Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

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****Les cauris veulent ta mort !

22 octobre, 2009
_ NIGER _ | 1 réponse »

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Enfin une balade au Niger ! Un pays où malheureusement les œuvres littéraires ne franchissent que trop rarement les frontières de sable. Les cauris veulent ta mort ! est le titre d’une des neuf nouvelles de ce petit recueil édité en 1995 par la maison d’édition Sépia ô combien précieuse dans la diffusion de la littérature francophone. Quelle réussite ! Les écrivains nous font voyager dans un milieu, dans des mondes qui pour la plupart partagent la prégnance des traditions séculaires habitées par la magie. Celle-ci est partout telle une compagne immuable et capricieuse. Sa présence qui dicte la plus grande partie des us et coutumes se fait sous son visages le plus sombre : la sorcellerie. A l’instar des Djinns dans le nord du continent africain et le monde arabe, les esprits, le mauvais œil, l’appel aux forces mauvaises hantent les univers ici dépeints. Il est étonnant qu’il n’est fait que très rarement mention à la religion musulmane, les pratiques diaboliques prenant le dessus. A noter qu’à de nombreuses reprises la femme, en particulier celle à la beauté fatale et à la personnalité haute en autorité sur les hommes, est entourée, auréolée d’attributs magiques à l’envoutement irrésistible. L’homme se fait proie victimaire ; la femme : la maîtresse de la destinée, la prédatrice (La veuve au Ministre de Moustapha Bello Marka). Le recours au fantastique et à une prose magnifique faite de métaphores n’est pas sans rappeler l’univers magique et poétique des Contes des mille et une nuits ; la métempsychose (Les cauris veulent ta mort, Amadou Saïdou Amadou), le voyage de l’âme vengeresse (L’heure du harpon sacré, Abdoulaye Ali Maïga) renvoient aux mythes universels qui posent la condition mortelle de l’homme dans un Univers où il n’est que particule. Les auteurs ne s’éloignent pas pour autant d’un réalisme, d’un quotidien fait d’asphyxie : la dictature assassine (Monsieur l’inspecteur, Alfred Dogbè) ; le poids des traditions oppressives fait obstacle au progrès (l’entêtement des villageois de Zamani à s’opposer à la traction animale de la charrue car c’est contraire aux coutumes des anciens, Zamani, Abdoulaye Ali Maïga), l’application du droit islamique est inapte à la construction d’une société moderne (Les nécrophages, Abdou Harouna I) et enfin tous les autres préjugés tels ceux exprimés à l’encontre des victimes du sida : « Cette femme prenait le visage d’un monstre. Je la voyais se muer en Gorgogne. Pour tout l’or du monde, pour tous les diamants, toutes les terres, je ne la toucherais plus. Elle devenait soudain un être illicite, une intouchable » (Les cauris… op.cit). A ces maux s’ajoute la corruption qui gangrène le pays, assassine le petit peuple. De ces neuf nouvelles se dessine un Niger à la fois fascinant, prenant ses racines dans un passé mystérieux, et à la fois rebutant assiégé qu’il est au présent par l’immobilisme d’un monde en décadence. Les écrits ici proposés à notre lecture sont d’un grand ravissement, d’une grande pertinence, car faisant fi de toutes rebuffades.

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