Ballades et escales en littérature africaine

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Pie Tshibanda, Je ne suis pas sorcier !

13 avril, 2011
Pie Tshibanda, _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | 4 réponses »

pietshibandajenesuispassorcier.jpg« Qu’est-ce que la sorcellerie ? Est-ce vrai que les sorciers ont des avions mystérieux grâce auxquels ils se déplacent la nuit ? Que dire des ces soi-disant banquets au cours desquels ils mangeraient de la chair humaine ? », P. 83.

Pie Tshibanda est originaire du Kasaï et fait partie des nombreux Congolais venus au Katanga pour y travailler dans les mines. En 1995, une épuration ethnique à l’encontre des Zaïrois originaires du Kasaï éclate au Katanga. Ceux qui échappent aux massacres sont parqués tels des animaux des semaines durant dans des conditions épouvantables. Chez Tshibanda s’impose dès-lors l’urgence à dénoncer ces tueries dont il fut le témoin. En danger de mort en raison de ses révélations, il est contraint de quitter le Congo. Il obtient l’asile politique en Belgique où parallèlement à ses études supérieures il continue à s’adonner à l’écriture et à la mise en scène : y sont analysés entre autres les rapports des anciens colonisateurs avec les africains et certaines composantes consubstantielles à la société traditionnelle congolaise telle la sorcellerie dans ce court écrit de 1981. Une sorcellerie qui n’est autre qu’un des acteurs sociaux majeurs de la société traditionnelle congolaise : «Elle  est la contrainte la plus vigoureuse et la plus constante de nombres de vies zaïroises et africaines», V.-Y. Mudimbe, préface, p.7.

Dans Je ne suis pas sorcier !, un enfant, garçon bossu, fait l’amère expérience des conséquences sociales de l’inculpation pour sorcellerie le jour où sa famille est bannie du village sous le fallacieux prétexte que son père aurait commis un tel crime. Dès leur le hantera cette interrogation, son aîné est-il réellement un sorcier ? Il n’obtiendra la réponse que des décennies plus tard à l’aube de la dernière respiration de son père. Entre-temps et tout au long de sa vie, le garçon sera amené à mettre à l’épreuve des faits quotidiens l’existence ou non de la magie noire et les raisons qui portent sur les choix des accusés ; une étude qu’il fera moins au regard des sciences rationnelles – ici opposées aux traditions – qu’à la lumière d’une loi à la fois sociologique et psychologique, le principe d’empathie. Progressivement il comprendra que la société traditionnelle recours à la sorcellerie comme outil de sa régulation : il s’agit en l’occurrence de prouver l’utilisation d’actes interdits par la communauté car ces pratiques surnaturelles  et leurs résultantes sont causes de dérèglements et autres maux sociétaux. La sanction du coupable – ici le bannissement – est vue comme le moyen du retour à un ordre naturel fixé par les coutumes séculaires. Pour établir les preuves de culpabilité différents moyens sont utilisés dont les jugements du féticheur « légal«   – un homme pas toujours désintéressé – ou encore l’ordalie.

« Le chef s’éclaircit la voix avant d’articuler :

_ Vous venez tous d’assister à la scène. Vous avez aussi constaté que le féticheur continue d’accuser la femme malgré son impuissance à prouver ce qu’il avance. Nous allons en finir une fois pour toutes en passant par l’épreuve de l’anneau. Elle consiste à enfoncer sa main dans la pâte bouillante pour y chercher l’anneau. Le coupable se brûlera. Le notable enfonça sa main le premier et sortit l’anneau. Il le montra au public avant de le replonger dans la marmite. « Avancez tous les deux », fit-il. Il alimenta encore le feu, la femme gardait son sang froid en suivant du regard les gestes du notable (…). Sans hésiter un seul instant, elle enfonça la main dans la casserole et sortit l’anneau. Le public applaudit.

_Féticheur, cria le vieux roi, à toi !

Le féticheur ruisselant de sueur, s’approcha difficilement de la marmite. Quand il vit la vapeur qui s’en échappait, il fit deux pas en arrière comme pour fuir… », pp. 42 et 43.

Le jeune homme prend conscience que le plus souvent il s’agit moins d’un sorcier qu’un bouc émissaire condamné à la vindicte populaire ; pauvre bougre qui n’a de coupable que ses particularismes et sa fragilité jugés anormaux et donc illégitimes au regard des critères traditionnels imposés à la communauté et acceptés par celle-ci : par exemple la très grande misère, la parenté, la maladie, la stérilité ou encore l’infirmité comme celle d’avoir… une bosse sur le dos !

« Pourquoi ne puis-je pas vivre en paix comme tous les enfants du monde ? Pourquoi le destin de mes parents doit-il influer sur ma vie ? Misérable enfance ! L’on m’avait dit pourtant que c’était une période d’innocence, d’insouciance et de joie, mais qu’avais-je entendu ? Partout, le même regard plein de méfiance, les mêmes paroles méprisantes : _ Il est le fils du sorcier, et sur son dos, une bosse qui n’arrête pas de grossir. », p. 9.

L’accusation est bien souvent si ce n’est toujours le fruit empoisonné de la peur, de la cupidité, du mensonge, de la superstition. Ne vaut-il mieux pas fuir la communauté villageoise et se réfugier dans les grandes villes anonymes ? Peut-être, mais c’est au tour de l’individualisme forcené de frapper. Et gare aux plus faibles !

Son père est-il vraiment un sorcier ? Des années sont passées, l’âge adulte est arrivé. Et le vieil homme mourant de lui répondre, « Je ne suis pas un sorcier ! ».

Voilà donc un court texte où Pie Tshibanda se fait héraut de la tolérance, de la solidarité et de la lutte contre toutes superstitions. La sorcellerie est ici attaquée moins sur ces pratiques, c’est-à-dire actes étranges aux effets extraordinaires, que sur les relations personnelles qu’elle fait naître entre la victime, l’accusateur et les soi-disant coupables. On regrettera toutefois le tour trop didactique de l’écrit qui se fait au détriment de la fiction qui par moment prend les allures d’un vernis romanesque. Le style y est simple, trop peut-être : des phrases linéaires courtes au vocabulaire et à la grammaticale sans originalité ; une simplicité qui renvoie probablement à la jeunesse du narrateur, l’infortuné bossu. Peut-être est-ce dû aussi au fait que cet écrit semble s’adresser à un jeune public dans le cadre de spectacles scéniques.

pietshibanda.jpgPie Tshibanda, Je ne suis pas sorcier, 1981, coll. Le grand miroir, Pocket, poche, 126 p., rééd. 2008.

*** Mputu Nzeza Kiluangu, Quiproquo national.

28 septembre, 2010
Mputu Nzeza Kiluangu, _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | 7 réponses »

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L’histoire que nous propose l’écrivain congolais Mputu Neza Kiluangu, nom à la prononciation bien aléatoire pour un campagnard tourangeau comme l’est votre serviteur, est digne des meilleurs romans à rebondissements. Voyez par vous-même. En Guinée du Nord, pays de l’ouest du continent noir, un dictateur implacable et psychopathe, Mamadoo II, dirige ses sujets ou devrions-nous dire ses victimes d’une main de fer ; un régime mis au banc des nations, car faisant de la torture et des exécutions capitales des plus arbitraires un spectacle quotidien, télé-réalité à l’exotisme barbare peu enviable. Dans ce coin d’Afrique francophone, ô grand malheur pour les gaullistes et les mafieux corses, la « Françafrique » est menacée : les intérêts de la glorieuse nation française, gallinacé jaloux de ses prébendes, sont dangereusement ballottés par ces diables de bridés au teint jaunâtre, les chinois qui entendent mettre la main sur les richesses nationales ; une ambition démultipliée avec les découvertes d’or noir. Croyez-le ou pas, mais mes chers compatriotes des renseignements militaires sont appelés à la rescousse par le gouvernement du Pays des Lumières afin de voir quel est le profil de l’anguille chinoise dissimulée sous le rocher. C’est dans ce contexte géopolitique à la fiction faussement caricaturale que notre jeune couple maudit Seck et Fanta est largué sans parachute de secours. Un soir de fièvre dans le maquis « Le riz qui n’a pas de goût », sous les yeux de son fiancé Seck, citadin de la dernière heure et besogneux maçon, Fanta, vendeuse de bricoles et autres colifichets, bouge son gros fessier au rythme du Ndonbolo ; mouvement lascif qui ne laisse aucunement indifférent son prochain spécialement quand il s’agit de Gary Evoloko, le pape national du porno. Rendez-vous est pris. Dans le secret, sur son lieu de travail, Fanta doit rencontrer le magnat porcin pour faire des essais qui croyez-moi ne sont en rien une partie de marelle entre jeunes pucelles. Malheureusement l’arrivée inopportune sur le lieu du vice de Seck va être le déclencheur d’une machine infernale : alors que la rixe née du conflit d’intérêt sur Fanta bat son plein, un policier est tué. Seck est accusé à tort de meurtre puis embastillé dans la prison centrale du pays connue de toutes les ligues de défense des droits de l’homme, multinationales planétaires. Dès lors commencent les tribulations de Fanta qui entre scènes de porno et location de son derrière va tout tenter pour sauver son amoureux ménestrel. Et peu lui importe que la stabilité du pays soit menacée. La petite histoire va en effet rejoindre la grande dans un entrelacs effréné. Cessons les bla-bla inutiles. Quiproquo national est un roman palpitant, léger, rythmé, grâce auquel le lecteur sourit et même parfois jubile. Les péripéties et retournements des situations dans lesquelles sont empêtrés les personnages sont bien souvent déconcertants et désopilants alors que les descriptions de la vie quotidienne sont croquantes de plaisirs et en rien anachroniques.

« Lorsque le DJ balança un morceau de mapouka, la foule fut presque prise d’un délire jouissif. Les femmes bougeaient leur postérieur sans la moindre vergogne. Les pantalons moulants et les pagnes de tissus fins, bien serrés contre le corps, laissaient imaginer ce qui s’y cachait. Les jeux de lumière de la boule d’ambiance agissaient sur les nerfs des ambianceurs . Les hommes ne chômaient pas du tout. Ils venaient danser derrière les femmes. Plus d’un était subjugué par ces gros postérieurs gonflés au Duralin et au cube Maggi. », p. 7. On si croirait !

Ce livre a donc pour ambition légitime de faire passer à son lecteur un très bon moment et de lui faire oublier les péripéties pas toujours amusantes de son quotidien. Un but ma foi honorable. Toutefois il y a deux bémols. Et quels bémols ! Le style est souvent maladroit. Certes, on me répondra que ce roman ne joue pas dans la cour des grands et son objectif n’est en rien d’être sélectionné par l’Académie Française. Tout de même cela fait tache. Deuxième bémol et selon moi le plus terrible, que de fautes d’orthographes et grammaticales ! C’est inacceptable tant de la part de l’écrivain que de l’éditeur. C’est à se demander si ce dernier a fait son travail. Il est vraiment dommage que ces péchés contrarient fortement une lecture où l’on prend plaisir à suivre le cheminement d’une histoire au demeurant fort distrayante.

Mputu Nzeza Kiluangu, Quiproquo national, Acoria Editions, 2010, 206 p.                 

*** « Chroniques du Katanga ».

17 mai, 2009
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Les Éditions Sépia proposent un catalogue d’ouvrages d’écrivains africains précieux tant par la qualité des publications proposées que par le soucis de mettre sur le devant de la scène littéraire des auteurs dont les écrits sont pour la plupart confidentiels. Cet effort o combien méritoire, celui d’être un pont entre les cultures francophones, est une nouvelle fois réalisé avec la publication d’un petit ouvrage tout simplement nommé Chroniques du Katanga. Comme pour le précédent consacré à Madagascar, une préface fait un bilan concis et pertinent de la situation géopolitique de ce territoire de la République Démocratique du Congo et des incidences qui en résultent sur la culture contemporaine Katangaise ; ici, de l’appropriation d’un état de douleurs insondables par des écrivains qui de leur plume sont des résistants au nihilisme que sont les guerres, la misère économique et morale avec leurs cortèges de massacres, de viols, de pillages des ressources naturelles et de corruption généralisée. Le Katanga est à genoux mais ne succombe pas à ces crimes qui ne soulèvent l’indignation de la communauté internationale que le temps d’un court reportage en prime time sur les chaines télévisées occidentales et d’une disposition onusienne prise dans le seul dessein de se donner bonne conscience. La beauté de ces écrivains est d’autant plus méritoire que le Katanga est une enclave francophone isolée. Elle est séparée du reste de la R.D.C. par les sursauts dramatiques de l’histoire et qui plus est a pour voisin une entité linguistique différentes la Zambie dont la capitale Lusaka est bien plu proche que Kinshasa. Quatorze écrivains inconnus de de la scène littéraire francophone se sont prêtés au jeu difficile de la nouvelle. Ces écrits font tous état d’un Katanga contemporain meurtri. Le cynisme et les meurtrissures apparaissent dans ce camp de réfugiés ou une ONG internationale connue de tous a la bonne idée d’installer une télévision transmettant les images de l’intervention de l’OTAN venue au secours des Kosovars made in Europe. Mais ou est donc ce porteur de sac de riz surmédiatisé ? Tenter de recourir aux autorités locales pour être protégée ? Effort vain : la corruption gangrène les institutions religieuses, militaires et les services qui n’ont de public que leur nom. L’être possédé par l’égoïsme et la terreur se dissolve dans la décadence. Quand les enfants échappent à la condition infernale des enfants-soldats, la menace d’être abandonnée dans les rues à voler où à se prostituer pour survivre est grande. Pourtant au quotidien des pères et mères de famille, héros anonymes, continuent à vivre comme ce mineur qui en dépit des risques s’enfonce dans cette mine de cuivre, hante de vie et de mort. Que dire de cet homme qui dénonce la condition d’esclave de ses compères mineurs en dépit de la sauvagerie des milices vouées aux intérêts mercantiles de groupes internationaux. Plonger dans ce recueil c’est emprunter des destinées meurtries. C’est aussi remercier, rendre hommage à ces auteurs qui se battent pour que le silence ne tue leur terre. Il est vrai que la qualité des nouvelles proposées est inégale mais il serait dommage de bouder certains récits qui méritent d’être connus de tous, en particulier L’éclat de la sagesse de Sumba Maly, extrait d’un conte cruel à la prose magnifique.

**Mudinbe, V. Y., « Entre les eaux ».

7 août, 2008
Mudinbe V. Y., _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | Pas de réponses »

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Mundimbe, V. Y., est né au Zaïre en 1942. Il sera confronté aux affres du colonialisme, aux combats sanglants pour l’indépendance et à la terreur de la dictature de fer de Moboutou et de ses sbires, soutenus qu’ils seront par les puissances occidentales qui en pleine guerre froide voyaient dans cette tyrannie un allié stratégique contre le communisme. Cet intellectuel qui collectionnera les titres universitaires et les chaires parmi les plus prestigieuses s’interroge dans son roman, « Entre les eaux », sur les devoirs attachés à la prêtrise d’un africain et les combats menés par ses compatriotes pour une autre vision d’un monde censé être plus juste. Pierre Landu, Africain, prêtre de son état, est un intellectuel titulaire d’un doctorat en théologie qui a évolué pendant plusieurs années dans le cercle confiné et luxueux de Rome. Toutefois, en dépit de ses prières, des longues discussions avec ses coreligionnaires, des lectures des recueils des Pères de l’Eglise, il ne réussit pas à entrer en communion avec le Christ. Comment ce fait-il que les canons du catholicisme ne parviennent-il pas à éliminer les inégalités dans son pays ? Les évangiles sont-ils inopérants lorsqu’il s’agit du respect de la condition humaine des plus pauvres, notamment de ses concitoyens ? Peu à peu, dans le dédale de ses réflexions, l’application du catholicisme tel qu’il lui a été enseigné lui apparaît comme un vecteur essentiel du colonialisme. Le brûlot qu’est l’exercice de sa religion en vertu des principes de Rome favorise selon lui le fondamentalisme de la civilisation chrétienne occidentale et aucunement une Eglise en harmonie avec un nouveau monde sur la voie du développement. Le pasteur se doit d’être de façon permanente auprès de ses ouailles pour que le catholicisme aille en profondeur. Ne jamais les abandonner, où que puissent-elles-être. Retrouver « l’africanité ». Dès lors, se pose à lui la difficile problématique : peut-il se faire d’être un africain doté de son identité culturelle tout en étant un bon chrétien ? Confrontés à ses tourments, il décident de quitter ses privilèges et de rejoindre l’armée de libération marxiste en espérant trouver le chemin christique. Mais guerroyer, tuer, être sensible aux thèses marxistes et léninistes ne sont-ils pas un abandon de la foi ? Un renoncement au Christ ? « Entre les eaux » est un perpétuel questionnement, une remise en cause du catéchumène sur la voie divine. Des interrogations continuelles, certes dignes d’intérêt, mais qui prennent au fil de la lecture la forme d’une litanie. Cette longue énumération de plaintes dans un récit parfois abscons risque de déconcerter, de décourager le lecteur. Page après page, le roman devient bien trop ennuyeux. L’auteur donne parfois l’impression d’abandonner le style romanesque pour celui de l’essai. Ce roman, « Entre les eaux » est toutefois une référence pour tous ceux qui seraient intéressés par les thématiques développées par Mundimbe. Pour les autres, il serait peut-être plus opportun de passer son chemin.

*** Achille F. Ngoye, « Sorcellerie à bout portant ».

7 août, 2008
Ngoye Achille F., _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | Pas de réponses »

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« Sorcellerie à bout portant » est mon polard préféré d’Achille F. Ngoye. Nous retrouvons comme dans les deux précédents opus, un langage fleuri, c’est le moins que l’on puisse dire, un humour parfois sarcastique et enfin un fatalisme chère à l’auteur. Le personnage principal du roman, Kizito, quitte Paris pour le Congo afin d’assister aux obsèques de son frère qui aurait été marabouté, aux dires des proches de la victime. « Deux jours plus tôt, Tsham avait déniché des gri-gris devant son burlaingue. Sa pétoche gratinée, lui qui charriait la gent fétichiste, les marabouts et les maraboutés, les tronches vouées au maraboutage. Au réveil trouvant un colis marabouté il appelle en renfort, l’aumônier papiste qui procéda à une séance d’exorcisme en live ». Pour Kizito, le rationaliste, ces racontars ne sont que de maudites superstitions servant à dissimuler les vraies raisons. Une fois les funérailles faites, il compte retourner à Paris… Un projet bien ambitieux, car Quizito, dès son premier pied posé sur le tarmac de l’aéroport congolais est aspiré dans une succession de déboires et de maraboutages. Mais quels en sont les motifs et les coupables ?

*** Achille f. Ngoye, « Ballet noir à chateau rouge ».

7 août, 2008
Ngoye Achille F., _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | Pas de réponses »

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Voici le retour d’Achille F. Gnoye, notre nouvel Audiard des Afriques du XVIIIe arrondissement de Paris. Ce zig n’arrive pas les mains vides. Il nous a concocté un Polard à la sauce africaine où le piment n’est pas fait pour les petits joueurs et autres amuses tuyaux. Nous sommes d’autant plus heureux que nous retrouvons dans ce second opus une écriture très fleurie comme à son habitude et une profondeur digne des meilleures romans noires. Une qualité que n’avait pas  » Agence Black Bafoussa « . Le récit commence en Afrique. Kalogune reçoit un ordre d’une organisation secrète. Il est chargé d’une mission importante : retrouver un Malien égaré dans Paris et vérifier qu’il n’a pas d’ennuis. Mission en main, une fois arrivé, il se met de suite au taffe… Pour notre plus grand plaisir, son boulot est centré sur le XVIIIe arrondissement et son enquête nous conduit dans les rues, les commerces, et les troquets le jour comme la nuit. De même, il nous présente une galerie de personnages plus ou moins louche. Ici, les femmes de joie pour les consommateurs désespérés :  » Sur l’autre rive du trottoir, adossé à la vitrine d’un magasin, quatre vielles gloire maghrébine proposaient leurs charmes discutables, à tarif certainement discutable, aux déracinés en mal de trinquer du nombril.  » Avec ses investigations, Kalogune prend conscience que non seulement son protégé a de gros ennuis, mais qui plus est avec des types qui ne sont pas des nourrices. Ce roman d’Achille F. Gnoye est aussi imagé que fataliste. C’est un merveilleux petit kébab sauce piquante. Goûtez y !

** Lomani Tchubamda, “Ngando et autres récits”.

7 août, 2008
Lomani Tchubamda, _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | Pas de réponses »

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Dans son ouvrage paru en 1948, « Ngando et autres récits », Lomani Tchubamba, Zaïrois, décrit la confrontation de l’imaginaire de son peuple, les Bantous, à la puissance coloniale porteuse d’acculturation. Les trois œuvres d’une soixantaine de pages chacune qui se présentent sous la forme de contes se veulent-être le témoignage de ce mariage imposé dans la douleur et le sang. Le premier récit, « Ngando », narre le destin du jeune Musolinga qui par son vol de fruits dans le jardin de la sorcière maman Ngulube, est transporté dans les profondeurs du fleuve Congo par un crocodile, commissionnaire de la diablesse, pour y être châtié par la mort. Ainsi les esprits démoniaques en ont-ils décidé. Son père part alors dans une odyssée pour sauver son fils du sort maléfique qui lui est réservé. Le combat des forces obscures contre la nature humaine permet à Lomani Tchubamba de mettre en avant les spécificités d’un univers Bantou inaccessible à la rationalité occidentale. Dans le second opus, « Faire médicament », les habitants d’un petit village sont dans la détresse quand ils apprennent que le représentant du pouvoir colonial vient collecter le coton alors que les quotas de production n’ont pas été satisfaits. Apeurés, les villageois prennent la fuite et s’installent dans la forêt alors que leurs représentants sont embastillés. Les exactions des autorités engendrent une succession de révoltes spontanées qui à la surprise de tous mettent en branle les fondations de l’ordre colonial. Avec cette nouvelle, et cela en dépit de la censure, Lomani Tchubamba réussit à mettre à la connaissance de tous les travaux forcés imposés à une population corvéable à merci. Nous retrouvons l’imaginaire avec le dernier récit, « Légende de Londema ». Kintélé, un noble dignitaire d’un empire détruit par une tribu barbare, s’installe avec ses deux enfants près d’une rivière et devient pêcheur. La terre où il bâtit son nouveau foyer fait partie d’un royaume où l’intrusion de tout étranger est bannie. Après délibération, le roi et sa cour décident d’occire les nouveaux venus. Alors que les sicaires s’apprêtent à commettre leur besogne, surgit un esprit des eaux qui les assassine et entraîne les rescapés dans une ville légendaire invisible à tout être humain. Ce dernier conte est le plus abouti. Car là est le problème, les digressions souvent inutiles ou mal venues rendent difficile la lecture. Que de longues analyses besogneuses où le lecteur à l’impression à certains moments de quitter l’œuvre romanesque pour un essai sur la colonisation du Zaïre. Qui plus est, le style est trop académique, voire ampoulé. Toutefois, ces trois courts récits qui composent ce recueil sont d’un intérêt certain, car ils représentent les toutes premières œuvres de fiction en prose zaïroises. Il est donc nécessaire d’apprécier ces écrits dans ce contexte singulier. Pionnier, Lomani Tchubamba est considéré par le colonialisme de Léopold II puis par la puissance coloniale belge comme un « civilisé », le degré le plus élevé de la hiérarchie raciale accordé à de rares indigènes. Dans cette situation inconfortable, l’écrivain déchiré entre sa culture traditionnelle et celle importée dite « rationnelle », qualification et opinion dont il fait part à de nombreuses reprises, tente à la fois de concilier ces deux entités et à d’autres reprises de les opposer. Par conséquent, c’est moins dans son aspect littéraire mais plutôt de par sa force historique que l’ouvrage de Lomani Tchubamba mérite d’être lu. Sur le thème de la naissance d’une littérature zaïroise, il est indispensable de lire l’essai d’Antoine Tshitungu Kongolo, « Aux pays du fleuve et des grands lacs ». Pour ceux qui désirent voyager en Afrique par la littérature, le recueil de Lomani Tchubamba est une halte dont le lecteur peut se passer

**Bolya, « Les cocus posthumes ».

7 août, 2008
Bolya, _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | Pas de réponses »

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Bolya, né en 1957 et originaire du Congo-Kinshasa, nous dévoile avec ce roman, Les cocus posthumes (2001), un genre relativement nouveau dans les littératures africaines, le Polard. L’action se déroule à Paris où une secte franco-africaine pratique des sacrifices propitiatoires de nouveau-nés. Mais le fameux inspecteur Robert Nègre est là pour rendre justice. Pour cela, il devra aller dans les profondeurs aux eaux croupies et nauséabondes de l’âme humaine. Derrière cette secte, l’auteur dissimule une autre vérité : les tyrans finissent toujours par être appréhendés et jugés. Ce roman avec cette trame ambitieuse laisse tout de même le lecteur sur sa fin, car les rapprochements, les allusions aux tyrannies les plus atroces ne sont pas toujours claires.

**Achille F. Ngoye, « Agence Black Bafoussa ».

7 août, 2008
Ngoye Achille F., _ REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO _ | Pas de réponses »

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Avec  » Agence Black Bafoussa « , Achille F. Ngoye a le prestige d’être publié dans la  » Série noire  » des éditions Gallimard. C’est une récompense pour cet auteur atypique. Cette reconnaissance aura pour principale conséquence l’écriture de plusieurs autres polards dont  » Sorcellerie à bout Portant « , ou encore  » Ballet noir à Château Rouge « , et cela pour notre plus grand plaisir. À l’instar de la plupart de ses autres polards, le principal personnage évolue dans le Paris du XVIIIe. Dans cette petite Afrique parisienne, le lecteur est saisi par une langue faite d’argots français et de bric et de broc d’Idiomes africains ce qui forme une mixture franco-africaine délicieuse à lire. À ce stade, au regard de la forme et du décor posés, nous pouvions nous réjouir de ce roman. Malheureusement, le fond n’a pas la même consistance que la forme. Et pourtant la trame était intéressante : Qui a tué Danga, réfugié à Paris, et opposant notoire à la dictature de Pupu Muntu, dictateur indéboulonnable du Kalina ? Un homme de main du potentat ? Ou bien ce meurtre est-il la conséquence d’un crime crapuleux. En effet Danga n’était pas un Ange : Comment Donga faisait-il pour entretenir sa poule et mettre de l’huile de palme dans ses feuilles de manioc ? « .

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