Ballades et escales en littérature africaine

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**** Petina Gappah, Les racines déchirées.

6 novembre, 2010
Petina Gappah, _ ZIMBABWE _ | 3 réponses »

gappapetina.jpg« Que justice soit faite même si les cieux s’écroulent », p. 52.

Quelle magnifique et délicate plume que celle de cette jeune écrivaine zimbabwéenne, Petina Gappah, considérée par Coetzee comme l’un des grands auteurs de ce pays à la dérive. Que de contrastes entre cette délicatesse fragile et la violence des portraits dépeints dans ce recueil de treize superbes nouvelles aux blessures à jamais béantes. La guerre de libération était promesse de jours nouveaux : une nation, le Zimbabwe, naissait des décombres de cette purulence historique, la Rhodésie du Sud. Peu importaient dorénavant sa couleur de peau, ses origines raciales : Noirs ( Shonas, Ndebele ou autres tribus), Indiens, Blancs étaient censés constituer un peuple unique de citoyens égaux. Y compris cet indien, patron acariâtre et pingre d’une quincaillerie où est employée Julia qui vit dans les Townships. Avant la révolution, le Blanc y était reçu avec déférence et le Noir au mieux avec condescendance. Mais avec la nouvelle ère et en dépit de la fuite de ses proches en Afrique du Sud par peur de l’esprit revanchard apocalyptique des noirs, l’Indien boutiquier sut se faire humaniste et cela sans roublardise : il est vrai qu’il aura fallu un salutaire coup de poing dans son visage de la part de son employée, Juliana, pour lui remettre les idées au clair. D’incongru potentat il devient l’ami fidèle de son agresseur. Lui aussi a cru aux jours meilleurs promis par ce glorieux révolutionnaire, Mugabe (« L’indien de tante Juliana », nouvelle p. 141). Et maintenant quand est-il des horizons fraternels après ces embellies ? La guerre de libération et les espoirs qui en étaient nés sont bien loin ; et avec les promesses du président et de la ZANU devenue sérail à privilèges d’une clique d’opportunistes. Des temps glorieux ne subsistent que les apparences et l’hypocrisie : il en est de la mort de ce soi-disant héros qui a passé les temps révolutionnaires à Londres et accompagné le vieil autocrate jusqu’à sa mort, son unique fait d’arme. Est présente à ses funérailles ce qui se fait de mieux dans la hiérarchie cleptomane du Politburo sous les yeux de la veuve désabusée par cette mascarade.

« Tout est noir, vert, marron et blanc. Noir, le marbre poli des pierres tombales, et noires, les tenues de deuil. Verte, l’écharpe présidentielle, vert olive, les bérets sur la tête des soldats, et vert, l’éclat artificiel du tombeau. Noire, la masse sombre de la foule réunie qui écoute le chœur des jeunes gens parés au combat en treillis vert bouteille leurs voix rauques dans la chaleur du mois d’août, chantant les chants d’une guerre qu’ils n’ont pas le droit d’oublier. Noires et brunes, les Warren Hills alentour, ces collines dénudées, les souches qui subsistent où se dressaient les arbres, ces arbres sont devenus le bois brun qui remplace l’électricité qu’il n’y a pas dans les maisons », p. 14.

Quelle ironie pour l’épouse de voir cette engeance cauteleuse être abusée à son tour, le cercueil ne contenant aucun cadavre (« La sonnerie aux morts », p. 11).

Et pendant ces temps de crise abjecte où une vie coûte moins cher qu’un pain, les familles se détruisent, soit dans l’exil – les migrants oubliant les leurs restés au pays, eux qui pourtant ont acheté le passeport salvateur -  ( « Ma sœur-cousine Rambanai », p. 165 ), soit dans la rapine et le règlement hypocrite de vieux contentieux. Gare aux plus fragiles, en particulier les femmes aux biens enviés par les parents des défunts époux ( « Un joli souvenir de Londres », p. 63).

Alors que la dilapidation des richesses nationales se fait par une petite élite médisante ( « Au cœur du triangle doré », p. 83), les autres n’ont que la débrouillardise qui bien souvent les mène dans l’interlope, le marché noir se faisant chemin royal :

« C’est contraire à la loi, bien sûr, ces activités de marché noir, mais autant passer les menottes à toutes les personnes vivantes entre le Limpolo et le Zambèze et en finir une bonne fois. Tel est le nouveau Zimbabwe, où chaque citoyen est un criminel. Un de mes meilleurs client,  Monsieur le juge, Mr Mafa, est magistrat régional pour Harare, et un autre, Mgr Malema, est un pilier de la Sainte Eglise de l’Agneau Sacré. La dernière fois que j’ai vendu du gasoil à Monsieur le Juge, il m’en a réglé une partie en tomates – son bureau de Rotten Row regorge de légumes… », ( « Minuit à l’hôtel California » p. 205 ).

Ces catastrophes ne suffisant pas, un autre fléau, le sida, s’abat sur le peuple, flatté qu’il est par la ruine des infrastructures sanitaires. La « maladie sans nom » déploie ses longues ailes assassines et remplit le long cortège des tombeaux de cadavres qui se rassemblent bien au-delà des différences sociales et raciales. L’union est enfin retrouvée (« Les lèvres roses et gercées du fiancé de Rosie », p. 159).Dans cette désolation sans fin, il ne semble rester comme lot de consolation que le rire cynique ou encore la folie à l’image de cette jeune étudiante en Droit à la grande sensibilité qui voit l’université s’éloigner et l’hôpital psychiatrique lui ouvrir grandes ses portes (« Le chant de l’Annexe », p. 49). Et pourquoi ne pas tournoyer sans fin à l’image de ce vieil homme nostalgique qui enchaîne les pas de danse enfiévrés les plus ingénieux sur une piste cerclée de spectateurs aux sifflets admiratifs et cela jusqu’à ce que mort s’ensuive (« Le champion de danse de Mupandawana », p. 91) ?

Les Racines déchirées est un merveilleux recueil de nouvelles d’une justesse littéraire bienheureuse à l’acuité rare, qui plonge le lecteur dans un pays qui en dépit des espoirs a sombré dans la folie à l’image de cette inflation délirante. Un livre hautement conseillé.

 petinagappah.jpg Petina Gappah, Les racines déchirées, Histoires, 2009, éd. française, Plon, 2010, 221 p.

**** Tsitsi Dangaremba, A fleur de peau

24 mars, 2010
Tsitsi Dangaremba, _ ZIMBABWE _ | 1 réponse »

dangarembgatsitsiafleurdepeau.jpgTsisti Dangarembga est née en 1959 en Rhodésie du Sud devenue en 1980 le Zimbabwe. Dès son plus jeune âge elle émigre en Angleterre puis fait des aller et retour entre les deux pays où elle poursuit des études universitaires brillantes. Diplômée à la faculté de médecine de Cambridge, elle s’installe au Zimbabwe où parallèlement à ses cours en psychologie _ science humaine qui a une grande influence sur son œuvre_, elle s’investit dans l’art théâtral. Auteur de plusieurs pièces à succès écrites aussi bien en Anglais que dans sa langue maternelle le shona, elle publie en 1988 son premier roman, A fleur de peau, dont le titre original, Nervous condition, est bien plus évocateur. Ce roman s’impose dès sa sortie comme une œuvre majeure. L’écrivain remporte d’ailleurs le Commonwealth Writters Prize. Dans ce merveilleux récit est dénoncée avec maestria la condition de la femme africaine faite de soumission et de violence. Le gouvernement de toutes communautés en particulier la famille échoit au seul homme. Le rôle de la femme se limite aux préoccupations d’intendance, aux obligations d’enfanter et de satisfaire son époux. Une jeune fille, Tambudzaï, prend conscience de la cette condition dramatique et de son destin déjà écrit grâce à un don de dieu, la mort de son frère aîné qu’elle n’aimait pas. Que d’injustices, que de méchancetés causées par ce frère. Ce décès lui permet d’assouvir son rêve, celui de faire des études et ainsi d’avoir une conscience du monde et de soi plus affûtée. Des remords sur les conséquences heureuses de la disparition de son frère ? Aucun. La famille n’ayant plus de garçon, tout concurrence disparaît. Tambudzaï peut enfin quitter ce père lâche et cette mère aigrie et avachie dans son destin de malheur. Moins que de nier sa condition de paysanne, il s’agit pour elle de quitter la misère et son destin tout tracé, reflet de celui de sa mère. Grâce à l’école, objet si longtemps convoité, toutes les portes de ses désirs lui sont ouvertes… Du moins le croit-elle. Son oncle Babamukuru, grand ordonnateur du clan familial et directeur de l’école d’une mission chrétienne gérée par des ecclésiastiques blancs l’accueille dans son foyer qui l’enchante par son luxe avec l’électricté, l’eau courante et le nombre important de pièces bien meublées. Sous l’autorité de fer de son oncle et réconfortée par la gentillesse maternelle de la mère du foyer, Maïguru, la jeune élue devient vite une élève brillante aux comportements modèles. Une chose l’interpelle toutefois, l’état de révolte constant de Nyasha sa cousine à l’encontre de son père et cela quand bien même les sévères punitions et les coups infligés par ce dernier. Comment ne pas être heureux alors que Nyasha dispose de ce que tout un chacun envie ? Mais petit à petit Tambudzaï qui saisit sa chance à bras le corps comprend que même dans cet état de confort et de culture qu’elle n’imaginait pas il y encore peu de temps, son statut de femme soumise lui est toujours promis. Peu importe la misère ou la fortune ni même le niveau d’éducation, la condition de la femme sera toujours celle de la soumission face à l’homme ; voici un postulat universel. C’est le cas pour Maïguru vis-à-vis de Babamukuru : quand bien même est-elle titulaire de prestigieux diplômes, son existence se limite à être une bonne épouse à l’instar de la mère de Tambudzaï dans sa ferme pouilleuse. Babamukuru devient un « Dieu le père » insupportable contre lequel les deux jeunes filles tentent de résister ; une entreprise bien aléatoire. Pour Tambudzaï, l’échapatoire à cet univers patriarcal insupportable est l’accession à un prestigieux établissement d’études tenu par des religieuses où jeunes filles blanches et noires sont acceptées. Mais l’impétrante a conscience qu’un jour ou l’autre il lui sera nécessaire de s’imposer en tant que femme dans ce monde fait pour l’homme. Quant à Nyasha, sa fuite impossible dans une confrontation perpétuelle avec son père la conduit à un état mental des plus fragiles. Rapidement elle chute dans les profondeurs abyssales et infiniment douloureuses de l’anorexie ; son corps meurtri incarnant son ultime combat pour sa liberté. Avec ce magnifique roman, Tsisti Dangarembga nous livre un plaidoyer d’une grande justesse en faveur de l’émancipation des femmes et cela sans paroles mielleuses ou discours sirupeux. Il ne s’agit pas pour elle de faire larmoyer son lectorat mais par ses saines écritures à témoigner, à partager son combat en faveur de la condition féminine. Incontestablement A fleur de peau est un des grands romans de la littérature africaine. 

Tsisti Dangarembga, A fleur de peau, 1ère. éd. 1988, Albin Michel, 1992, 294 p.

*** Alexander McCall Smith, « La femme qui épousa le lion ».

7 août, 2008
McCall Smith Alexander, _ ZIMBABWE _ | Pas de réponses »

mccallsmith.jpg 

Alexander Mc Smith, né en Afrique australe, est l’auteur mondialement connu des aventures de Mma Ramotswe, première femme détective du Botswana. Avec  » La femme qui épousa un lion « , l’auteur quitte un moment les péripéties de l’enquêtrice et nous fait partager avec bonheur et magie les comtes cueillis de-ci de-la au Botswana et au Zimbabwe. C’est ainsi que nous rencontrons le lièvre rusé, la hyène envieuse, le lion courageux, le chien honnête, tout un bestiaire animé où l’homme tiens sa place dans l’harmonie d’une nature généreuse. Pour s’adresser à un large public, les comtes ainsi glanés sont repris dans la forme sans altérer la richesse des thèmes. Avec ces belles histoires, Alexander Mc Smith nous fait retrouver notre sourire d’enfant… Et c’est tant mieux.

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