je le revois me dire que les bâtards étaient meilleurs que les autres car confrontés aux difficultés qu’ils devaient surmonter. (…) Merci à Krouri ! Je lui dois ma sérénité et ma fierté retrouvées. Gloire aux bâtards ! Ceux qui ont souffert le martyr pour remplir des fiches de renseignements dans leur enfance et qui ont essuyés les sarcasmes et humiliation de la part de leurs compagnons de jeu à cause de cette anomalie. Ceux qui ont cherché en vain un réconfort paternel dans les moments difficiles. Ceux qui ont sombré, à court d’arguments et de ressources morales, et n’ont pas résisté. Ceux qui ont transcendé cette humiliation, transmutation à la manière de la pierre philosophale. Gloire à vous… mes frères et sœurs dans l’adversité. Je mesure aujourd’hui seulement le chemin parcouru. », pp. 18 et 19.

Dans la seconde nouvelle – excellente ! -, Antananarivo, ainsi
durant les jours pluvieux (…)
, l’auteur déroule le fil narratif à partir

d’un taxi de la capitale et va de client en client (putes, vahazas et autres)
pris dans les méandres de leurs réflexions et de leur solitude ; il en va
ainsi du conducteur, faim au ventre, se devant absolument de rentrer avec
quelques monnaies pour payer la location du taxi et attendant nuitamment sur
une des collines cerclant la ville avec le vague à l’âme dans sa contemplation.

« Une nuit d’avance. Je me réveillai tenaillé par la faim. Les étoiles d’Antananarivo luisaient dans la pleine endormie. Je cherchais à deviner ses aspérités qui la caractérisaient en me repérant aux artères de lumières. Elle s’étendait maintenant sur des kilomètres et, si on confondait par temps clair ses lumières avec celles des astres à l’horizon, on discernait aussi des trous noirs qui pouvaient tout aussi bien correspondre à des terrains boisés, marécageux ou ésidus de rizières échappant encore aux tentacules de la construction qu’à des uartiers cachés par une butte ou tout simplement subissant un délestage de la JIRAMA, la compagnie nationale d’électricité. », p. 41.

La nouvelle de Désiré RazaFinjato, Tahiry, De Madagascar au Djebel
algérien
, nous emmène loin : un autre continent, une autre époque, la

guerre d’Algérie. Appelé sous le drapeau français à combattre le FLN, Tahiry le
malgache, personnage torturé, a en mémoire les événements révolutionnaires
malgaches de 1947 – environ 80 000  des
siens sont tués sur ordre de l’Etat Français. Impossible de déshonorer les
morts ; unique chemin de recours, jouer double jeu, guerroyer de facto
pour l’indépendance de l’Algérie. Mais à son retour, comment faire comprendre à
sa famille honteuse d’avoir un fils venant de l’armée impérialiste qu’il était
bien au contraire un résistant, un combattant des indépendances !
Impossible… le départ solitaire et infortuné du village vers la ville.

La solitude est un des fils conducteurs des trois précédents récits,
triste fatalité que rompt la dernière nouvelle, Doublement un, de
Cyprienne Toazara. A la tonalité résolument optimiste de ce conte naît l’union
maritale d’un Malgache, le colonisé, 
revenant de France après la guerre à une vazaha (Blanche)
française : surprise de la famille et des villageois d’autant plus que le
couple a décidé de s’installer au village. Une seule ombre au tableau, mais de
taille, aucun enfant après des mois d’union. Dès lors, aux arts religieux et
autres pratiques magiques pour réparer ce tort qui ne peut venir que de la
femme (!) ; le fruit de la réconciliation des peuples, la naissance de
l’enfant métisse, ne semble cependant rien devoir aux ancêtres bien aimés….
Vous avez dit conte ?!

Ce recueil de nouvelles ne tombe pas dans les
clichés miséreux que pourrait colporter une certaine littérature de
compassion : la tristesse, la solitude et le sentiment de fatalité
n’empêchent pas l’ensemble des acteurs à se battre et vivre dignement. Autre
point à souligner, la permanence du jugement familial – voire du village :
toute action individuelle est pesée et soupesée à la lumière des intérêts et de
la réputation de la famille, entité indivisible ; une autorité
communautaire à laquelle il n’est possible d’échapper qu’en partant pour la
ville, Antanarivo, la Babylone malgache, ou pour les plus
« chanceux » à l’étranger. Que dire de plus pour encourager le
lecteur à s’embarquer pour la grande île de l’océan Indien si ce n’est de se
munir de chacun des recueils de cette collection qui a le grand mérite
d’embrasser au plus près de son corps Madagascar. Et tant pis si quelques
maladresses d’écriture s’y glissent.

Nouvelles Chroniques de Madagascar, Sélectionnées et présentées par
Dominique Ranaivoson
, Editions Sepia, 2009, 146 p.

***Radaody-Ralarosy René, Zovy, 1947, Au cœur de l’insurrection malgache.

30 juin, 2010
Radaody-Ralarosy Rene, _ MADAGASCAR _ | 3 réponses »

Zoviradaodyralarosyrenzovi1.jpg, « qui vit » en français, est un roman historique où l’écrivain relate le soulèvement d’une partie de la population malgache, le 29 mars 1947. Une rébellion qualifiée à l’époque par les autorités françaises d’« évènements », mais qui s’apparenta en réalité à une véritable guerre contre la France colonialiste ; on devine que le gouvernement français n’aurait jamais nommé cette lutte d’émancipation autrement que par ce terme lénifiant et mensonger d’« évènements » puisque les longs combats pour une Algérie libre ne seront qualifiés de guerre par ces mêmes autorités françaises que bien tardivement après la victoire du FLN. Pour relater une des périodes les plus dramatiques de l’histoire du peuple malgache où environ cent mille d’entre eux périront, Radaody-Ralarosy a préféré le roman historique à l’essai. Témoin à ses dix ans de cette guerre et ayant recueilli de nombreux témoignages tout au long de sa carrière militaire dans l’armée malgache, René Radaody-Ralarosy qui se veut le plus objectif possible, se montre l’écrivain idoine en l’espèce pour narrer cette tragédie occultée aujourd’hui tant en France qu’à Madagascar. L’auteur qui a le soucis de l’exactitude dresse un tableau sociologique des acteurs de cette guerre des plus pertinents qui permet aux lecteurs de percevoir les enjeux politiques qui surviennent juste après la seconde guerre mondiale. Chez les Malgaches, la guerre de libération contre les Français suscite la division. Certains d’entre eux, francophiles et détenteurs de la citoyenneté française – une minorité qui nourrit le contingent des petits fonctionnaires – semblent plutôt attachés à la tutelle de la métropole vue comme la patrie des droits de l’homme (sic). Du reste, des Malgaches n’oublient pas que la colonisation de 1895 a mis à bas une royauté « féodale » foncièrement inégalitaire où il n’était pas rare que les propriétaires de grands domaines recourent à l’esclavage et aux castes. D’autres en revanche en ont assez d’être exploités sur les grandes propriétés des colons et d’être jugés par la France d’hommes et de femmes de seconde catégorie. Mais entre le combat politique et militaire, une autre ligne de démarcation apparaît. Ceux issus de la noblesse préférant la lutte sur le plan politique et légal tandis que d’autres, en particulier les anciens combattants malgaches qui ont lutté auprès des forces libres françaises contre la barbarie nazie et la collaboration pétainiste, considèrent que le jour est venu de se libérer de la tutelle assujettissante de la métropole par les armes. Ils formeront les premiers bataillons indépendantistes. Un front uni des Malgaches luttant pour l’indépendance est une fiction selon l’écrivain. Du côté des colons, Radaody-Ralarosy fait la distinction entre les extrémistes qui réclament le retour à l’indigénat et au travail forcé et de l’autre, ces hommes qui se considèrent eux-même fils de cette terre mais aux discours intrinsèquement paternalistes. Un autre point passionnant dans ce roman est la mise au clair des divisions au sein de l’armée française de répression : la première est celle entre les militaires des forces libres et ceux des contingents pétainistes qui abhorrent toute prétention à la liberté ; l’autre dans les comportements différents des forces indigènes selon leurs origines : les soldats venant du Maghreb se montrant généralement solidaires des indépendantistes au contraire des tirailleurs sénégalais, exécutants dociles de la féroce répression. Au-delà du soucis légitime de l’écrivain à ce faire bon pédagogue, celui-ci réussit à enraciner ce combat dans les terres malgaches et donc de renforcer l’intérêt du récit : de nombreux développements portant sur les divers paysages de la grande île et sur les us et coutumes des malgaches parsèment le roman à l’instar de la description des cérémonies du Fondroana :

  

« La fête se passe au moment de la nouvelle lune d’Alahamady, signe de l’an nouveau. L’avant-veille, on allume des feux de joie sur toutes les collines où il y a des villages comme symbole de trêve entre tous. A ce moment, les hommes doivent faire des cadeaux aux femmes. Le lendemain a lieu la cérémonie du bain pour se purifier avant d’aborder l’année nouvelle. On se fait chauffer de l’eau dans une marmite neuve en terre le soir et les gens se rendent visite et se versent de l’eau sur la tête en se souhaitant réciproquement la bénédiction de Dieu et des ancêtres. Cette nuit de l’apparition de la nouvelle lune est l’occasion de fêtes, de danses où l’on se libère après s’être purifié. Le matin au réveil, chacun va féliciter les autres d’avoir atteint la nouvelle année et leur souhaite une longue vie. C’est alors qu’a lieu la dernière cérémonie, celle du sacrifice d’un bœuf dans chaque foyer où cela est possible. Les morceaux sont distribués aux proches et aux amis en signe de raffermissement des liens familiaux, mais seulement après avoir mangé la bosse grillée devant les tombeaux des ancêtres. » p. 93 et 94.

  

Zovy est un excellent roman pour tout ceux qui désirent se plonger dans cet épisode dramatique et malheureusement trop méconnu de l’histoire malgache. Sur ce point, il faut féliciter René Radaody-Ralarosy pour son travail de recherches et sa qualité à réunir l’ensemble de ces précieuses informations dans un récit homogène. D’un point de vue strictement littéraire, nous nous montrerons en revanche plus critique. La prose n’est certes pas désagréable à lire, toutefois elle est à certains passages trop simple ; elle manque de travail et d’originalité. En outre, les dernières pages font état d’une conclusion qui prête à sourire tant l’happy end semble incongrue et les raccourcis trop simplistes. Ce livre ne ravira probablement pas les amateurs d’une écriture ciselée avec méticulosité.

                       

Radaody-Ralarosy René, Zovy, 1947, Au cœur de l’insurrection malgache, Editions Sépia, 2007, 218 p.

*** Rakotoson Michèle, « Elle, au printemps ».

22 novembre, 2009
Rakotoson Michele, _ MADAGASCAR _ | 4 réponses »

rakotosonmelleauprintemps.jpg 

Michèle Rakotoson est une écrivaine née en 1948 à Antananarivo. Elle est issue d’une famille bourgeoise et intellectuelle aux principes moraux ancrés dans le protestantisme. Attirée par les lettres, elle devient professeur de littérature. En raison de ses convictions politiques en faveur de la démocratie, combat très déplacé aux yeux « orwélliens » de l’amiral de la puissante et glorieuse marine militaire malgache, elle est contrainte de quitter sa terre en 1983 pour la France, l’ancienne puissance colonisatrice meurtrière se faisant ici une façade de virginité retrouvée. L’écrivaine pose ses valises de mots à Radio France Internationale où elle prend part au soutien des œuvres littéraires africaines. Dans son court roman Elle, au printemps, paru en 1996, Michèle Rakotoson dessine le portrait et l’ittinéraire d’une jeune femme malgache, Sahondra, qui quitte sa bien aimée terre natale dans la douleur pour une ville dérisoirement magnifiée, Paris, afin d’y poursuivre ses études supérieures. Arrivée dans cette cité grise de béton où s’agitent des automates désenchantés et froids, elle se lance à la quête de la jeune française avec laquelle elle entretenait une correspondance épistolaire, et qui lui avait promis de l’acceuillir et de lui tendre une main protectrice pour ses premiers pas dans ce monde qui bien vite se démystifie. Aidée de personnages qui eux-mêmes déambulent du mieux qui leur est possible dans cette cité à l’arc triomphant jaloux de ses privilèges, ses pérégrinations la conduisent dans ce Nord de la France qui sans baroud d’honneur est mort d’une métallurgie assassinée pour la raison universelle des temps modernes, la mondialisation spoliatrice. Quels tableaux fascinants ces géants de fer et d’acier, aux fourneaux et cheminées définitivement éteints qui se corrompent lentement sous les asseaux des pluies. Ces divinités orgueilleuses des temps passés d’un Occident qui se voulait invincible et impérialiste se sont écroulées, abandonnées aux gémissements de leurs anciens fidèles cloîtrés à jamais dans leurs bâtisses de briques rouges oubliées de tous. Son île à elle, Madagascar, est certes à genoux, pillée, violée, mai jamais elle ne sera abandonnée par ses enfants comme l’est ce coin de France. Les os des ancêtres ne seront jamais profanés, jamais oubliés et cela quand bien même la déraison des Temps Modernes. La vie y sera et cela pour toujours. Elle, au printemps est un joli roman au style simple et fluide où la nostalgie se mêle à l’abandon ; où la vie de Sahondra continue, peu importe les abysses.

*** « Chroniques de Madagascar », nouvelles selectionnées par D. Ranaivoson.

14 décembre, 2008
_ MADAGASCAR _ | 1 réponse »

chroniquedemadagascar.jpg 

Ce petit livre rassemble douze courtes nouvelles d’auteurs malgaches pour la plupart peu connus du grand public. Pour certains, ce sont leurs premiers pas dans la belle aventure littéraire. En liminaire de chaque nouvelle des notes sur l’écrivain suivies de quelques précisions sur le récit éclairent le lecteur. Comme le précise Dominique Ravanaivoson, « ces nouvelles composent un tableau où se mêlent regards indignés ou admiratifs, interrogateurs ou révoltés sur une société malgache à la fois complexe et éclatée ». Cette terre à la superficie équivalente à celle de la France et de la Belgique ne se limite pas à la beauté de paysages aseptisés des cartes postales et aux sautillements des lémuriens. Elle est la matrice de peuples, de cultures, d’une Histoire singulière à l’origine de civilisations orgueilleuses. Mais cette société originelle doit composer avec les défis, les contradictions, le fatalisme qu’exige un État colonisé puis indépendant se voulant être une nation moderne. Confronté à ces nouvelles exigences, un passé glorieux mais aussi entaché d’injustices vacille. Que dire de cette lignée seigneuriale qui acculée à la pauvreté vend bien après bien son patrimoine à de riche bourgeois de la capitale, cette affamée insatiable des terres ancestrales. Ainsi dévorées, disparaissent avec ces terres déifiées des lambeaux d’un passé en détresse. Démunis, orphelins, les pauvres hères alimentent les bidonvilles qui asphyxient Tatanarive. Si encore les miséreux pouvait compter sur leur labeur pour espérer gravir les rares échelons menant à moins d’indigence. Vœux pieu. La corruption, les injustices institutionnalisées veillent. Il en est de ce jeune homme brillant mais trop naïf qui apprend à ses dépens que tout diplôme se monnaye. Que dire de cette jeune femme qui fréquente les dancings pour trouver le Vazaha, le « Blanc » qui lui donnera à défaut de rêves de quoi nourrir sa famille. D’autres sont aveuglés par le mirage de la corne d’abondance que semble être Mayotte. Ils ne savent pas que leur dangereux voyage les conduira dans les griffes d’une misère tout autant implacable. Et pourtant de nouvelles solidarités naissent dans ces malheurs à l’image de ce syndicat officieux des mendiants régi par des dispositions démocratiques qui jurent avec le despotisme d’État. Loin de la capitale, il y a des terres oubliées comme l’Androy dans le Sud de l’île où sévit le Kéré, l’immonde famine. Les croyances y sont tenaces. Et si le Loko Vokatra, le zombie, revenait du monde des morts afin de tourmenter les villageois. La belle Madagascar se contorsionne sous les coups de boutoir de sa douleur, de sa misère, mais une chose continuera, du moins tous les Malgaches l’espèrent, la valeur sacrée de leur terre. Tant qu’elle le sera, le retournement des morts continuera à être et ceci dans le respect des ancêtres. Si cette terre devait être violée, notamment à des fins mercantiles, les Malgaches perdront leur âme. Mais leur conscience veille, car la pauvreté ne saurait la terrasser. Dans ce recueil, le lecteur ne flâne pas mais pénètre dans des contrées pour la plupart sombres dont il ne ressortira pas indemne. Bon voyage.

Jean-Luc Raharimanana

6 décembre, 2008
_ MADAGASCAR _ | Pas de réponses »

raharimanana.jpg 

Au mois de novembre, en Indre-et-Loire (département du centre de la France), un collectif d’associations appelé « Afrique37 » a organisé des manifestations culturelles centrées sur le continent africain. Expositions, contes, griots, concerts et conférences étaient à l’ordre du jour. C’est au cours d’une de ces conférences ayant pour thème le journalisme en Afrique qui réunissait des professionnels français et africains que j’ai rencontré l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana présent pour la sortie de son dernier roman intitulé Za. Heureux de lui demander une dédicace, le petit fan que je suis, nous avons parlé une petite heure de son fantastique roman Nour 1947 et de la situation actuelle dans son pays.

A la lecture de Nour 1947, je lui ai fait par de ma difficulté voire de mon impossibilité à certains passages d’embrasser cette œuvre dans ses moindres interstices. J’avais conscience que mon esprit trop rationnel d’occidental ne pouvait pas accéder à un univers que seule l’âme malgache pouvait saisir. J’étais confronté à une altérité totalement infranchissable qui, je ne le cache pas, fut source de frustrations. Cette réflexion ne l’a pas du tout surpris. En effet, selon lui, la plupart de ses lecteurs français animés par leur rationalisme s’arrête à l’aspect historique, notamment aux répressions infligées par la puissance coloniale, la France, aux Malgaches qui ne voulaient pas d’une autonomie mais d’une réelle indépendance ; une répression qui a tué environ 100000 personnes. Certes son roman aborde cette tragédie tout comme d’autres tel l’esclavage, mais, précise-t-il, il se nourrit aussi d’une âme malgache façonnée par ses mythes, ses légendes, ses histoires anciennes. Les allégories, les métaphores, la poésie de son verbe renvoient à un monde originel, à une terre qui serrée dans une main transpire les cultures de ses hommes et femmes qu’elle nourrit ; une poignée de terre qui crie leurs espoirs, leurs peines, leurs douleurs. A ces mots, j’ai ressenti la nécessité de plonger à nouveau dans ce bouillon de vie et de détresse. Ainsi, cet homme reclus sur une île, ces enfants qui se jettent du haut d’une falaise et s’écrasent sur les récifs expriment une douleur irrépressible et originelle. Le lecteur pénètre dans une dimension métaphysique malgache. Nour 1947 en est d’autant plus précieux. C’est une œuvre multidimensionnelle.

A propos de la situation présente à Madagascar, Jean-Luc Raharimanana est débité. Revenons en arrière. L’indépendance acquise, cette île aussi grande que la superficie de la France ajoutée à celle de la Belgique est très vite confisquée par l’amiral Ratsiraka et ses sbires. Au nom d’un socialisme déshumanisant, une dictature impitoyable s’abat sur cette terre. Loin des projecteurs des pays occidentaux, la répression est impitoyable à l’encontre de toute voix discordante. Sur cette censure des esprits, l’auteur écrira, « des années de dictature où la parole fut organisée de façon où toute réplique soit annihilée ». Avec les pressions internationales, avec le fameux ou devrait-on dire fumeux congrès de La Baule et surtout grâce aux combats sans répit menés par les Malgaches, Ratsiraka, l’ami de Chirac, doit consentir à soumettre son pouvoir au suffrage universel. En janvier 2002, il est battu par son adversaire Marc Ravalomanana qui porte les espoirs de la démocratie. Le pays est en fête. Telle la Movida espagnole, les temps nouveaux de la liberté se profilent enfin. Mais très vite, précise l’écrivain, le désenchantement laisse place à la liesse. Ravalomanana gère le pays comme si ce dernier était partie intégrante à son patrimoine. A la gestion de cette méga entreprise privée qu’est devenue Madagascar, l’entrepreneur place sa famille, ses amis et autres proches. Qu’est-il devenu des opposants à l’ancien régime ? Si certains comme l’auteur, on les espère nombreux, continuent à résister, à dénoncer cette expropriation de fait, d’autres malheureusement ont rejoint les rangs pour piller une île déjà épuisée. Un exemple de cette expropriation : Ravalomanana a le projet de céder une part des terres, environ le quart de la superficie de l’île, à la Corée du Sud qui veut y cultiver du maïs transgénique qui alimentera non pas les greniers des paysans malgaches mais les multinationales agroalimentaires. Le projet est en voie d’être conclu. M. Raharimanana insiste sur le désastre social, économique, écologique et culturel qui découlera de cette entreprise monstrueuse. L’auteur n’en reste pas pour autant fataliste. Il n’a de cesse de dénoncer un pouvoir que l’on pourrait qualifier d’autocratie économique. Les pièces de théâtre dont il est l’auteur incarnent ces petits grains de sables qui gênent le bon fonctionnement d’une mécanique. Espérons qu’ils contribueront à établir enfin un État de droit à Madagascar.

**** Raharimanana, « Nour, 1947″.

7 août, 2008
Raharimanana J.L., _ MADAGASCAR _ | 1 réponse »

raharimanananour1947.jpg 

Comme il est merveilleux de lire, de plonger et de s’abandonner, les yeux fermés, ébahi dans un univers où la violence omniprésente est saisissante, marquée du sceau d’une intensité onirique. Ce n’est plus seulement une invitation au voyage que Raharimanana nous offre mais tout simplement une contemplation, celle-ci dans un dédale poétique sur une page de l’histoire sombre de Madagascar. En 1947, au lendemain de l’insurrection malgache contre la présence française, un homme, ancien tirailleur de la deuxième guerre, fuyant la répression coloniale, se réfugie dans une île abandonnée aux ronces et aux mangroves. Croyant l’île inhabitée, il découvre avec stupeur que des enfants, irrésistiblement attirés par l’horizon, se jettent régulièrement des hauteurs des falaises pour s’écraser contre les récifs. « Se perdre dans les eaux plutôt que dans la servitude, choisir le suicide plutôt que le martyre. Partir, rejoindre les terres mythiques alliées au ciel ». Avec cette peinture hallucinante qu’est « Nour, 1947 »,Raharimanana lègue un récit d’une grande beauté. Bien que les rapprochements avec d’autres auteurs sont souvent trompeurs, « Nour, 1947 » n’est pas sans rappeler certains passages fantastiques de l’œuvre de P. Chamoiseau où le mythe est un univers vivant de ses flammes. L’œuvre finie échappe à l’écrivain. Le lecteur se l’approprie. Il est seul, seul devant les pérégrinations auxquelles il donnera sa touche personnelle. « Nour, 1947 » a autant de déclinaisons que les rêves de ceux qui s’y perdent.

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