Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

Archive pour la catégorie '_ SENEGAL _'


**** Abasse Ndione, « Ramata ».

25 juillet, 2009
Abasse Ndione, _ SENEGAL _ | 3 réponses »

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Abasse Ndione écrit noir sur blanc le quotidien d’un Sénégal fait d’espoir et de dégénérescence. Une gangrène qui mortifierait tout les pans de la société si ce n’était la résistance d’esprits courageux et saints. Et cependant, en dépit de ces croisés, le pessimisme n’est-il pas le grand victorieux ? De la société dépeinte dans Ramata, que d’impunités d’une élite perdue dans les vices de la corruption, excès de pouvoirs, prévarications, impunités _ la liste est bien trop longue _ qui par le jeu des vases communicants pourrissent la société dans son ensemble. Décidément Abasse Ndione ne se fait pas le héraut du compromis. Nous aurions pu supposer que celui-ci, homme longiligne aux allures de vieux sage musulman avec sa barbe blanche serait issu de l’intelligentsia sénégalaise qui pris de dégoût et de remords se serait mis en rupture des siens dont la soif de pouvoir est inextinguible. Ce n’aurait pas été la première fois. Et bien pas du tout : Abasse Ndione est un infirmier de brousse à la retraite qui aidé de ses stylos Bic transcrit sa lucidité. De son état, de sa modestie, il en fait part dans un interview donné au Monde le 6 septembre 2008 : « J’ai commencé par l’école coranique, comme tout le monde. Mais ensuite, c’est notre père qui nous a poussés, mes frères et moi, à aller à l’école française. Au village, sur une centaine d’enfants, nous étions une poignée à y aller. Les gens disaient « Ceux qui apprennent le Français, quand ils seront morts, ils iront en enfer ! » Moi, je voyais les vieux qui jouaient aux cartes et qui parlaient français : et eux alors, je demandais, ils iront aussi en enfer ? ». Non, Abasse Ndione n’ira pas en enfer, du moins à ce que nous en savons, mais nous n’en dirons pas de même de Ramata et de ceux qui de gré ou de force empruntent les pas de cette déesse qui par la fatale beauté de sa croupe met à genoux tout les hommes qui croisent son chemin. Ramata, femme fatale dont la cinquantaine n’émousse aucunement sa beauté et l’écume de sa sensualité hypnotisante, est l’épouse du garde des sceaux de la République sénégalaise. Pas la dernière à user et abuser des privilèges que lui octroie son état, sa seule préoccupation est les hommes. Sa consommation de bipèdes masculins est sans fin, ce qui avouez-le peut apparaître très étonnant venant d’une femme frigide. Il est vrai qu’il faut s’attendre à tout de la gente féminine. Mais attention, Ramata est une femme de la haute société dont les victimes qui se vautrent en elle _ nous y rencontrons aussi des femmes _ ne sont que des objets de sa quête : pouvoir jouir au moins une fois dans sa vie ! Elle vendrait tout, sa fortune, sa famille et pourquoi pas sa raison pour pouvoir enfin connaître à cinquante ans l’orgasme que toute femme bien faite est en droit d’attendre des joutes sexuelles. Que de victimes Ramata va semer dans sa quête du Saint Graal jusqu’à la rencontre de l’élu dont la verge sera lui faire découvrir l’extase himalayenne. Mais cet étalon prodigieusement talentueux est le descendant d’un homme qui a laisser sa vie lors de sa première et unique rencontre avec Ramata il y a une vingtaine d’années. Les mécanismes d’une divinité sans pitié vont dès lors se mettre en branle pour le plus grand malheur de la mante religieuse dont la souffrance la mènera aux confins de la folie. Abasse Ndione nous offre un petit régale comme on en rencontre guère ; un régale où les plus honnêtes côtoient des vermines qui assument sans vergognes leur statut. Avec sa plume acérée, l’écrivain se fait sociologue, et ceci avec le plus grand talent. Merci Monsieur Abasse Ndione.

**** Sadji Abdoulaye, « Maïmouna ».

5 janvier, 2009
Sadji Abdoulaye, _ SENEGAL _ | 79 réponses »

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Maïmouna, roman paru en 1958, appartient aux classiques de la littérature sénégalaise. Sadji Abdoulaye est né en 1910 à Rufisque. Après des études coraniques et ses premiers pas dans le cursus républicain, il entre à l’Ecole Normale William Ponty, une institution où sont formées les élites indigènes affectées à des postes à responsabilité dans l’administration coloniale. En 1929, il devient l’un des premiers instituteurs africains et en 1932, le deuxième bachelier sénégalais. Entre les deux guerres le personnage prend une dimension politique et culturelle de référence en se lançant dans le combat pour l’indépendance de son pays et en posant les premiers jalons de la négritude. De lui, son illustre compatriote Léopold Sédar Sangor avec qui il collabora, écrivit, « Abdoulaye Sadji appartient, comme Boris Diop, au groupe des jeunes, qui, dans les années trente, lança le mouvement de la négritude. Il fut l’un des premiers jeunes sénégalais, entre les deux guerres, à combattre la thèse de l’assimilation et la fausse élite des évolués ». Cet impératif à défendre la culture de son pays est une constante dans son œuvre. Il en va ainsi avec son roman Maïmouna. Dans un village reculé, Daro, veuve et pauvre, élève sa jeune fille Maïmouna. Vivant des maigres revenus de son petit commerce sur les marchés, Baro entoure sa fille d’un grand amour, surtout depuis que son aînée Rahinna est partie vivre à Dakar après s’être mariée avec un « évolué » qui occupe des fonctions importantes à Dakar. la jeune Maïmouna adore la vie au village. Peu importe que la case de sa mère soit délabrée et qu’elle soit l’une des jeunes filles dont les parures sont les moins coûteuses et élaborées. Quel délice d’être choyée par une mère courageuse. Et que dire des fêtes qui agrémentent la vie dans la brousse comme celle qui suit la fin du Ramadan. Pour cette occasion, Daro fait preuve d’ ingéniosité et sacrifie un peu de son argent pour que sa fille rivalise en beauté avec ses petites amies. Comme il est merveilleux de contempler aux sons des percussions les trémoussements magiques de cette gamine à la grande beauté. Certes, la vie villageoise est routinière : au levé, un exercice éprouvant pour la lève-tard, donner à manger aux poules, préparer le repas et l’apporter à sa mère, commercer à ses côtés, puis retourner à la case quand les rayons du soleil faiblissent. Ainsi les jours se succèdent. En dépit des lettres de Rahinna qui demande à sa mère de lui confier l’éducation de sa sœur, Baro s’y refuse. Son amour pour sa fille et la peur de la solitude l’y empêchent. Mais avec la puberté Maïmouna se lasse de la vie au village et de la pauvreté. Elle devient aigrie, injuste voire insultante à l’encontre d’une mère qui se démène pour leur survie. L’adolescente rêve de la vie à Dakar qui semble si merveilleuse à la lecture des lettres de sa sœur. Baro doit se rendre à l’évidence, elle doit céder et laisser partir sa fille rejoindre Rahinna qui mène une vie luxueuse grâce aux revenus de son époux, cela au milieu d’une cour où personnages importants, imposteurs et parasites sont entretenus. Grisée par un quotidien fait de flâneries, de richesses, de mondanités et de fêtes, à mille lieues des besognes villageoises, Maïmouna plus belle que jamais ne prend pas conscience qu’elle devient un objet de convoitise. Très vite, les prétendants au mariage se bousculent. Rahinna veille à ce que sa cadette soit l’épouse d’un homme de valeur au patrimoine bien doté. Il en va de sa réputation. Elle ignore les sentiments de sa jeune sœur qui lui doit obéissance. Et pourtant, le cœur de Maïmouna peu averti de l’univers dakarois a des sentiments qui s’accommodent difficilement aux enjeux prosaïques d’un mariage de raison. Les effets dévastateurs de la tourmente approchent. Dans son roman, Abdoulaye Sadji, très attaché à sa culture, fait une distinction très nette entre la vie villageoise et celle trépidante de Dakar. La première, incarnée par Baro qui prend les habits de la raison, est faite de volonté, d’un dur labeur au quotidien, de la valeur de la vie et de l’humilité que tout homme doit avoir face à son destin. A Dakar où « les agglomérations indigènes s’étalent [et] forment comme une ceinture d’ordures », la vie est semée de pièges, de tromperies, d’illusions. Sans se laisser aller à une opposition irréconciliable d’un monde naturel et par-là-même vertueux que serait le village, et celui de la cité pervertie où les hommes noyés dans la multitude auraient perdu le sens de leurs origines, il est incontestable que l’écrivain dénonce une dérive, une crainte, que l’Africain perde son identité. Une dénonciation qui devient acerbe quand il décrit l’univers inconsistant de ses africains appelés « évolués » par le maître colonisateur, qui ne rêvent que d’assimilation et s’isolent de ce qui leur apparaît être l’inculte plèbe, leurs compatriotes des faubourgs et de la brousse. Assurément, Maïmouna pure puis égarée, à l’innocence violée, est l’allégorie d’une Afrique en transition qui à la veille des indépendances doit faire le choix de son destin : elle ne doit pas renier l’authenticité de ses origines tout en étant ouverte à une modernité qui lui permettra de répondre aux défis à venir. Un enjeu qui semble être encore d’une grande actualité.

****Aminata Sow Fall, « La grève des battù ».

7 août, 2008
Sow Fall Aminata, _ SENEGAL _ | 13 réponses »

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Avec Animata Saw Fall, le lecteur emprunte un sentier éclairé par le talent de l’écrivain qui fait de chacun de ses ouvrages des incontournables de la littérature. Des écrits qui sont reconnus bien au-delà des frontières du continent africain. Dans son roman « La grève des bàttu », l’ironie, l’humour, l’exclusion, la douleur se croisent et s’entrecroisent dans le tintamarre des voitures, le chahut des personnes pressées de rejoindre leur travail et de pauvres hères à la recherche comme tous les jours d’un petit « business » pour nourrir la famille. Dans cette métropole, probablement Dakar au regard de la nationalité de l’écrivain, se concentrent aussi dans les rues et les carrefours du centre ville de nombreux bàttu, les mendiants qui sont essentiels à l’équilibre social de la métropole. En effet, par un don de quelques francs, le donateur bénéficie d’une prière et par sa bonne action, conforte sa foi. Mais le quotidien est bouleversé. Les édiles, pour des raisons touristiques, ne veulent plus voir un seul mendiant dans le centre ville. La cité se doit d’être « propre » ! Face à cet affront, les mendiants se regroupent tel un syndicat dans leur lieu de rassemblement pour discuter de leur mise à l’écart. Déconcertés, ils décident de se retirer et de ne plus mendier. Cette « grève » des Bàttu bouleverse le quotidien des travailleurs et autres donateurs potentiels. La mise à l’écart des bàttu ne permet plus de se protéger contre le malin par une prière et quelques dons. Les voix pour le retour des mendiants se font de plus en plus fortes. Mais les Bàttu restent fermes sur leurs positions : la municipalité doit abandonner son projet d’aseptiser le centre ville.

***Ousmane Sembene, « Les bouts de bois de dieu ».

7 août, 2008
Sembene Ousmane, _ SENEGAL _ | 31 réponses »

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Ousmane Sembene, Sénégalais, apprécie le roman comme l’un des supports le plus approprié à relater le fait historique. Ainsi, c’est tout naturellement qu’il emploie la littérature pour témoigner de la grève des cheminots sur la ligne Dakar-Niger, du 10 octobre 1947 au 19 septembre 1948. Pendant presque une année, les cheminots, appelés aussi « les bouts de bois de dieu », feront grève en raison de leurs conditions de travail et de leurs salaires. En dépit d’une direction hostile attendant que le mouvement de contestation pourrisse et de la mobilisation des forces armées, les grévistes leur tiennent la dragée haute. Les prodromes du syndicalisme s’établissent tandis que l’appui de la population ne se fait pas attendre, tout particulièrement celui des femmes. Elles occupent une place centrale et cela malgré les privations drastiques dont sont victimes les familles. Au regard de ce roman, de sa construction et par le développement de la thématique, Ousmane Sambene utilise une démarche proche de celle employée par Zola. Une similitude qui pourrait décourager certains lecteurs. Entre-temps l’écrivain a présenté ses adieux à la littérature, considérant que le cinéma est plus à même de décrire une réalité.

*** Mariama Bâ « Une si longue lettre ».

7 août, 2008
Ba Mariama, _ SENEGAL _ | 3 réponses »

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Avec son roman, « Une si longue lettre », Mariama Bâ dresse un tableau sans concession du rôle difficile et parfois ingrat de la femme dans une société africaine post-coloniale, ici le Sénégal. Dans le dessein de témoigner, elle recours à une méthode littéraire singulière, la rédaction d’une longue lettre faite par une congénère, son double biographique. Cette femme d’une cinquantaine d’années avec ses douze enfants, louvoyant contre vent et marée parmi les privilèges des hommes, adresse une missive à sa meilleure amie, Aïsatou. Au contraire de l’auteure de la lettre, sa confidente qui ne supportait plus le règne de l’homme tout puissant, a fait le choix de s’exiler à l’étranger où elle peut désormais accomplir ses projets sans que son état de femme soit un obstacle. Et pourtant, des années auparavant, que de promesses avec les soleils des indépendances où les élites formées à l’étranger étaient revenues au pays pour reconstruire un Sénégal libéré de tout obscurantisme. Une nouvelle génération qui désirait une vraie égalité entre les femmes et les hommes. Mais ce vent de libertés et d’espoirs s’est vite dissipé. Qui veut réformer les coutumes multiséculaires aux assises quasi inébranlables se confronte à une inertie d’un peuple organisé autour de ces règles de droit. De plus, très vite la hardiesse de ses jeunes libérateurs s’essouffle. Les espoirs d’un jour nouveau sont très vites remisés. La polygamie continue à être une pratique courante à l’instar des obligations d’un autre temps imposées aux épouses d’un mari décédé. L’état des lieux est sévère. Pour y échapper, faut-il immigrer sous un autre soleil à la manière de Aïsatou ? Pour l’auteur de la lettre, il est trop tard. Le temps des repentances est terminé. Fataliste mais pleine d’amour et de vigilance pour ses enfants, c’est à eux désormais que revient l’obligation d’acquérir une plus grande indépendance sur des traditions liberticides.

**** Ken Bugul « Riwan ou le chemin de sable ».

7 août, 2008
Ken Bugul, _ SENEGAL _ | Pas de réponses »

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Le roman de la sénégalaise Ken Bugul « Riwan ou le chemin de sable » pose un regard singulier sur la polygamie. Ayant vécu et travaillé en France plusieurs années, il était légitime de penser que sa voix aurait enrichi celles de ces congénères qui voient dans cette union maritale un instrument avilissant. Telle n’est pas sa démarche. Ken Bugul prend de revers toutes ces critiques et fait à partir de son vécu un tableau beaucoup moins sombre de la polygamie. À l’age mûr, devenue de ses vœux la vingt-huitième femme d’un Serigne, un haut responsable du mouvement religieux mouride, elle est heureuse de vivre dans un système patriarcal qui assure son statut de « femme libre ». N’y voyant aucunement un asservissement, elle y décèle au contraire la reconnaissance par les coutumes de sa féminité et de son authentique rôle de femme. La part belle qu’elle accorde à la polygamie ne lui procure aucune gêne, y compris quand il s’agit du mariage d’une gamine de treize ans. Avec « Riwan ou le chemin de sable », Ken Bugul lance ainsi une polémique très sensible sur le statut de la femme dans les sociétés traditionnelles. Une société où la cohabitation est des plus difficiles entre les coutumes séculaires et un mode de vie de plus en plus occidentalisé. Ses positions peuvent s’expliquer aussi par son vécu en France. Partageant sa vie pendant plusieurs années avec un homme qui abusait d’elle et la violentait, elle dû fuir auprès de sa famille au Sénégal. De retour au pays natal sans mari, sans enfant et sans argent, elle fut une source de honte pour les siens. Son amour, son mariage avec le Serigne lui ont donné une nouvelle naissance. La démarche de Ken Bugul s’éclaircit aussi par ses propos : « En Occident, on fabrique les femmes dans l’idée qu’il faut se marier à tout prix et on les croit émancipées. Il faut sortir de ça, être avant tout des individus libres ». « Riwan ou le chemin de sable » est un roman majeur, incontournable sur le statut et la liberté de la femme en Afrique.

***Fatou Diome,« La préférence nationale ».

7 août, 2008
Diome Fatou, _ SENEGAL _ | 5 réponses »

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Fatou Diome avec ce premier ouvrage « La préférence nationale » a été de suite appréciée comme une nouvelle plume de talent, tant par son style incisif que par sa manière d’aborder des thèmes graves et douloureux et cela avec une grande dérision et un humour féroce. Par ses témoignages ciselés sur l’Afrique et les migrants africains, applaudis sur la scène littéraire française, c’est tout naturellement que son second opus très attendu, « Le ventre de l’Atlantique », ait été dès sa sortie un grand succès de librairie. « La préférence nationale » est un recueil de six courtes nouvelles qui explorent deux sentiers ; une jeune fille dans son Sénégal natal et ceux d’une étudiante africaine immigrée en Alsace et confrontée quotidiennement à la bêtise crasse qu’est le racisme. À la lecture de ces deux partitions, nous devinons Fatou Diome puiser dans son passé de jeune fille en Afrique pour atténuer une réalité difficile, le reniement de sa personne en tant que femme noire. À la recherche de petits jobs pour financer ses études supérieures en littérature moderne, la jeune femme doit faire face à la discrimination et au paternalisme nauséabond du genre, « Toi y’en a parler français un peu pour faire ménage ? ». Et encore, doit-elle s’estimer “heureuse’’ d’être employée, car la couleur chaude de sa peau n’est que moyennement appréciée dans un pays soi-disant de cocagne. Fatou Diome pointe ainsi la perfidie de personnages gangrenés par la méconnaissance de l’autre, une ignorance qui s’exprime par la violence, unique réponse d’une sous-culture ignare et autiste. « La préférence nationale » de Fatou Diome est une somme de témoignages précieuse, tout particulièrement dans un contexte où l’immigrant en France n’est plus considéré comme un homme ou une femme mais comme un objet sujet à des testes ADN.

 

 

***Fatou Diome, « Le Ventre de l’Atlantique ».

7 août, 2008
Diome Fatou, _ SENEGAL _ | 9 réponses »

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Fatou Diome, avec son récit « Le Ventre de l’Atlantique », fait intervenir trois personnages principaux : Salie qui travaille en France pour un maigre revenu, son petit frère Madické resté au Sénégal et qui rêve de la rejoindre pour devenir joueur de football et son village insulaire aux traditions et coutumes séculaires. Au regard de ces acteurs, nous pouvions légitimement croire à une antienne version d’un sujet romanesque surexploité. Mais Fatou Diome réussit à ne pas tomber dans ce piège où de nombreux écrivains se sont perdus dans la facilité. Certes, les exigences d’un môme qui ne rêve que de jouer au football dans un pays de cocagne imaginaire qu’est sa France n’est pas un sujet d’une grande originalité. En revanche, les rapports entre Fatou et son village sont beaucoup plus complexes. Celle-ci ne s’est pas installée en France uniquement pour quitter la pauvreté. Elle se veut être libre des traditions liberticides opposées à ses congénères. Elle refuse les principes socioculturels et religieux d’une communauté villageoise pétrie autour et pour le seul plaisir des hommes et où les femmes ne sont que les dépositaires du bien-être de leur époux. Ainsi se déroule ce roman à la lecture agréable rythmé de proverbes africains.

****Aminata Saw Fall, « Le jujubier du patriarche ».

7 août, 2008
Sow Fall Aminata, _ SENEGAL _ | Pas de réponses »

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Avec « Le jujubier du patriarche », la Sénégalaise Aminata Saw Fall signe un roman où les liens de parenté, tel un foisonnement, occupent une place centrale. C’est ainsi que chaque année, tel un pèlerinage, les descendants réels ou opportunistes de Babyselli, leur ancêtre commun, viennent se recueillir sur sa tombe dans un petit village de la brousse. Le lieu funéraire est dominé par un jujubier auquel est accordé des pouvoirs magiques, notamment d’être un lien entre les vivants et l’ancêtre Babyselli. Mais cette année le jujubier a perdu de sa superbe. Pour Tacko, épouse de Yelli, lui-même descendant de Babyselli, les mauvais présages sont déjà à l’ouvrage. C’est ainsi qu’elle n’a de cesse de rappeler à son mari leur déchéance à cause de la naïveté et des largesses de ce dernier ; lui qui autrefois était riche et avait dilapidé sans modération sa fortune dans l’entretien des griots et autres opportunistes. Sitôt les bourses vides, sa petite cour avait disparu. Tacko se doit de supporter les affronts qui en résultent. C’est ainsi qu’elle fut obligée de quitter sa belle villa installée dans le quartier le plus en vue de la ville pour une petite concession dans une rue populeuse. De plus en plus aigrie et jalouse, Tacko ne supporte plus les affronts et cela peu importe leur nature. C’est ainsi qu’elle se met à dos sa « fille », car celle-ci appartiendrait à une lignée d’esclaves qui a le culot d’être plus riche qu’elle. C’en est trop ! En dépit de la dislocation des liens de parenté, Aminata Saw Fall laisse à ses personnages la possibilité de renaître, de vivre ensemble. Une petite ombre au tableau, le nombre important de personnages peut nuire à la compréhension du roman.

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