Ballades et escales en littérature africaine

Bienvenue et joyeuses balades dans la littérature du continent africain ; écrivains africains, africaines des lettres, je navigue dans vos livres, vos récits, vos romans ; Sahel, Afrique centrale, Afrique de l'est, Afrique de l'ouest, francophone, anglophone et autres, nous vibrons à ton écoute.

Archive pour la catégorie '_ SOMALIE _'


**** Farah Nuruddin, Exils.

14 juin, 2010
Farah Nuruddin, _ SOMALIE _ | 1 réponse »

nuruddinfarahexils1.jpgNe pas désirer lire le dernier roman d’un écrivain aussi incontournable que Nuruddin Farah est commettre un crime de lèse majesté à la littérature africaine. Comment imaginer une telle impudence. D’autant plus qu’une fois les dernières pages lues d’Exils, vous vous accorderez sur le brio de l’auteur qui vous aura fait partager les douleurs de la terre de ses ancêtres, la Somalie. Un  pays où Dieu lui-même semble avoir été abandonné par ses créatures possédées par la haine de son prochain ; où les Américains eux-même venus fusil à la main au nom d’une paix messianique assénée avec aveuglément ont été terrassés par une bête dépenaillée aux têtes aussi nombreuses qu’il y a de clans dynastiques. Car là est le grand coupable : le clan. Le peuple somalien est fait d’un agglomérat clanique aux équilibres impossibles. Nulle guerre de religion en l’occurrence mais une foi dévoyée donnant prétexte à des combats d’une violence inouïe pour savoir lequel des clans va imposer sa prédominance et gouverner cette nation devenue lambeau. Peu importe à cette engeance que leurs enfants soient enrôlés dans leurs milices infernales et que leurs femmes se fassent témoins impuissantes de leurs folies meurtrières. Seul l’assujettissement du frère d’antan compte. Nuruddin Farah nous fait partager cette état apocalyptique à travers le regard horrifié de son personnage principal, Jeebleh. Réfugié depuis de longues années aux Etats-Unis, celui-ci prend le décision de retourner à Mogadiscio le temps d’offrir à sa mère des funérailles décentes et d’aider son ami d’enfance Bile à retrouver sa nièce Raasta qui a été kidnappée. De son côté, Bile a dû souffrir dix-sept années d’emprisonnement, le temps qu’il a fallu pour que la dictature s’effondre. Une fois libéré, il ne peut que constater l’horreur de la guerre civile qui s’est substituée au tyran. Depuis, il refuse toute appartenance à une milice quand bien même les liens du sang prédominent sous ces latitudes pour s’assurer quelques jours de vie supplémentaires. Seuls lui importe son refuge, confettis de paix qui accueille les âmes martyres – essentiellement des femmes et leurs enfants – et sa bien aimée nièce, Raasta, âgée de trois ans et appelée « miracle de Dieu » du tout Mogadiscio car son voisinage apporte réconfort et espoir. A son arrivée, Jeebleh, affligé par cette ville éventrée et violée reçoit les mises en garde d’un inconnu bien étrange et inquiétant, le sinistre Af Laawe, avertissements qui donnent le ton au désastre somalien : « Au bout de quelques jours, vous comprendrez par vous-même qu’il n’y a plus ici, ni où que ce soit dans ce pays d’amis à qui faire confiance. Le concept d’amitié n’existe plus. C’est sur les membres de notre clan que nous comptons ; sur ceux dans les veines desquels coule le sang de nos ancêtres» (p.46). Dans une Mogadiscio martyrisée, Jeebleh constate sans surprises que Bile et son assassin de demi-frère, Caloosha, continuent à se vouer une haine mutuelle. Caloosha en sa qualité d’ancien bras droit du dictateur déchu avait participé à la  décision d’emprisonner Bile et de le torturer. Devenu le chef d’une des milices les plus terrifiantes du nord de la ville, rien n’apporte plus de délices à ce barbare sanguinaire que les souffrances de ses prochains, en particulier celles de son frère. Dans un décore cauchemardesque où l’homme est retourné à l’état animal, les indices sur l’enlèvement de la nièce de Bile conduisent Jeebleh vers la tanière infernale du monstre Caloosha. Dès lors, il sait qu’il lui sera difficile de rester ce qu’il a toujours été, un homme pacifique aux principes moraux bien assis. Pour retrouver la disparue, il devra probablement tout comme les autres plonger dans la géhenne somalienne et nourrir les vautours, voyeurs jamais repus aux premières places d’un cortège de crimes sans fin. Le dernier roman de Nurrudin Farah, Exils, est pour notre plus grand bonheur une grande réussite. L’écrivain parvient à lier fort subtilement la tragédie familiale à celle de la Somalie avec une sobriété stylistique dans laquelle transparaît  la fierté et la pudeur des personnages victimes des bourreaux. A noter que bien que le ton soit extrêmement grave, il n’est pas aussi étouffant et oppressant que celui des précédents romans. Les citations d’extraits de l’œuvre de Dante, L’Enfer, en préalable à chacune des quatre parties du roman, accroissent bien sûr les tourments de ce paysage apocalyptique où tous les acteurs sont susceptibles de sombrer ; tous sauf une seule, l’immaculée Raasta, jeune prophète d’une résurrection à venir encore fragile. Nurrudin Farah laisse ainsi entrevoir une mince embrasure d’espoir pour son peuple et sa nation en dépit des charognards qui ripaillent. Exils est une œuvre romanesque de qualité qui en outre apporte au lecteur un éclairage d’une grande pertinence sur la situation géopolitique somalienne. S’y arrêter semble donc indispensable comme d’ailleurs tous les écrits de Nurrudin Farah.  

Farah Nuruddin, Exils, Le Serpent à plume, 2010, 384 p. 

***Nuruddin Farah, »Du lait aigne doux ».

7 août, 2008
Farah Nuruddin, _ SOMALIE _ | Pas de réponses »

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Avec cette trilogie dont le premier titre s’intitule « Du lait aigre doux », Nurrruddin Farah dénonce la dictature sans concession menée d’une main de fer par le Général. Un dictateur qui dispose d’une multitude de sbires recouvrant l’ensemble de la Somalie. Tout citoyen se doit d’être ligoté à la mécanique démente de la dictature. À partir du moment où un trublion critique le régime et cela quelque soient les moyens et les degrés de sa résistance, la toile meurtrière s’abat sur lui. À l’affrontement direct contre la dictature, Nuruddin Farah préfère prendre le destin de quelques personnages qui tentent dans leur quotidien et avec leurs moyens dérisoires de résister ; une résistance qui leur permet d’être tout simplement des hommes. C’est le cas avec Loyann qui a des doutes sur la mort dite naturelle de son frère, Soyann. Pour connaître la vérité sur ce décès, il fait appel aux amis, aux contactes de son frère. Au cour de sa prospection dangereuse dans une dictature où chacun doit rester à sa place sous peine d’être poursuivi, Loyann découvre que son défunt frère n’était pas seulement un brillant économiste attaché à la Planification de la Présidence. Il était aussi membre d’un groupe clandestin d’opposants. Plus Loyann avance dans ce périple, plus la chape de plomb se fait menaçante. Un roman fort.

***Nuruddin Farah, »Sardines ».

7 août, 2008
Farah Nuruddin, _ SOMALIE _ | 5 réponses »

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Après le premier volet, « Du lait aigre-doux », dont le thème portait sur la chape de plomb qui s’abat sur toute personne agissant volontairement ou non contre le régime du Général, Nuruddin Farah se penche sur le sort accablant des Somaliennes. Tout comme dans le premier volume, la tyrannie du Général n’attaque pas frontalement les victimes, mais les étouffe dans sa toile qu’elle n’a de cesse de tisser sur tout le territoire et sur toutes les franges de la société. Avec « Sardines », Nuruddin Farah dénonce les usages et coutumes qui régentent le quotidien des femmes. Des pratiques parfois moyenâgeuses _l’excision et l’infibulation_, qui les asphyxient davantage et confortent l’opinion de l’auteur : ces pratiques sont consubstantielles à la société somalienne et de là nourrissent le régime dictatorial. C’est ainsi que les usages familiaux, les obligations sociales, certains aspects de l’islam ou encore les obligations claniques font de la femme somalienne un sujet de second rang ne vivant que dans la soumission. Malheureusement, Nuruddin Farah exprime son jugement en prenant pour principal personnage Medina, une mère célibataire dans les faits, intellectuelle, ancienne Journaliste, traductrice et plutôt libérée dans cette Somalie. Un choix malheureux, car la majorité des somaliennes n’appartient pas à ce que je sache à la bourgeoisie et ne bénéficient pas des facilités de Médina. Il y a tout simplement erreur sur le principal personnage. En cela, le roman perd une part de sa crédibilité.

***Nurruddin Farah, « Sésame, ferme toi ».

7 août, 2008
Farah Nuruddin, _ SOMALIE _ | Pas de réponses »

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Après « Du lait aigre-doux » et « Sardine », Nurruddin Farah nous présente avec « Sésame ferme-toi » le dernier roman sur le thème d’une dictature africaine. Ce troisième volet est consacré à un vieil homme, Deeriye, qui avant de mourir fait le bilan de son existence ; une vie tourmentée et étroitement liée aux bouleversements de son pays, particulièrement sous le régime totalitaire du Général. À l’instar des volets précédents, Nurruddin Farah dénonce avec fatalisme les mécanismes de la dictature et les caractéristiques propres à la société Somalienne la favorisant. Parmi ces dernières, nous retrouvons comme facteurs aliénants certains principes galvaudés de l’islam, les rivalités tribales, le népotisme et les coutumes séculaires répressives et liberticides à l’image des victimes que sont les femmes. Deeriye va plus loin dans son analyse du fonctionnement propre à toute tyrannie : maintenir les barrières de l’ignorance, nourrir les Somaliens avec des fausses informations, etc. Dans ce portrait de la peur et de la délation, critiquer la gestion du pays est une trahison. Seul Khaliif, le fou, se permet de faire part de son opinion ouvertement sur la place publique. Pour les sbires du Général, ce n’est qu’un fou de plus ! Et pourtant les habitants de Mogadiscio prêtent de plus en plus attention à ses paroles. Le fou du roi pourrait être les prémisses à la destruction de la chape de plomb. Ce roman est explicite dans le fond. Toutefois, dans sa forme, comme pour les deux volets précédents, sa lecture reste difficile. L’écriture est très austère. Un style qui accentue ce sentiment d’oppression et d’asphyxie propre à la dictature dans ce désert somalien.

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